(Français) Donbass : le dernier cessez-le-feu signe-t-il la fin de six années de guerre ?

CHAPO Le 22 juillet 2020 était signé un énième accord de cessez-le-feu par les membres du groupe de contact tripartite. Cet accord, qui programmait l’arrêt des combats le 27 juillet 2020 à minuit, heure de Kiev, semble, bien qu’ambitieux, déjà prendre le chemin des précédentes tentatives de résolution.
AMORCE Alors que la guerre dans le Donbass a déjà fait plus de 13 000 morts et environ 30 000 blessés, les plus optimistes pourraient voir dans l’accord signé entre la Russie, l’Ukraine et l’Organisation pour la Sécurité et la coopération en Europe (OSCE), la fin d’un conflit aux conséquences humanitaires désastreuses. Pourtant, même si les relations entre le président ukrainien Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine semblent plus apaisées qu’avec son prédécesseur, il serait hâtif et illusoire de voir en cet accord le terme de six années de combats entre séparatistes pro-russe et armée ukrainienne.

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PARA (retour historique sur la crise)
Plusieurs facteurs ont fait le lit du conflit que l’on connait actuellement au Donbass. En premier lieu, un rapprochement de l’Union Européenne par l’Ukraine à la suite de la destitution de Viktor Ianoukovitch en février 2014 – davantage tourné vers la Russie. Ensuite, l’utilisation des sécessionnistes par la Russie pour maintenir sous son giron d’anciens Etats soviétiques et ainsi faire pression sur eux. Une stratégie bien rodée observée déjà quelques années plus tôt lors du conflit opposant la Géorgie à l’Ossétie du sud, province dont l’indépendance avait été reconnue par Moscou.
https://www.europarl.europa.eu/RegData/etudes/ATAG/2020/646203/EPRS_ATA(2020)646203_FR.pdf
PARA (revendications)
Si le cessez-le-feu signé le 22 juillet dernier peut sembler trop ambitieux pour certains, c’est que ce n’est pas la première tentative de résolution du conflit. Dès 2014, le protocole de Minsk, signé par les membres du groupe de contact tripartite, établissait un plan de paix traçant, en 12 points, les grandes lignes de la résolution du conflit. Pourtant, le protocole de Minsk reste inappliqué, et ce malgré la vingtaine de cessez-le-feu pris depuis, qui n’ont, comme le relève Stéphane Siohan dans Le Soir, « généralement duré que quelques heures » (https://plus.lesoir.be/315637/article/2020-07-27/ukraine-un-nouveau-cessez-le-feu-deja-tres-fragile).

INTERTITRE – Un cessez-le-feu jugé illusoire et trop ambitieux

PARA
S’il a effectivement ouvert une porte de sortie de crise, le cessez-le-feu a aussi fait d’emblée grincer, notamment du côté Russe. En premier lieu le maintien des élections régionales cette année par l’Ukraine crispe le Kremlin, selon lequel il « contrevient aux accords de Minsk » et « met en péril les perspectives de règlement de la crise » (https://www.lecho.be/economie-politique/europe/general/les-armes-du-donbass-se-sont-elles-tues-pour-de-bon/10241096.html) ). En second lieu, Moscou reproche à l’Ukraine de ralentir le processus de paix. En effet, Kiev avait formulé le souhait que le cessez-le-feu soit également signé par la France et l’Allemagne ; l’Ukraine souhaitait aussi que lui soit explicité le protocole de Minsk.
PARA Comme le relève justement Katharine Quinn-Judge dans l’Echo, « les deux côtés voient le prix de poursuivre ce conflit de faible intensité comme moins élevé que celui d’un mauvais accord de paix » (https://www.lecho.be/economie-politique/europe/general/les-armes-du-donbass-se-sont-elles-tues-pour-de-bon/10241096.html). Ainsi, la Russie souhaite, comme en Géorgie conserver son influence dans son étranger proche, c’est-à-dire auprès des anciennes Républiques Soviétiques Socialistes. De son côté, l’Ukraine tente péniblement de se rapprocher de l’Ouest, et notamment de l’Union Européenne, pour sortir du joug de Moscou. Pour autant, Kiev ne souhaite pas mettre en péril l’unité de son territoire, menacée par les séparatistes pro-russes.

INTERTITRE : Les ambiguïtés russes : la Russie comme juge et partie

PARA Même s’il n’est pas officiellement engagée dans le conflit, le Kremlin assure ses intérêts par le biais des séparatistes pro-russes, qu’elle soutient. La Russie profite de sa situation ambiguë pour être juge et partie du conflit. Elle continue d’imposer ses conditions et encourage l’Ukraine à modifier sa constitution concernant l’autonomie de Donetsk et Lougansk, ce à quoi s’oppose fermement l’opinion publique ukrainienne. Des conseils qui, une fois appliqués, pourraient faire éclater Kiev (https://plus.lesoir.be/315637/article/2020-07-27/ukraine-un-nouveau-cessez-le-feu-deja-tres-fragile).
CCL Pour l’heure le cessez-le-feu semble tenir, bien que l’OSCE ait enregistré pour la période du 27 juillet au 15 aout, 332 violations. Pourtant, à long terme, les antagonismes semblent trop forts pour espérer qu’ils soient définitivement muselés par ce nouvel accord, qui finalement ne règle pas le problème sur le fond et permet à l’Ukraine et à la Russie de détourner le regard du fond du conflit.

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