La devanture du centre de conférence économique de Bavière, à Munich. Photo d'illustration. Crédit Alexis Demoment.

Réfugiés : la politique d’intégration allemande analysée

Le 7 juillet 2016, le gouvernement allemand a adopté une nouvelle loi visant à renforcer le dispositif d’intégration des réfugiés. L’Allemagne a accueilli en 2015 un peu plus de 800 000 migrants. Quels sont les dispositifs mis en en place par cette loi, et que révèlent-ils du modèle d’intégration « à l’allemande » ?

La première mesure concerne l’accès à l’emploi: pendant 3 ans, les entreprises ne seront plus obligées de vérifier qu’il n’y a pas un candidat allemand avec des compétences équivalentes avant d’embaucher un étranger. Les migrants pourront notamment accéder plus facilement aux formations en alternance.

Des  cours « d’intégration » pour les réfugiés au cœur du dispositif législatif

Pour l’Allemagne, dont la population vieillissante peine à se renouveler, l’arrivée de cette force vive, jeune et contre toute attente qualifiée (ce sont en réalité les jeunes issus des couches supérieures de la population de leur pays d’origine qui parviennent à arriver jusqu’en Europe, notamment à cause du prix du voyage), peut effectivement être perçue comme une aubaine.

Mais l’intégration économique passe aussi par l’intégration des nouveaux arrivants à la communauté. Un volet de cette loi est donc consacré aux « cours d’intégration » qui auront pour objectif de faciliter l’adaptation des réfugiés au mode de vie allemand.

Des cours sur les principes démocratiques

En quoi consistent réellement ces cours ? Outre un passage obligé par l’apprentissage de la langue, pendant 6 mois, s’ajoute également un « cursus d’orientation ». Ce cursus est un condensé de culture générale sur les mœurs, l’histoire, les institutions et les valeurs allemandes. Cette partie insiste particulièrement sur le modèle de la démocratie, les droits et devoirs fondamentaux inscrits dans la Constitution et l’égalité entre les sexes.

À l’issue de cette formation, les élèves passent un test final, identique pour tous. Il est divisé en deux. La première partie intitulée « Test d’allemand pour les immigrés » porte sur le cours de langue. La deuxième partie s’intitule « Vie en Allemagne » et porte sur tout ce qui a été vu pendant les cours dits « d’orientation ». S’ils réussissent le test dans son ensemble, les élèves obtiendront le précieux « certificat » leur permettant de rester en Allemagne.

« On ne peut pas encore avoir une idée exacte du pourcentage de réussite pour cette formation, affirme Kira Gehrmann, porte parole du BAMF (l’Office fédéral pour la migration et les réfugiés) sur les premiers résultats obtenus à l’examen final. Il faut prendre en compte qu’avant octobre 2015, les réfugiés n’avaient pas la possibilité de suivre ces cours. »

60 % ont obtenu le niveau B1

Les premiers chiffres permettent tout de même de se faire une idée. « Si on prend la première moitié de l’année environ 60 % de tous les participants à la formation ont obtenu un niveau B1 en Allemand. 33 % ont obtenu le niveau A2 et 93 % ont réussi le test “Vie en Allemagne’’ ».

Voici quelques unes des questions posées au candidat :

Le National-socialisme mis en place par Adolf Hitler en 1933 était :

  1. une dictature
  2. un État démocratique
  3. une monarchie
  4. une principauté

Qu’est-ce qui est compatible avec la loi allemande ?

  1. la flagellation
  2. la torture
  3. la peine de mort
  4. l’amende

En Allemagne, une jeune femme de 22 ans vit avec son petit ami. Les parents de la femme sont mécontents car ils n’aiment pas le petit ami de leur fille. Qu’est-ce que les parents peuvent faire ?

  1. Ils doivent respecter la décision de leur fille
  2. La fille doit retourner vivre chez ses parents
  3. Ils peuvent dénoncer la fille à la police
  4. Ils peuvent trouver un autre homme pour leur fille

En Allemagne, quelle est la tradition pour Noël ?

  1. cacher des œufs colorés
  2. décorer un sapin
  3. s’habiller avec des masques et des costumes
  4. mettre une citrouille devant sa porte

Ce cursus d’orientation vise clairement à expliciter aux nouveaux arrivants les mœurs allemandes afin de rendre la cohabitation plus facile. L’aspect caricatural de certaines de ces questions interpelle. Mais pour le gouvernement allemand, cette prise de position sur la question de l’intégration est également une décision politique.

Une formation devenue obligatoire 

La loi prévoit que ces cours soient également ouverts aux personnes qui n’ont pas encore obtenu le droit d’asile mais qui ont entamé les procédures de demande et qui ont de « bonnes chances » d’être autorisées à rester. Par « bonne chances de rester », la législation allemande entend les migrants venant des pays auxquels on a accordé un « pourcentage de protection supérieur à 50 % ». C’est-à-dire ceux qui vivent actuellement des crises politiques majeures : c’est le cas de l’Érythrée, de l’Irak, de l’Iran et de la Syrie.

Cet élément est intéressant car il signifie que les nouveaux arrivants pourront prendre l’initiative de leur intégration avant même d’avoir obtenu l’avis définitif de leur droit d’asile. Il s’agit aussi pour le gouvernement d’anticiper le processus d’intégration. On estime qu’il faut 5 ans en moyenne pour qu’un réfugié soit complètement intégré dans son pays d’accueil.

À l’inverse, la loi prévoit le retrait du droit d’asile à toute personne qui arrêterait de suivre cette formation. Un moyen pour les migrants de faire preuve de leur « bonne foi », tout autant qu’un parti pris de la part du gouvernement, qui conditionne l’accueil des migrants à leur volonté de s’intégrer.

Cet élément peut être perçu comme une stratégie politique de la part du parti d’Angela Merkel, à un an des élections législatives allemandes. Il faut prendre en compte la hausse de popularité du parti eurosceptique Alternative pour l’Allemagne (AFD), fermement opposé à l’accueil des migrants. Sans pour autant ébranler la politique de « la porte ouverte » d’Angela Merkel, un durcissement s’est fait sentir, notamment en ce qui concerne la régulation du nombre d’entrées sur le territoire.

Enjeux pratiques, question éthique

Ce programme d’intégration a soulevé plusieurs critiques. Pratiques, comme le nombre de places jugé encore trop faible face au nombre de personnes concernées. Éthiques aussi: se pose la difficile question de la frontière entre intégration et assimilation. On reproche également à cette loi de n’avoir rien prévu pour le suivi psychologique de ces populations souvent traumatisées. C’est un élément essentiel qui n’est pas suffisamment pris en compte.

L’Allemagne tente néanmoins de rechercher des solutions durables. Loin d’être idéal, on peut reconnaître à ce dispositif le mérite de dépasser les solutions d’urgence pour offrir des perspectives d’intégration sur le long terme.

Bannière : La devanture du centre de conférence économique de Bavière, à Munich (photo d’illustration). Crédit Alexis Demoment

Vous aimerez aussi