Royaume-Uni : les conséquences sanitaires et sociales d’un « no-deal Brexit »

Un récent rapport du bureau national d’audit britannique intitulé « Exiting the UE : Supplying the health and social care sectors » met en lumière les conséquences désastreuses que pourrait avoir une sortie de l’Union Européenne sans accord préalable dans le domaine de la santé au Royaume-Uni.

Le feuilleton du Brexit n’en finit plus. Initialement fixé au 31 octobre 2019, il garde la possibilité d’être repoussé jusqu’en janvier 2020. Mais, avec les rebondissements quotidiens qui rythment la vie politique britannique, l’option la plus plausible reste celle du « no-deal » : le Royaume-Uni et l’Union Européenne ne parviennent pas à s’entendre sur un accord de retrait. Toutefois, la sortie sans négociations du Royaume-Uni a bien lieu.

Une échéance imminente

Ces dernières semaines, les discussions se sont intensifiées en coulisses. Leur but : chercher à éviter que l’éventualité d’un « no-deal Brexit » ne devienne réalité. Cependant, la menace se précise de jour en jour. Ces discussions ont pour objectif de s’assurer que les marchandises puissent traverser les frontières du Royaume-Uni de façon simplifiée et, ainsi, d’empêcher des délais de livraison trop importants dus aux contrôles douaniers. A l’heure actuelle, il est toujours impossible de savoir avec certitude ce qu’il pourrait se passer à la frontière britannique si le Brexit devait se produire hors du cadre d’un accord bilatéral avec l’Union Européenne. Malgré tout, les différents acteurs politiques s’accordent sur le fait qu’un « no-deal Brexit » pouvant advenir sans aucune incidence, notamment sur le secteur sanitaire et social, relève de la pure et simple utopie.

Le rapport en question précise que, sur les 12 300 médicaments traditionnellement utilisés au Royaume-Uni, près de 7 000 d’entre eux arrivent d’Europe. Parmi ces 7 000 références, certaines proviennent directement d’un pays membre de l’Union Européenne alors que d’autres ne font que transiter par un pays membre de l’Union Européenne. Actuellement, cette situation ne pose pas de problème grâce à la clause de reconnaissance mutuelle qui permet à un produit répondant aux exigences européennes d’être en libre circulation sur l’ensemble du territoire de l’union. Le rapport du National Audit Office révèle également que les échanges marchands pourraient être réduits de 40% à 60% les premiers jours après la sortie de l’Union Européenne, puis augmenteraient progressivement jusqu’à redevenir comme aujourd’hui environ un an plus tard.

Des prévisions inquiétantes

Là encore, il demeure difficile de prévoir avec exactitude quelle sera la nature de la relation entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne tant qu’aucun accord n’a été adopté. Afin d’anticiper une potentielle pénurie, le Royaume-Uni, qui dispose habituellement de trois mois de réserve en médicaments, a augmenté ses stocks de six semaines supplémentaires, soit une réserve totale 1,5 fois plus importante que la normale. Les autorités sanitaires britanniques (le Ministère de la Santé et des Affaires Sociales ainsi que le Service National de Santé) travaillent avec un grand nombre d’organisations pour pouvoir répondre au mieux à ce défi. En décembre 2018, elles ont d’ailleurs présenté un programme pour la sauvegarde de la santé des patients en cas de « no-deal Brexit ». Visant à maintenir la livraison de médicaments et de matériel médical en toutes circonstances, ce programme a en réalité démontré l’existence de nombreuses zones à risque qui pourraient ne pas ou peu être approvisionnées.

Dans le but d’éviter des délais de mise sur le marché trop importants, et donc la probabilité que beaucoup de médicaments présents sur le marché européen ne le soient plus outre-Manche, le Royaume-Uni a pris la décision de reconnaître temporairement les tests et certifications européens. Pour le moins surprenante au regard des motivations britanniques à sortir de l’Union Européenne, cette procédure de reconnaissance ne permet pas au Royaume-Uni d’avoir son mot à dire lors de ces tests. En effet, le pays n’est plus membre de l’Agence Européenne des Médicaments à ce jour. Bien que les autorités se préparent aux conséquences d’un éventuel « no-deal » sur tous les plans, la problématique sanitaire et sociale fait partie des plus complexes à résoudre. Si le Royaume-Uni se retrouve effectivement dans une impasse logistique et réglementaire le 31 octobre 2019, il semblerait que de graves impacts soient inévitables dans un système de santé d’ores et déjà qualifié de chaotique et à l’agonie.

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