Statut de bronze de Marcus Aurelius. Crédit Zanner.

Une semaine dans la peau d’un stoïcien durant la Stoic Week 2016

La Stoic Week se tiendra cette année du lundi 17 au dimanche 23 octobre. À cette occasion, les participants pourront découvrir plus en détails et mettre en pratique le stoïcisme, cette philosophie de vie antique. Le Journal International a interviewé Donald Robertson, l’un des organisateurs du projet et administrateur du groupe Facebook « Stoicism Group (Stoic Philosophy) », qui compte plus de 15 000 membres.

Le Journal International : Pouvez-vous tout d’abord expliquer l’objectif de la Stoic Week ?

Donald Robertson : La Stoic Week est un événement annuel dont l’objectif est d’encourager le public à s’engager dans la philosophie stoïcienne classique. Cela implique de faire face aux défis de la vie moderne en appliquant les idées et les pratiques stoïciennes via le suivi de notre livret et en écoutant les enregistrements audio des exercices de méditation. C’est international et cela se déroule sur Internet : n’importe qui peut participer. L’idée de départ était de proposer aux gens une façon simple de s’engager dans la littérature stoïcienne de l’Antiquité en testant quelques concepts et pratiques dans leurs vies quotidiennes. C’est aussi une chance pour les gens qui veulent communiquer avec ceux qui cherchent à en apprendre plus sur le stoïcisme comme art de vie, et ceux qui veulent s’enrichir des expériences des uns et des autres. Il s’agit d’un projet philanthropique à but non lucratif.

JI : Comment se déroule la semaine de la Stoic Week ?

DR : On peut s’inscrire à l’avance. Ensuite, les inscrits peuvent lire le livret en ligne, ce qui leur donnera une introduction élémentaire à la théorie et à la pratique stoïcienne. Les sept principaux chapitres correspondent aux sept jours de la semaine et chaque chapitre suit la même structure, avec des citations, des exercices de méditation et de la lecture. Les gens suivent donc le livret chapitre par chapitre tout au long de la semaine, mettent en application les exercices du matin, du midi et du soir, écoutent les enregistrements audio et discutent de leurs progrès avec les autres participants. On invite aussi généralement les gens à remplir quelques questionnaires avant et après la Stoic Week, bien que cette année il se peut qu’il y en ait moins étant donné que nous avons déjà récolté beaucoup de données pour notre recherche. Les gens trouvent cependant ce genre d’informations très utiles pour leur propre auto-réflexion.

JI : Qui est derrière l’événement ?

DR : La Stoic Week en est maintenant à sa cinquième année consécutive. Elle est organisée par une équipe pluridisciplinaire appelée Stoicism Today. C’est le professeur Christopher Gill de l’université d’Exeter qui a eu l’idée, et il est encore impliqué dans l’organisation aujourd’hui. Les autres membres ont changé au fil des ans mais il y a une association de philosophes académiques, de chercheurs en grec ancien et en latin, de psychologues et de thérapeutes de thérapie cognitive. Au fur et à mesure, notre équipe a accueilli de nombreux académiciens reconnus et des auteurs populaires comme Chris Gill, Jules Evans, John Sellars, Tim LeBon et Massimo Pigliuicci. Oh, et moi.

JI : Quels étaient les thèmes des précédentes Stoic Week et pourquoi avez-vous choisi le « Stoïcisme et l’amour » cette année ?

DR : En fait, nous avons introduit l’idée du thème l’année dernière, pour aider à diversifier les choses chaque année. L’année dernière c’était Les Méditations de Marc-Aurèle, parce qu’il s’agit du texte stoïcien le plus connu. Cette année, j’ai suggéré le « Stoïcisme et l’amour » parce que cela permet de corriger l’idée fausse et très répandue que le stoïcisme consiste à réprimer ses émotions en les attaquant frontalement. Le stoïcisme est en fait une philosophie de l’amour. Plusieurs personnes familières avec le sujet ne sont pas complètement conscientes de cet aspect des enseignements stoïciens, mais Zénon, le fondateur du stoïcisme, disait que l’eros devrait être le dieu protecteur de la république stoïcienne idéale. Le stoïcisme nous encourage à voir toute l’humanité comme les citoyens d’une même cité cosmique, et à cet égard il préfigure le christianisme. Le concept de « l’affection naturelle » (philostorgia) est au fondement de l’éthique stoïcienne.

