Le Sahara: la course à la reconnaissance [4/4]

 Avec 1200 km de côtes, le Sahara-Occidental (SO) détient des ressources halieutiques, minières et pétrolières qui attirent les convoitises, au premier rang desquels figure le Maroc. Après avoir été colonisé en 1884 par l’Espagne, le Royaume s’est approprié le SO en 1975. Il l’a fait en même temps qu’il annexait ce territoire considéré comme « non autonome » depuis le vote de la résolution 2072 à l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) en 1965. Divisée, la « communauté internationale » a laissé le Maroc prendre possession de ce territoire de deux cent soixante-dix mille kilomètres carrés « frontalier » de la Mauritanie, de l’Algérie et du Maroc. Depuis, le Front Polisario dénonce les « pillage » incessants des ressources et le mépris du « peuple du Sahara occidental ». À travers un reportage en 4 volets. Dans ce quatrième et dernier article, le JI revient sur le statut juridique, du Sahara Occidental aujourd’hui, de part et d’autre des clivages.

Source: Tunisie Visa, La Mauritanie accueille des Sahraouis

Pour le royaume chérifien, le Sahara Occidental fait partie intégrante de l’État marocain. Pour le gouvernement, les Sahraouis constituent une partie de l’identité du pays. La Constitution de 2011, qui représente par ailleurs une réelle avancée pour les droits et les libertés au Maroc, affirme dès son préambule « son unité forgé par la convergence de ses composantes arabo-islamiques, amazighe et saharo-assanie » qu’elle s’engage à défendre. L’unité nationale s’est donc constituée autour de grandes composantes : l’identité arabo-islamique, l’identité amazighe, c’est-à-dire berbère, et l’identité saharo-hassani. Ainsi, « l’Etat œuvre pour la préservation du hassani, en tant que partie intégrante de l’identité culturelle marocaine unie » -le hassani est le dialecte parlé par les Sahraouis, jusqu’en Mauritanie, au Mali, au Niger et en Algérie, fortement influencé par l’arabe classique-.
Ainsi, le roi est autorisé à réagir à toutes actions qui remettent en cause le territoire marocain tel qu’il est revendiqué aujourd’hui, que ce soit durant des manifestations menées par des associations ou lors de réunions de partis politiques en faveur de l’auto-détermination. Cela explique l’inexistence de partis ou d’associations sahraouis dans les territoires revendiqués. Tout mouvement qui remet en cause l’unité nationale est donc illégal du point de vue de la législation marocaine.

Pour les autres acteurs du conflit, le Sahara est un territoire occupé

Les autres acteurs du conflit, à savoir le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie, affirment que le Sahara est « la dernière colonie », expression employée lors d’un documentaire tournée dans les camps de réfugiés à Tindouf en Algérie.

 

Source: Minurso

Le Front Polisario, ou Frente Popular de Liberacion de Saguia el Hamra y Rio de Oro, se réclame comme le mouvement de libération nationale du Sahara. Depuis sa création dans les années 1970, il a mené des actions armées et des guérillas contre les forces militaires marocaines dans les zones revendiquées. En 1976, soutenu par l’Algérie, il proclame la RASD, la République Arabe Sahraouie Démocratique, dont le gouvernement a trouvé refuge dans les camps de Tindouf. Celle-ci est reconnue successivement par l’Algérie en 1976 et par la Mauritanie en 1984. Selon le Front Polisario, le Maroc « occupe » le Sahara afin d’exploiter les ressources naturelles du territoire, en particulier le phosphate, les réserves pétrolières et halieutiques.

Au niveau international, la reconnaissance du SO entre division et compromis

Au niveau international, la question du Sahara divise plus qu’elle ne rassemble. Mais cette division est aussi complexe : certains soutiennent le Maroc, d’autres la RASD. Certains reconnaissent le droit d’autodétermination tout en ne reconnaissant pas la RASD, et d’autres ne souhaitent pas se positionner dans le conflit. A cela s’ajoutent les opinions qui se modifient en fonction des gouvernements à la tête des Etats. Ainsi, officiellement, 83 Etats soutiennent le droit d’autodétermination des Sahraouis, dont 42 ne reconnaissent pas la RASD et 35 la reconnaissant. Par exemple, l’Union Européenne soutient les processus engagés en faveur d’un référendum, mais elle ne reconnaît pas le Front Polisario en tant qu’entité politique. Sa position est d’autant plus ambiguë qu’en décembre 2016, la Cour Européenne de Justice a déclaré dans un rapport que le Maroc n’était pas souverain sur le territoire du Sahara Occidental, et que par conséquent, la commercialisation en Europe de produits venant de ces territoires n’était pas autorisée.
l’ONU a quant-à elle reconnue le Sahara Occidental comme un territoire non-autonome sous son contrôle depuis 1963. Le territoire est aujourd’hui scindé en deux, entre le Maroc à l’Ouest qui en possède 80%, et la RASD à l’Est dans la partie désertique.
Quant-à la France, sa position est également difficile à cerner. D’un côté elle se positionne officiellement comme un acteur neutre dans le conflit, mais de l’autre elle a été impliquée dans la guerre qui a opposé le Front Polisario au Maroc à la Mauritanie, aux côtés de ces derniers. Par ailleurs, elle a menacé en 2009 et 2010 d’utiliser au sein du Conseil de Sécurité de l’ONU son veto afin d’empêcher la création d’un organe de la MINURSO chargée de contrôler les droits de l’homme.
Les acteurs étatiques et politiques se positionne aujourd’hui pour l’un ou l’autre des parties, mais plus de quarante ans après le début du conflit, l’identité du Sahara est toujours discutée.

 

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