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Royaume-Uni : le NHS en pleine crise

Le National Health Service (NHS) est arrivé à un point de rupture ce mois de janvier. Le septennat conservateur a été marqué par les coupes budgétaires et le déséquilibre entre personnel et patients. Les premiers à en faire les frais sont les malades. Immersion dans le monde médical britannique, où les professionnels tentent de faire face à la crise.

Depuis sa création en 1948, le service de santé national de Grande-Bretagne a toujours connu des problèmes d’effectif. Mais cette année 2017 est particulièrement mal engagée. Selon la Croix-Rouge, le service fait face à une « crise humanitaire ». Nombre de médecins et d’infirmiers ont soutenu cette déclaration. Ils affirment que la politique du ministre de la Santé conservateur Jeremy Hunt, marquée par les coupes budgétaires, est responsable du manque de personnel et de matériel. Dans les hôpitaux, les files d’attentes croissent et les lits sont rares.

Cet hiver est le pire que le service a connu. Plusieurs rapports inquiétants ont été publiés ce mois de janvier. L’un déplore l’échec de la tentative de changement d’alimentation dans le milieu hospitalier. Un autre indique que la saturation de lits disponibles pour des patients (bed-blocking) a augmenté de 42 % au cours de l’année 2016.

Ce n’est pas la première fois que le NHS fait l’objet d’une crise majeure. Entre avril et septembre 2016, les médecins en formation avaient mené des grèves pour protester contre la modification de leurs contrats, dans lesquels le travail le samedi avait notamment été ajouté. Jeremy Hunt avait déclaré que cette période de grèves aurait pu être l’une des pires dans l’histoire du NHS, évoquant la sécurité des patients. Ces grèves sont à présent utilisées comme argument par la Croix-Rouge et les travaillistes pour illustrer les échecs du service sous les conservateurs.

Le personnel face à un défi d’effectif

Jessica Simpson, étudiante en médecine à l’Université de Southampton, a déjà vécu des expériences professionnelles dans le secteur. Elle nous confie : « je n’ai jamais connu d’autre NHS, mais, honnêtement, une fois que les patients sont dans l’hôpital, ils reçoivent le meilleur service possible par des personnes vraiment dévouées à leur travail ». Elle reconnait également qu’une forme de « chaos » y règne parfois. « Les listes d’attentes ont augmenté. C’est dû au vieillissement de la population et au nombre en hausse de gens qui ont besoin d’un traitement prolongé ».

D’après Jessica, les infirmiers et le personnel de soutien seraient de plus en plus sollicités. Constamment auprès des patients, ils sont essentiels au fonctionnement des hôpitaux en faisant remonter leurs observations aux médecins. Leur charge de travail en augmentation complique leur situation. Même si les médecins n’ont pas été touchés directement, protégés par la directive européenne sur le temps de travail, « cela a détérioré leur environnement ». Pour la jeune apprentie, c’est l’une des raison de la crise générale du service.

« La priorité sur les patients »

Si le personnel semble avoir accepté les changements d’heures de travail, il est de plus en plus sous pression. Beth Arthurs, infirmière en formation à l’hôpital de Queen Elisabeth de Birmingham, a constaté une dégradation de ses conditions de travail depuis le début de sa formation, il y a trois ans. « Je finissais toujours ma journée à l’heure quand j’ai commencé […]. Actuellement, j’ai tendance à quitter l’hôpital une heure en retard à cause du manque de personnel et de la mauvaise gestion des salles ».

Jessica et elle se disent cependant fières du traitement fourni aux patients. « Malgré tout, nous mettons toujours la priorité sur les patients, avant de penser à nos heures de travail », se félicite Beth.

Crise humanitaire ou perte de réputation ?

Fondé en 1948 sous l’influence d’Aneurin Bevan, le NHS marquait une avancée sociale immense pour les travaillistes britanniques. Il a inspiré de nombreux pays dans le monde, développant l’idée d’un État-providence efficace. Il reste toujours au cœur des discussions politiques. Longtemps salué par de nombreuses études, dont une en 2014 le qualifiant de meilleur service de santé au monde, il vit aujourd’hui un coup dur.

Aneurin Bevan, le fondateur du NHS. Image de domaine public.

Aneurin Bevan, le fondateur du NHS. Image de domaine public.

La persévérance et les sacrifices du personnel hospitalier permettent pour l’instant à ce système de ne pas s’effondrer. La crise révèle en réalité une bataille politique plus qu’elle n’annonce la disparition du service.

Photo de bannière : image d’illustration. Domaine public.

Etudiant britannique de l’Université de Birmingham, je suis devenu membre du Journal International pendant mon année à l’étranger à Lyon 2016-2017. Je m’intéresse à une variété de sujets politiques, sociaux et culturels des quatre coins du monde, mais je me focalise sur les affaires de mon pays natal.

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