Samuel Wazizi: Tué pour travailler

Assassiné pour sa profession. Samuel Wazizi, journaliste camerounais, montre les dangers pour la presse dans certains pays. Une fatalité qui est de plus en plus récurrente dans le monde. Est-ce un crime d’être journaliste aujourd’hui?

Samuel Wazizi, journaliste camerounais, est mort. Après 300 jours sans nouvelles, le 2 juin 2020, Reporters Sans Frontières confirme son décès. L’organisation réclame aux autorités d’éclaircir les détails de sa mort. Un militaire proche de l’affaire a indiqué qu’il était malade. Tout commence le 2 août 2019, Wazizi est accusé de d’avoir tenu des propos critiques envers les autorités et leur gestion de la crise. Après avoir passé cinq jours détenu par la police de Muea, le 7 août 2019, le 21e bataillon d’infanterie de Buéa l’a récupéré. Depuis, sa famille, ses collègues et ses avocats n’ont plus eu de nouvelles de lui. Le 28 mai, il avait rendez-vous devant la Haute Cour de Fako, mais il n’est pas apparu. L’un de ses avocats, Emmanuel Nkea déclare qu’il y a plus de chance qu’il soit mort que vivant.

“La détention au secret de ce journaliste et l’absence totale des nouvelles le concernant nous font craindre le pire” affirme Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de Reporters Sans Frontières. L’organisation se méfie. Ils demandent des explications, sur la soudaine mort du reporter. Ils craignent qu’il ait été torturé.

Samuel Wazizi, journaliste, ne faisait que travailler lorsqu’il a été détenu. La liberté de presse dans le pays est en décadence. Selon le classement de RSF sur la liberté de la presse mondiale, le Cameroun est classé 134ème sur 180 pays. Les personnes qui exercent ce métier sont en danger constant. Le Cameroun subit à répétition des coupures d’Internet commandées par l’État, pour éviter le partage d’informations. Lors des dernières élections présidentielles, la persécution des médias augmente.

Paul Biya, président du Cameroun depuis bientôt 38 ans, fait régner une crise d’autocensure et de crainte. Les journalistes indépendants ou même les correspondants se font agresser, emprisonner et, quelques fois, tuer. La mort de Samuel Wazizi a ému les internautes. Depuis presque un an, personne n’a eu de ses nouvelles, ni même sa localisation. Ce qui met en garde l’organisation de Reporters Sans Frontières et demande des réponses. Sur les réseaux, le hashtag #JusticeForWazizi a été en Trending Topic sur Twitter quelques jours.

La liberté de l’information commence à se libérer sur le continent africain depuis les années 90, mais le chemin est encore long. Seulement cette année, trois journalistes ont été tués en Afrique, au Cameroun, au Nigéria et en Somalie.

Liberté de presse : pour quand ?

Samuel Wazizi a été accusé d’avoir tenu des propos critiques à l’égard des autorités et leur gestion de la crise dans les régions anglophones du Cameroun. Depuis des années, les parties anglophones du pays se sont marginalisés. Cette division entre groupes séparatistes et l’armée s’affrontent depuis des années. Le journaliste assassiné était anglophone, ce qui met en garde RSF. Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de Reporters Sans Frontières réclame: “Nous demandons aux autorités de briser le silence intolérable autour de cette affaire et de conduire une enquête sérieuse et indépendante pour établir les circonstances ayant conduit à cet événement tragique.”

Des ONG appellent les journalistes à se mobiliser en hommage à Wazizi et pour protester contre cette censure. Samuel Wazizi est le deuxième journaliste, après Mimi Mefo en novembre 2018, victime de ce qui pourrait être appelé la “crise anglophone”. Cette crise depuis 2016 a fait plus de 3.000 morts et semble loin d’être finie.

Cependant des organisations luttent tous les jours contre ces violences. Aujourd’hui, ils pleurent le décès de ce journaliste et réclament justice pour lui et ses proches.

 

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