Plage, coucher de soleil, aile de kite. Crédit Laurence Trémolet.

Pontal de Maceio : village aux deux visages

Pontal de Maceio est un petit village de pêcheurs situé le long des côtes atlantiques du Nordeste brésilien. Entre authenticité et développement touristique, le visage de Pontal ne cesse de se transformer. Portrait d’un village où tout semble commencer.

Pontal s’inscrit dans le chapelet de villages de pêcheurs longeant les superbes plages sauvages à l’est de Fortaleza. Ici, la plupart des habitants vivent de la pêche. Crevettes et poissons sont récoltés à bord des janganda, les petits voiliers en bois du Nordeste. Ces embarcations fragiles rendent la tâche difficile et, facteur aggravant, la récolte diminue avec le changement climatique.

Le tourisme pour compenser la pêche en déclin

Quand ils ne vivent pas de la pêche, les habitants vendent des produits locaux devant leur maison ou dans la rue. Un petit stand est monté rapidement et affiche la vente de gâteaux maison ou de noix de coco. De jour, la boîte de nuit du village, le Deth, propose par exemple l’achat de crevettes.

Avec l’arrivée des touristes, de nouveaux emplois sont apparus comme ceux de jardiniers, pisciniers ou gardiens. Les femmes sont pour la plupart employées dans les villas ou les hôtels. Sur la plage, les traditionnelles barracas, paillotes où l’on vient déjeuner, se remplissent.

Lorsqu’arrive le weekend, les habitants de Pontal laissent place à la fête. Pas besoin d’être carioca pour avoir le sens des festivités. La journée, les voitures, portes grand ouvertes, investissent la plage. Les radios, réglées au volume maximal, chantent le forro, la musique et danse régionale. Mais le grand rendez-vous du week-end a lieu le samedi soir, lorsque le Deth ouvre ses portes. C’est là que l’on danse jusqu’au petit matin.

L’arrivée progressive d’une communauté française

Alors que les villes voisines comptaient déjà un bon nombre de touristes, le village de Pontal restait jusqu’à peu relativement isolé. L’arrivée d’un Français, saisissant l’incroyable potentiel touristique du lieu, a rapidement changé la donne.

En 2014, on comptait deux hôtels et quatre villas. Deux ans plus tard, sept maisons de mille mètres carrés sont sorties de terre et trois restaurants ont ouvert leurs portes. Aujourd’hui, la vente de terrains à bas prix se multiplie et rares sont les touristes qui repartent sans une parcelle de terre. Pontal séduit et donne à chaque acheteur le sentiment d’avoir signé l’affaire du siècle.

Se crée alors progressivement une communauté de Français aisés, pour la plupart parisiens. Le soir, ils se retrouvent autour d’une caïpirinha à l’école de kitesurf. Ouverte il y a trois ans par un jeune couple montpelliérain, l’école « Caval’kite » a dynamisé le tourisme local en introduisant l’un des sports les plus populaires du Ceará. Constamment balayé par les alizées, Pontal, comme l’ensemble des villages côtiers situés entre Natal et Jericoacoara, constitue en effet un véritable paradis pour apprendre ou se perfectionner. Séjourner à Pontal, c’est donc presque toujours mettre les pieds dans les footstraps et se laisser glisser !

France-Brésil : une union culturelle encore incomplète

Pour beaucoup d’habitants, le développement touristique de Pontal est la promesse d’un avenir meilleur. Comptent bien sûr les avantages économiques, liés aux emplois créés, mais pas seulement. Avec l’arrivée d’étrangers sur son sol, Pontal se dote d’un rythme plus léger que Brésiliens et Français apprécient partager.

C’est au moment de faire la fête que ce mélange culturel est sans doute le plus visible. Le jeudi soir, « Caval’kite » organise les festivités. Ici, que l’on soit Brésilien ou pas, on boit de la caïpirinha, on mange des bolinhas au fromage et on grille la bonne picanha locale… mais c’est sur des chansons françaises que l’on va se lâcher après quelques verres.

Deux jours plus tard, lorsque la boîte de nuit du village ouvre ses portes, c’est l’inversion des rôles. Brésiliens et Brésiliennes invitent les vacanciers à se déhancher au son du forro. Très vite c’est une véritable leçon de danse collective qui prend place. Les mouvements de bassin se répondent, les jambes se croisent, les rires fusent.

À Pontal comme ailleurs, le tourisme a aussi son lot d’inconvénients. La concentration de villas en front de mer tend à créer deux communautés distinctes. La richesse affichée des touristes (maisons luxueuses, matériel de kitesurf) attise les convoitises. Plusieurs cambriolages à main armée ont déjà eu lieu. Un développement équilibré reste donc à trouver avant que Pontal ne devienne un énième reflet des inégalités causées par le tourisme.

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