République Démocratique du Congo : les femmes comme arme de guerre

Une partie des Congolais ressentent encore les blessures subies à l’époque coloniale aux mains de l’État belge. Celui-ci, en employant une extrême violence, a dominé, exterminé et « civilisé » un pays entier. Bien que les femmes soient minoritaires à prendre les armes et aller sur le front, le colonialisme les a doublement affectées. Le corps de la femme, objet sexuel pour certains, lieu d’expérimentation pour tant d’autres, a été utilisé dans des nombreuses manières, mais surtout, comme arme de guerre.

Avant l’arrivée des colons, la femme en Afrique a été au pouvoir. Certains systèmes de gouvernance étaient donc matriarcaux. À leur arrivée, les colons ont massacré des milliers de personnes, imposé leur culture et de nouvelles règles. Traités comme des esclaves ou des personnes « à civiliser », les Congolais ont subi toute sorte d’atrocités. Les femmes ont subies ces violences d’une manière différente, mais d’une façon plus dure et permanente.

La période coloniale au Congo

La période coloniale peut être divisée en deux parties. La première s’étend de 1885 à 1908. C’est une période sanglante où de nombreux massacres ont eu lieu. Pendant ces 13 ans, le Congo était la propriété privée du Roi belge Léopold II. Les colons y ont imposé une domination physique, et ont massacré des milliers de personnes. Entre 10 et 15 millions de personnes seraient mortes au cours de cette période. Les colons ont aussi supprimé, du moins essayé, toute une culture.

Durant cette période, le corps de la femme, comme dans tous les temps de conflit, est considéré comme un « butin de guerre ». Comme l’explique un article de RTBF (Radio Télévision Belge Francophone) : « le corps des femmes symbolise autant le « butin de guerre » dont s’emparent, de gré ou de force, les colonisateurs belges qui envoient un message de domination masculiniste adressé aux hommes congolais.». Les femmes subissaient des violences différentes des hommes : elles étaient tuées, violées, humiliées, kidnappées, etc.

Aujourd’hui encore, les femmes subissent les séquelles de ces violences. Dans le livre Sexe, race & colonies, Amandine Lauro et Lancelot Arzel expliquent la connexion entre la quantité inimaginable de viols au Congo actuellement et l’époque coloniale : « Les femmes sont les trophées de guerre par excellence. Les autorités coloniales ne légitiment pas formellement ces « butins », mais les autorisent tacitement. Prises en otage pour faire céder l’ennemi, les femmes font ainsi l’objet de tortures spécifiques et de viols, dont l’objectif est de porter atteinte à la filiation et de profaner les liens de sang qui fondent les sociétés colonisées. »

La deuxième période coloniale, qui s’étend de 1908 à 1960, est aussi violente que la première. Le roi Léopold II cède le territoire congolais à l’État belge. Le Congo devient alors une colonie. Cette période est marquée par cette tentative de « civilisation ». Les colons avaient pour objectif de dominer ce pays, et de former des assistants administratifs, mais jamais leur donner un poste à responsabilité. Cette obsession arrive à tel point que dans les années 1950, les Congolais pouvaient recevoir, pour leur « bon » comportement, des cartes ou le statut « d’évolué », qui était considéré comme un accomplissement civique.

Le corps de la femme a été utilisé -et continue à être utilisé- comme une arme de guerre. La femme congolaise s’est vue sexualisée par les colons et les milices. Sur de nombreuses cartes postales, face à un paysage exotique, la femme noire est représentée avec les seins découverts. Le paysage exotique se fond avec la femme noire, et ne font qu’un. Le RTBF l’explique cette représentation : « au Congo, ces femmes font partie du paysage, on [les colons] accapare le territoire et les femmes avec. »

La déshumanisation de la femme

Dès leur arrivée, la femme noire a suscité une obsession chez les colons. Elle faisait l’objet de nombreuses photographies, études et observations de la part d’experts. Ils l’utilisaient pour soutenir leurs propos racistes. L’exemple parfait pourrait être l’étude de leur corps en comparaison avec ceux des personnes blanches. Encore aujourd’hui en Belgique, des restes de crânes et des ossements utilisés pour des études sont retrouvés.

Cet exemple peut être illustré le portrait de la femme congolaise fait par le Révérend Père Vermeersch. Il distingue trois types de femmes congolaises. La première est la femme polygame. Elle est considérée comme une esclave. La deuxième est la femme ménagère du blanc, qui est une esclave sexuelle. Enfin, la troisième est la femme parfaite issue d’un bon travail de colonisation : c’est la femme chrétienne. Cette femme est « libérée », et mérite le respect. Les colons lui font croire qu’à force de la soumission, elle sera au même niveau que la femme blanche.

