« She », « He », « Ze» : genre et identité dans les universités américaines

Aux États-Unis, des universités proposent plusieurs pronoms à leurs étudiants. Ils peuvent choisir celui auquel ils s’identifient le plus. C’est l’une des récentes initiatives pour lutter contre les discriminations liées au genre. 

Une case à cocher sur le formulaire d’inscription 

Il y a She, He, They et d’autres encore. Tous les étudiants ne se reconnaissent pas en tant que male ou female (en français, homme ou femme). De nouveaux pronoms ont fait leur apparition dans les universités : they, ze, gender non-conforming 

Cette politique progressiste permet aux étudiants transgenres de revendiquer une identité qui leur correspond. Sara Clark, élève à Smith College (Massachusetts), raconte le jour de la rentrée : « Les élèves se présentent et sont encouragés à partager leur pronom. Cela leur permet d’affirmer leur personnalité et qui ils sont ».

Il y a un autre avantage. « Pour moi c’est they”. Cela évite aussi aux professeurs et aux autres étudiants d’utiliser le mauvais pronom», précise Sara. Cette initiative existe depuis 10 ans à Smith College, pionnière dans les droits pour les personnes LGBT. 

Une révolution impulsée par des associations étudiantes  

Selon Amnesty International, une personne transgenre est : « Une personne dont l’expression de genre et/ou l’identité de genre s’écarte des attentes traditionnelles reposant sur le sexe assigné à la naissance ». La question du genre aux États-unis occupe une place importante dans le débat public. La possibilité pour les étudiants de choisir entre différents genres se développent au sein d’universités.  

À l’origine, ce sont des associations étudiantes qui ont lancé le mouvement, réclamant plus d’égalité. Des associations majoritairement LGBT, soutenues par de nombreux étudiants, des membres du personnel enseignant et des anciens étudiants. La convergence des luttes a permis d’établir un dialogue avec le conseil d’administration des universités. L’utilisation de pronoms neutres est reconnue. Un moyen de lutter contre le harcèlement et les discriminations  dont sont victimes les étudiants transgenres.

Toilettes mixtes et nouveau prénom 

À University of California (UC) certaines toilettes sont unisexes, et donc neutres. Le projet a été lancé en 2014 par Janet Napolitano, la présidente de l’université. Des dortoirs gender neutral (des dortoirs mixtes, sans distinction de genre) sont également installés sur le campus. Ils permettent à des étudiants de sexe opposé de partager la même chambre. Ces nouvelles structures facilitent l’intégration des étudiants LGBT, dont le mal-être peut être mal compris des autres.

À UC et Columbia University les avancées sociales vont plus loin. Les élèves sont autorisés à utiliser un autre prénom, à la place de leur prénom de naissance. Un prénom qui n’est pas assimilé à une fille ou à un garçon. 

Iel, ul et ele 

Au niveau linguistique, la diversité de pronoms est facilitée par la langue anglaise. Sara étudie à Paris cette année dans le cadre d’un programme d’échange. Pour Sara, en français :  « Il n’est pas aussi facile d’introduire des pronoms neutres. Il est difficile de traduire “they” par exemple ». Les langues latines attribuent un genre à chaque mot : féminin ou masculin. Les adjectifs s’accordent. Aussi bien à l’écrit qu’à l’oral, il est difficile d’employer un vocabulaire non genré. Certains revendiquent cependant l’usage de pronoms personnels uniques tels que «iel », « ul » ou « ele ». 

La question du genre reste encore pudique en France, presque tabou. Une polémique avait enflammé le débat lors du mouvement de la Manif pour tous en 2014. Ses partisans avaient dénoncé l’enseignement d’une prétendue théorie du genre au sein des écoles, remettant en cause le modèle familial classique : un père, une mère. Depuis, les prises de position publiques sur le sujet restent rares. 

Les personnes LGBT, cibles du gouvernement américain 

Ce mouvement est à contre-courant avec les positions du gouvernement de Donald Trump. Ce dernier avait pourtant affiché son soutien aux personnes homosexuelles et transgenres, durant sa campagne présidentielle. En octobre 2016, lors d’un meeting dans le Colorado, le futur président avait brandi un drapeau arc en ciel, symbole de la communauté LGBT. 

Mais en mars 2018, Trump signe un texte interdisant à la majorité des personnes transexuelles d’intégrer l’armée américaine, une décision qui remet en cause les avancées sociales votées par l’administration Obama. Le contraste est saisissant. La théorie du genre est une lutte menée par plusieurs clans. D’un côté, la récupération politique du débat. Des lois conservatrices sont votées, engendrant un recul des droits des personnes LGBT. De l’autre, des associations LGBT et des étudiants continuent de militer pour leurs droits. Si certaines mesures peuvent paraître quelque peu extrêmes, la priorité pour Sara et les autres étudiants, c’est  « l’identification de soi-même et le respect de tous ». 

Vous aimerez aussi