Processus d’adhésion de la Macédoine et de l’Albanie : l’Ue donne son accord sous conditions

Tandis que l’Union européenne connait une crise économique et migratoire qui ne sait combien de temps elles vont encore durer et dont les solutions peines à être trouver, voici que l’Albanie et la Macédoine viennent de recevoir une réponse positive en vue d’une future adhésion à l’Ue.

Si Bruxelles a accepté d’ouvrir le processus de négociation aux deux États balkaniques, elle a redit que le « principe de conditionnalité » sera une condition sine qua non à l’avancement des négociations.

L’Albanie et la Macedoine ont accompli des efforts énormes

« Nous devons reconnaître que l’Albanie et la Macédoine ont accompli des efforts énormes. La stabilité, la paix et la démocratie dans les Balkans occidentaux sont un enjeu crucial pour nous tous » a déclaré le ministre allemand des affaires européennes, Michael Roth.

Si l’ARYM -Ancienne République Yougoslave de Macédoine- ou « République de Macédoine du Nord » est candidate depuis 2005, l’Albanie l’est quant-à elle seulement depuis 2014. Cette dernière, par ailleurs membre de l’OTAN -Organisation du Traité d’Atlantique Nord-, constitue un enjeu non négligeable pour l’Ue, qui lui permettrait de « contrôler » toute la cote Adriatique en cas d’adhésion de cette dernière et du Monténégro -par ailleurs déjà membre de l’OTAN-.

Pour l’ARYM, les négociations ont pris plus de temps. Enclavée, prise dans un conflit latent avec les Grèce, dont le Premier ministre Alexis Tsipras a redit que « l’invitation de l’OTAN [sera] annulée et les négociations avec l’UE ne [bougeront] pas », tant que l’accord sur le nouveau nom de République de Macédoine du Nord ne sera pas ratifié par le Parlement avant un référendum. Le Premier ministre macédonien, Zoran Zaev, a ajouté qu’il n’y avait pour le moment aucune date précise concernant le réferendum.

Deux États loin des standards européens

Vingt ans après l’effondrement des pyramides financières sous la présidence de Sali Berisha -1992-1997-, l’Albanie peine a reconstruire un État. En 2010, le revenu moyen par habitant était de 330 euros par mois. Si le FMI se félicite d’avoir maîtrisé l’inflation et le déficit budgétaire dans les années 2000, ces résultats sont l’oeuvre avant tout de l’importante diaspora albanaise -800 000 émigrés- dont les revenus représentent encore aujourd’hui près de 10% du PIB. En 2010, 780 000 personnes -sur 3 millions- vivaient avec moins de 2 dollars par jour.

Surtout, l’Albanie reste très éloignée des critères européens en matière de droits de l’homme et d’État de droit. « Les programmes de formations européens, conçus dans les bureaux bruxellois, sont largement inadaptés aux réalités et utilisés à son profit par la caste dirigeante » rappelle l’historien Olivier Delorme, qui ajoute que « c’est particulièrement le cas des entreprises qui appartiennent à des proches du pouvoir ». C’était le cas de Agron Duka, aujourd’hui chef du Parti Agraire Agraire -PAA- qui fut ministre de l’alimentation sous le gouvernement de Fatos Nano tout en dirigeant la plus importante société d’importation de produits alimentaires. Selon Transparency International, en 2017, l’Albanie figurait au 91e rang -sur 180- selon l’indice de perception de la corruption établi par l’ONG.

Pour ce qui est de la Macédoine, le constat n’est guère plus reluisant. Malgré la mise en place de 2003 à 2005 de la mission « Eupol Proxima » chargée -entre autre- de veiller à l’intégration des albanophones et d’oeuvrer à la confiance entre population minoritaire et police, de conseiller les autorités en matière de réforme de la police et de la justice, de superviser la lutte contre le crime organisé et la corruption, l’ARYM reste aujourd’hui classée 108e selon l’indice de perception de la corruption. Les dix ans de Nicolas Gruevski (2006-2016) à la tête du gouvernement macédonien n’ont fait qu’aggraver la situation. Isolée, avec un revenu moyen mensuel par habitant de 420 euros, l’ARYM reste enlisée dans le conflit sur le nom à donner à la Macédoine. À l’instar de la reconnaissance du Kosovo par la Serbie, l’Ue exige de Skopje que le parlement ratifie le nom de « République de Macédoine du Nord » afin que les négociations puissent avancer.

« L’effort ne s’arrête pas là, il doit continuer ! »

Un membre de la Commission européenne en charge de l’élargissement voit dans la décision d’ouvrir le processus d’adhésion  « un signal que le progrès est récompensé. Cette décision est cruciale pour la crédibilité de l’Ue de récompenser les États qui effectuent les réformes nécessaires. Maintenant l’Albanie et la Macédoine doivent avancer dans un certain nombre de réformes, notamment judiciaires et renforcer la lutte contre la corruption et le crime organisé. L’effort ne s’arrête pas là, il doit continuer. La conditionalité est clé dans l’élargissement. »

Si les deux États balkaniques ne représentent que 5 millions d’habitants, soit 0,5% de la population européenne, l’Ue a en mémoire les élargissements successifs ratés de 2004 et 2008. Bruxelles sait aussi que le contexte ne s’y prête pas. C’est pourquoi, il faudra attendre mai 2019, après les élections européennes, pour l’ouverture officielle du processus d’adhésion.

Il ne faudrait pas donner d’avantage de grain à moudre aux mouvements europhobes et eurosceptiques dont le moulin est déjà bien rempli d’arguments contre l’Union européenne.

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