A cette époque, le féminisme essaie de se faire entendre. L’Union des Femmes Coloniales (UFC), fondée en 1924, était une organisation ayant pour but d’améliorer les conditions de vie des femmes qui accompagnaient leurs maris colons. Avec ce réseau solidaire, les femmes s’entre-aidaient. Cependant, cette différence de race était toujours présente pour une grande majorité du groupe. En effet, les femmes ne recevaient pas d’éducation, et étaient formées dans des domaines considérés comme féminins par les colons, comme la couture, la cuisine, le ménage, la puériculture. Les hommes recevaient entre temps des formations comme auxiliaires administratifs.

Pendant la période coloniale, la femme n’était vue que comme un objet ou une esclave sexuelle. Elles étaient appelées “ménagères” par les colons. Le viol n’était qu’une arme de guerre. Les colons voulaient ainsi  toucher l’époux, la famille, la communauté, etc. C’était une manière d’intimider l’adversaire. Un article du journal français Libération, parle d’une « guerre géogénétique ». En effet, le viol a été utilisé pour faire un « nettoyage ethnique qui aboutissait à la naissance de milliers d’enfants ». Dans le magazine La Vie, en 2012, le Docteur Denis Mukwege, gynécologue et militant des droits de l’Homme au Congo, disait : « En mettant enceintes ces femmes, les Interahamwe brisent la filiation, ils créent une nouvelle « race », un enfant que le mari et la femme seront dans l’impossibilité de reconnaître. » Cet homme a été témoin des atrocités commises par les colons, non seulement sur ses proches, mais aussi sur les milliers de femmes qui passent dans son cabinet après un viol, une excision, etc.

La femme congolaise était hypersexualisée par les colons, à tel point que la représentation de la femme noire n’était pas exacte mais variait au contraire selon les fantasmes de l’auteur. Une comparaison constante avec la femme européenne, par rapport aux lèvres, au nez, aux cheveux, aux fesses, à la poitrine… La femme européenne était considérée comme ayant des proportions parfaites et un style plus «formel».

L’indépendance congolaise et la révolution féminine

Après des guerres, des massacres et bien d’autres horreurs, le Congo déclare son indépendance en 1960. Cette partie de l’histoire s’est écrite sans les femmes. Les grandes personnalités publiques de cette période sont toutes des hommes, comme Lumumba, Premier Ministre et militant pour l’indépendance. Malgré cette absence dans l’histoire, les femmes congolaises ont été témoins de ces atrocités. Dans une thèse faite en 2006 sur les femmes dans la résolution des conflits au Congo-Brazzaville, Maixent Cyr Itoua Ondetil explique les causes de cette inégalité, et pointe les faits reliant le passé colonial à l’actualité au Congo.

Le passé colonial est encore aujourd’hui présent dans la société congolaise. Les formations d’économie-sociales ou de puériculture sont exclusivement étudiées par des femmes, alors que les formations industrielles ou de l’administration sont essentiellement étudiées par des hommes. Malgré cela, la scolarisation féminine est en hausse ces dernières années, et plus de femmes accèdent aux secteurs à responsabilité. Ce phénomène reste cependant toujours très minoritaire. Les femmes sont nombreuses dans le secteur public, mais pas dans les secteurs de grande responsabilité tels que dans la médecine ou l’ingénierie. Lorsqu’elles y sont, elles occupent plus souvent des postes d’assistantes ou d’infirmières.

Les femmes commencent donc peu à peu à refaire partie de l’histoire du Congo. Il reste encore un long chemin à faire, et malheureusement, les blessures de l’époque coloniale sont toujours ressenties aujourd’hui.

 

Sources

http://www.unesco.org/new/fileadmin/MULTIMEDIA/HQ/SHS/pdf/Femmes-RDC.pdf

https://news.un.org/fr/story/2018/03/1008502

http://www.iteco.be/revue-antipodes/ou-en-est-le-congo/article/etre-femme-au-congo

https://www.genreenaction.net/La-politique-en-RDC-quelle-place-pour-les-femmes.html

https://www.atlantico.fr/decryptage/554849/au-congo-le-corps-de-la-femme-est-un-champ-de-bataille-colette-braeckman?fbclid=IwAR0hBY_fGZHUqXvkweJ29roqZym0Fhy8O15BkxVdNqh0DFJnGSiHijc2qtg

https://www.liberation.fr/debats/2017/03/09/de-la-colonisation-et-des-crimes-contre-l-humanite_1554573?fbclid=IwAR0hBY_fGZHUqXvkweJ29roqZym0Fhy8O15BkxVdNqh0DFJnGSiHijc2qtg

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