Quel avenir pour le multilatéralisme américain ?

Face à un monde en morceaux, le secrétaire général des Nations-Unies, António Guterres, préconise le multilatéralisme. Pourtant, ce n’est pas la voie que Donald Trump, actuel président des Etats-Unis d’Amérique, a emprunté durant son mandat. La notion de « multilatéralisme » est récente car elle s’introduit dans le vocabulaire américain en 1948 : jusqu’alors on parlait d’« action concertée » ou d’« action collective ». Elle désigne un mode de relations interétatiques visant à établir des règles communes. Autrement dit, un Etat s’inscrit dans une logique multilatérale lorsqu’il privilégie la concertation dans les relations internationales. A l’approche des élections présidentielles américaines, l’avenir du multilatéralisme n’a jamais été aussi incertain.

Un multilatéralisme façonné par les Etats-Unis d’Amérique

L’isolationnisme a longtemps été à la base de la politique étrangère américaine. Pourtant, il faut rappeler que c’est Woodrow Wilson, ancien président démocrate américain, qui a initié la Société des Nations (SDN). Cette organisation était multilatérale en ce qu’elle privilégiait la coopération entre les Etats.

Plus encore, c’est au lendemain de la Seconde Guerre mondiale que les Américains décident de s’engager pleinement dans la voie du multilatéralisme. Ils ont alors pour ambition de façonner un nouvel ordre international dans lequel primeraient la négociation et la coopération entre Etats. C’est dans cette perspective que naissent des institutions internationales comme l’Organisation des Nations Unies (ONU). Le multilatéralisme d’aujourd’hui est donc avant tout américain.

Carte des Etats membres de l’ONU

“America first”, ou le rejet du multilatéralisme

Avec le slogan « America First », Trump fait prévaloir sa vision : ce sera l’Amérique d’abord. Ainsi, le 45ème président américain souhaite se concentrer sur les intérêts nationaux au détriment des affaires mondiales. En ce sens, il n’accorde plus d’importance à l’intérêt mutuel qui est pourtant le fondement du multilatéralisme. A de nombreuses reprises, le dirigeant américain a rappelé son rejet du multilatéralisme. En septembre 2018, il dénonçait une nouvelle fois « l’idéologie du mondialisme » devant l’Assemblée générale des Nations Unies.

Trump semble alors s’inscrire dans une tendance isolationniste. Cela se traduit par le retrait progressif des Etats-Unis d’Amérique de l’arène internationale. Ainsi, le président républicain réduit progressivement son financement aux missions de maintien de la paix menées par les casques bleus. Autre exemple, il a décidé de se retirer de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien en 2018. Même dans les affaires commerciales, il court-circuite l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour préférer jouer sur les droits de douane.

Donald Trump se retirant de l’accord sur le nucléaire iranien

Le retrait des Américains est alors perçu par Xi Jinping, l’actuel dirigeant chinois, comme une opportunité : celle de s’imposer davantage sur la scène internationale.

Une opportunité pour la Chine

La plupart du temps, Washington refuse de jouer un rôle central au sein des institutions internationales. L’Empire du milieu profite alors de cette situation pour gagner de l’influence. Aujourd’hui, plusieurs ressortissants chinois ont pris la tête d’agences spécialisées des Nations unies. C’est le cas de Qu Dongyu, actuel directeur général chinois de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Ces directeurs ne sont pas toujours neutres. Au contraire, ils ont tendance à se comporter comme des appuis en faveur de la politique chinoise.

Récemment, dans le contexte de la crise du coronavirus, Trump a mis fin aux relations avec l’Organisation mondial de la santé (OMS). Il la considère comme étant devenue une « marionnette » de la Chine. Pékin a alors offert près de 30 millions de dollars de plus à l’OMS pour répondre au retrait américain.

Finalement, Xi Jinping se présente comme un modèle du multilatéralisme. La finalité de sa politique est claire : il s’agit de profiter du retrait américain pour influencer de plus en plus les organismes internationaux.

Donald Trump (à gauche), serrant la main à Xi Jinping (à droite)

Trump ou Biden : Quel avenir pour le multilatéralisme américain ?

A quelques mois des élections américaines, on ignore l’orientation que va prendre le multilatéralisme américain. Néanmoins, il est d’ores et déjà possible d’évoquer quelques hypothèses.

Durant son mandat, Trump n’a eu de cesse de faire passer l’Amérique d’abord et s’opposer, in fine, au multilatéralisme. Il serait donc logique que le candidat républicain s’inscrive dans la continuité de la politique internationale qu’il a mené jusqu’alors.

Cette vision semble entrer en contradiction avec celle de Joe Biden, son rival. Selon le démocrate, la politique de Trump s’est traduite par « une fantastique érosion du leadership américain ». Il l’accuse également d’avoir mis en pièce les institutions internationales qui favorisent la coopération. A ce titre, l’ancien vice-président des Etats-Unis d’Amérique souhaite réconcilier les Américains avec le multilatéralisme. Toutefois, il est à noter que lui aussi parle de primauté des Etats-Unis par rapport aux autres pays. Dans cette optique, la politique pro-multilatérale de Biden est à nuancer.

Quoi qu’il en soit, les deux rivaux s’accordent pour l’instant sur un point : tenir tête à la Chine.

Affiches de campagne des deux candidats à la présidentielle américaine

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