Répression des Ouïgours en Chine : un génocide culturel ?

En Chine, depuis l’avènement du président Xi Jinping, la région du Xinjiang voit sa surveillance renforcée et les libertés de son peuple diminuer. Son peuple, les Ouïgours, une minorité ethnique musulmane, est alors soumis à une réelle campagne de répression. Les experts dénoncent un « ethnocide ».

Les Ouïgours ont toujours fait face à une forte répression de la part des autorités chinoises. Ce peuple a longtemps vécu de manière assez reculée, en pratiquant un islam traditionnel. Leur différence trop marquée avec les Hans, l’ethnie majoritaire de Chine, a souvent fait craindre au gouvernement une scission du Xinjiang avec l’État chinois. Toutefois, lorsque Xi Jinping a dévoilé son projet de « nouvelle route de la soie », la région a pris une nouvelle ampleur stratégique.

En effet, le territoire se trouve au cœur de ce programme. Dès lors, afin d’éradiquer toute menace de sécession, le gouvernement a souhaité atténuer toute différence culturelle en restreignant fortement les libertés religieuses. En mars 2017, plusieurs mesures législatives ont été adoptées, dont l’interdiction du port du voile islamique. Une politique de peuplement a également été mise en place. Des Hans ont été invités à s’installer dans la région : ils sont plus d’une dizaine de millions en 2016, alors qu’ils n’étaient que 200 000 en 1949. Parmi eux se trouvent de nombreux hommes célibataires, incités à épouser des femmes Ouïgoures qui sont, dans ce cas, obligées de renoncer à leur religion. Talk to East Turkestan, un groupe de défense des droits de l’Homme, dénonce des mariages forcés.

Toutes ces mesures sont prises pour « éteindre » la culture ouïgoure, mais le Parti ne s’arrête pas là.

Cette politique ne concerne effectivement que les Ouïgours qui sont encore « libres ». Car, de plus en plus de musulmans sont envoyés dans des camps de « rééducation ».. Ces camps se multiplient de plus en plus en vite et les rares témoignages qui en ressortent dénoncent des conditions semblables aux camps de concentration. The Chinese Human Rights Defenders affirme que plus d’un millions de personnes musulmanes y seraient enfermées et que 20% des arrestations criminelles en Chine ont lieu dans cette région qui n’abrite pourtant que 1,5% de la population nationale.

L’ONG Human Right Watch, quant à elle, atteste du caractère arbitraire de toutes ces arrestations dans le rapport « Eradiquer les virus idéologiques : Vague de répression en Chine contre les musulmans du Xinjiang ». Ce rapport s’appuie sur plusieurs témoignages d’habitants de la région, dont cinq anciens détenus. On y dénonce des pratiques de torture physique et psychologique. Par exemple, les détenus sont forcés à manger du porc, boire de l’alcool et réciter des hymnes du parti communiste. S’ils refusent ou ne s’exécutent pas correctement, des sanctions corporelles leurs sont affligées. Les témoignages sont rares étant donné le cloisonnement de la région et l’absence de liberté de la presse en Chine. Cependant, tous semblent affirmer la même chose et essaient malgré tout de provoquer un éveil de l’opinion publique.

         Une faible prise de conscience de la communauté internationale

La situation des Ouïgours a eu très peu d’écho à l’échelle internationale. En ce sens, l’année 2018 marque peut-être un tournant. Plusieurs déclarations ont été faites, généralement dans le cadre de l’ONU, dénonçant ces pratiques contraires aux droits de l’Homme. Dès le mois de juillet, Kelley Currie, l’ambassadrice des États-Unis au Conseil économique et social des Nations Unies a dénoncé l’existence de ces camps et affirme posséder un « large éventail de preuves ». Puis, en août dernier, Gay McDougall, la vice-présidente du Comité des Nations Unies pour l’élimination de la haine raciale, a déclaré obtenir des informations crédibles selon lesquelles des milliers de Ouïgours seraient enfermés dans ces camps.

En septembre, les accusations sont allées encore plus loin. Michelle Bachelet, Haute-Commissaire des Droits de l’Homme des Nations Unies a demandé à ce que soient envoyés des observateurs dans la région, dans la mesure où les autorités chinoises n’ont jamais fournies de preuves mettant à mal l’existence de cette répression. Ce à quoi Pékin a réagi en demandant à cette dernière de respecter la souveraineté territoriale du pays, déniant toute accusation. D’après The Guardian, les États-Unis réfléchiraient tout de même à des sanctions contre la Chine à la suite de cette répression. On peut donc apercevoir un léger éveil de la communauté internationale.

         Peu de perspectives d’avenir pour les Ouïgours

Pourtant, les autorités chinoises continuent de nier toute répression. Elles prônent une lutte contre l’extrémisme religieux. Il est vrai que certains Ouïgours ont rejoint Daesh et que ces dernières années, de violentes manifestations se sont produites. Or, cette montée des radicalités est plutôt analysée comme une réponse à la répression chinoise et elle permet, en outre, de renforcer le contrôle de la région. Le gouvernement n’a effectivement pas fléchi une seule fois depuis le début des accusations, au contraire. Des expatriés ouïgours dénoncent des pressions de la part de autorités qui les inciteraient à rentrer au pays. Certains, qui y sont retournés, déclarent ne plus reconnaître leur région natale. Les bars et les bordels sont désormais omniprésents, des drogues dures y ont été introduites et seraient en vente libre. Selon les chiffres du Comité gouvernemental pour la santé, les cas de VIH ont explosé depuis 2009 dans la région. L’avenir de la population ouïgoure semble sinistre si les autorités internationales laissent la Chine en roue libre. Elle pourrait aller plus loin dans cette politique répressive qui semble rappeler les heures les plus sombres de la Révolution culturelle de 1966 durant laquelle des centaines de Corans avaient déjà été brûlés.

Photo de bannière. Détenus Ouïgours dans un « camp de rééducation » en avril 2018, Xinjiang bureau of Justice WeChat Account

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