JI : Quels auteurs allez-vous mettre en avant dans le livret de la Stoic Week ?

DR : Principalement Marc-Aurèle, Epictète et Sénèque puisqu’ils sont les auteurs stoïciens les plus connus et dont les écrits ont survécu jusqu’à aujourd’hui. Je pense que nous mentionnons aussi le fondateur du stoïcisme, Zénon de Cition, brièvement ; le tuteur d’Epictète, Musonius Rufus ; et un contemporain de Marc-Aurèle appelé Hiéroclès, dont quelques fragments de son travail sur l’éthique stoïcienne ont survécu. Nous mentionnons aussi le comte de Shaftesbury, philosophe anglais du début des temps modernes, bien moins connu, et qui a étudié très attentivement les textes grecs de Marc-Aurèle et d’Epictète et a noté dans son journal des réflexions stoïciennes intitulées The Philosophical Regimen.

Donald Robertson - Crédit DR

Donald Robertson – Crédit DR

JI : Pensez-vous que suivre le stoïcisme pendant une semaine seulement est suffisant pour saisir l’essence de cette philosophie qui souffre souvent de préjugés ?

DR : Oui et non. Le stoïcisme est, de toute évidence, une recherche qui prend toute la vie. Cela peut prendre des années pour vraiment saisir la profonde signification de certaines choses qui, à première vue, paraissaient simples. Cependant, nous voulions fournir aux gens un point de départ. Et bien sûr, s’ils trouvent le stoïcisme attirant, la plupart – nous l’espérons – continueront de l’étudier et d’essayer de vivre selon le stoïcisme bien après la Stoic Week. La semaine est assez intense, c’est donc une bonne occasion pour se faire une idée de la théorie et de la pratique stoïcienne, et pour coopérer avec les autres personnes qui sont aussi en apprentissage. Pour beaucoup de personnes, c’est mieux de commencer comme cela plutôt que de choisir un livre et de le lire, bien que nous soyons catégorique quant au fait que les gens doivent lire les sources anciennes et en apprendre autant que possible tant qu’ils veulent aller plus loin dans le sujet. Ce que nous pouvons dire à présent, avec une réelle confiance, – car nous avons collecté les données de milliers de participants en provenance de multiples études différentes – c’est que la semaine stoïcienne semble avoir des effets bénéfiques mesurables pour les participants en ce qui concerne leur état d’esprit et la qualité de leur vie. Nous avons aussi collecté quantité de retours positifs, ce qui montre à quel point l’événement a enthousiasmé les participants et leur a fait vivre une précieuse expérience.

JI : Le taux de participation a augmenté de 66 % entre 2014 et 2015, avec 3200 personnes inscrites à l’événement l’année dernière. À combien de participants vous attendez-vous cette année ?

DR : Seul le temps nous le dira. Nous nous sommes fixé la barre très haute, avec l’objectif de la dépasser chaque année. En ce moment nous sommes sur la bonne voie. Bien que nous ne puissions avoir d’idée précise avant la semaine précédant l’évènement, car c’est à ce moment-là que la plupart des gens s’inscrivent. Notre groupe Facebook compte plus de 15 000 membres à présent, et en accueille régulièrement de nouveaux. Environ 9000 personnes sont inscrites au site Modern Stoicism, qui héberge la Stoic Week, bien que toutes ne s’inscrivent pas nécessairement pour suivre l’événement annuellement.

JI : Avez-vous quelques conseils pour celles et ceux qui aimeraient préparer cette Stoic Week ?

DR : Lisez le livret à l’avance. La version web est disponible depuis le 10 octobre, vous pouvez donc la lire en avance pour vous préparer. Il y a aussi plusieurs versions e-books disponibles, que vous pouvez lire hors-ligne. Nous avons des fichiers MOBI et AZW3 pour les Kindle, EPUB et autres liseuses électroniques, et du PDF pour l’impression. Vous pouvez les lire dans le bus, le train, utiliser votre liseuse ou votre téléphone portable.

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