Signature d’accords de paix à Washington : la victoire de Trump

Face à une gestion controversée du Coronavirus, le Président – candidat Donald Trump tente de relancer sa course aux élections présidentielles américaines. Depuis le mois d’août, le Président des États-Unis d’Amérique multiplie les accords diplomatiques. Qu’il s’agisse des tensions dans les Balkans ou au Moyen-Orient, Trump démontre que Washington reste le théâtre des accords de paix historiques.

Le Président américain a reçu le 4 septembre le Président serbe, Aleksandar Vucic, et le Premier ministre kosovar, Avdullah Hoti. La signature d’un accord économique serbo-kosovar a permis à Trump de prouver sa capacité à résoudre les conflits les plus épineux.

L’Amérique réussit là où les Européens bloquent

Selon Richard Grenell, l’émissaire de Donald Trump, il faut « commencer par l’économie afin que la politique en découle ». C’est en ce sens que Washington a impulsé un projet de normalisation économique entre ces deux pays adverses. De fait, malgré des négociations amorcées à Bruxelles, les Européens se trouvent dans une impasse face à ce conflit historique. C’est donc en hégémon mondial que les États-Unis d’Amérique se sont montrés concernés par cette question diplomatique. Pour autant, il ne faut pas oublier que cet accord reste purement économique. Il s’agit notamment d’intégrer le Kosovo au sein des négociations de libre circulation entre les pays des Balkans.

Ces projets semblent tout de même ravir les deux chefs d’État. En effet le Premier ministre kosovar a affirmé que ces accords devaient être mis en œuvre « d’ici un an ». Le Président serbe quant à lui a expliqué l’opportunité d’un « marché commun, et donc plus de surprises avec les droits de douane ». Néanmoins, ces négociations économiques annoncées comme « historiques » par Trump omettent le problème de fond du conflit. En effet, la reconnaissance du Kosovo par la Serbie reste négligée par cet accord. Le Président serbe a ainsi affirmé « il n’y aucun risque que je signe un document qui contiendrait la reconnaissance du Kosovo. Point final ». Les tensions politiques dans les Balkans subsistent donc malgré l’effort fourni par les Américains.

L’appel de Benyamin Netanyahou révèle l’objectif américain

Lors de cette rencontre entre la Serbie et le Kosovo, le Président Trump a appelé en direct Benyamin Netanyahou, le Premier ministre israélien. Cet appel a révélé les objectifs américains. Il s’agit de la reconnaissance mutuelle d’Israël et du Kosovo, ainsi que du déplacement de l’ambassade serbe à Jérusalem. En 2018, les États-Unis avaient déjà déplacé leur ambassade de Tel-Aviv ver Jérusalem. Par ailleurs, Trump sait que la reconnaissance de Jérusalem comme capitale est un point important pour l’électorat évangéliste américain. C’est dans cette logique qu’il souhaite que d’autres pays suivent cette initiative, comme la Serbie.

De plus, la reconnaissance mutuelle entre Israël et le Kosovo est une première dans l’histoire, car le Kosovo est un pays à majorité musulmane. C’est en ce sens que le Président Trump a déclaré dans un Tweet « Le Kosovo à majorité musulmane et Israël ont convenu de normaliser leurs relations et d’établir des relations diplomatiques. D’autres nations islamiques et arabes suivront bientôt ».

« Mettre fin au conflit israélo-arabe une fois pour toutes »

Le 15 septembre dernier, le Bahreïn et les Émirats Arabes Unis ont normalisé leurs relations diplomatiques avec Israël. Benyamin Netanyahou a affirmé que ce « tournant de l’histoire » serait susceptible de « mettre fin au conflit israélo-arabe une fois pour toutes ». Cette réconciliation encore une fois impulsée par Washington est historique puisque l’Égypte et la Jordanie étaient les seuls pays arabes à reconnaître Israël.

Dans cet accord, Israël accepte de suspendre ses projets d’annexion en Cisjordanie occupée, une victoire pour les pays arabes. Par ailleurs, les trois pays conviennent d’entreprendre des relations diplomatiques ensemble, notamment avec l’ouverture d’ambassades dans ces pays. Chaque camp voit des opportunités dans cet accord. D’un côté les pays arabes acquièrent la possibilité pour leurs citoyens musulmans d’aller librement à la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem. De l’autre côté les Israéliens bénéficient quant à eux de l’opportunité économique que représente le pétrole des pays du Golfe.

« Coup de poignard dans le dos de la cause palestinienne »

Si cette nouvelle entente semble faire avancer la diplomatie au Moyen-Orient, nous sommes encore loin de la résolution du conflit israélo-palestinien. En effet, il n’est jamais fait mention de la Palestine dans l’accord. L’Organisation de la Libération de la Palestine (OLP) parle ainsi de « nouveau coup de poignard dans le dos de la cause palestinienne ». Les palestiniens ont activement dénoncé cette entente avec de nombreuses manifestations en Cisjordanie occupée. Par ailleurs, le conflit armé ne s’interrompt pas. Le soir même de la signature, la Bande de Gaza a envoyé plusieurs roquettes sur Israël qui a répliqué le lendemain.

François-Aïssa Touazi, vice-président du conseil France-Pays du Golfe du Medef international, relève le caractère politique de la démarche de Trump. Il explique que « c’est surtout le timing de la signature qui peut interroger à deux mois de l’élection présidentielle américaine ». Si le « timing » de cette opération diplomatique semble correspondre à la campagne électorale, ces accords ne concernent pas les citoyens américains.

Il y a un paradoxe dans la politique de Trump. Pourquoi se préoccuper des problèmes des pays étrangers alors que l’électorat américain recherche des solutions aux questions internes ?

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