Société : Le monde à côté du monde

Le documentaire  intitulé «  Comment être heureux dans un monde en ruine ? » produit  et diffusé, en 2020, par Arte, interroge -en pleine pandémie- des jeunes gens appartenant à la classe d’âge des vingt-trente ans, sur leur perception de l’avenir et de son potentiel heureux. Contre toute attente, et en dépit du contexte mondial, les interviewés donnent la place du roi et de la reine à l’optimisme et à l’espérance. Le monde de demain pourrai bien être heureux. Cette projection de l’avenir pourrait être expliquée, d’une part par une transformation définitive de la perception collective -et plutôt générationnelle- de ce que peut et de ce que doit devenir la société des Hommes, d’autre part à un changement radical, organisé et volontaire, de nos comportements sociaux. Ce changement, orienté vers la résilience et réinvention de l’Homme, prend la forme d’une révolte sociale. Une révolte silencieuse.

En effet, depuis quelques années, peut être observée une recrudescence des modes de vie alternatifs apparus en masse à partir du milieu du XXème siècle. Si les manières de faire société autrement sont aujourd’hui des plus nombreuses et des plus variées (micro-sociétés, communautés autonomes, collectifs, monnaies locales, coopératives etc), une grande majorité de ces organisations orientent leurs efforts vers la construction d’un idéal social dont les valeurs s’articulent autour de problématiques liées au développement durable et au bien être personnel. On ne compte plus les échappatoires qui se développent, mondialement, dans toutes les strates de notre société et qui nous poussent à penser que oui, un autre monde et possible.

Mais alors, comment appréhender, d’un point de vue tant socio-politique que philosophique, le changement de paradigme connu par notre génération et qui tend à, entrevoir demain, un futur moins sombre et tourné vers une compréhension plus globale des grands enjeux de notre époque ?

Qu’est-ce qu’une société : une définition possible

Si nous voulions nous figurer ce que peut signifier une société nous pourrions très bien nous représenter un édifice dont les limites spatiales sont fixées par ses murs porteurs : les institutions politiques, économiques, militaires. A l’intérieur de cet édifice, nous trouverions différentes pièces : chaque pièce étant, en même temps, un tout social et une partie de l’entité première. Afin de comprendre l’architecture complète de l’édifice, il est essentiel d’identifier, dès le départ, chacun de ses espaces, lesquels garantissent en même temps sa cohérence et sa solidité. Pourtant, il n’est pas nécessaire de s’introduire dans l’édifice pour l’identifier comme tel : à le regarder, on  sait, on peut le dater, le catégoriser ou encore le définir.

La société humaine, telle que nous la connaissons a elle-même cette organisation en poupée russe : si nous  savons parfaitement l’identifier et lui reconnaître des règles et des limites propres, nous peinons à conscientiser ce que la seule couche sociale visible recouvre.

En réalité, si nous n’avons pas de difficultés à identifier clairement les contours de la société capitaliste dans laquelle nous vivions, il nous est parfois difficile de bien identifier l’ensemble des sociétés autres, des sociétés alternatives, des contre-sociétés, de ces mondes à côté du monde, parfois visibles et constitués en organisation sociale, parfois invisibles et se constituant pourtant autour d’une communauté d’idée et finalement, un communauté d’Homme. Ces contre-sociétés se font de plus en plus nombreuses, et si elles sont porteuses d’un message social et politique fort, elles sont aussi et surtout révélatrices d’un malaise social à grande échelle et d’un besoin urgent de l’Homme de reconstruire, d’élargir, et pourquoi pas même de détruire, les murs de l’édifice tout entier.

La déconstruction du phénomène social

Pourquoi les effets pervers produits par un fonctionnement mortifère du système capitaliste mondialisé – cataclysmes sociaux, politiques, climatiques, environnementaux, sanitaires- et les modifications des habitudes et des comportements humains qui en résultent,  sont-ils le fruit d’une dérive du contrat social ?

Pour Rousseau, comme pour beaucoup d’autres après lui, la première société est la cellule familiale. Il la qualifie exactement, dans Du contrat social (1762), comme « le premier modèle des sociétés politiques, le chef est l’image du père, le peuple est l’image des enfants, et tous étant nés égaux et libres, n’aliènent leur liberté que pour leur utilité. » Si la première des sociétés, la famille, est naturelle, toutes les autres sont nécessairement conventionnées ou conventionnelles, c’est-à-dire qu’elles sont bâties par les individus qui les compose, pour l’utilité de chacun et dans la perspective de la cohésion de l’ensemble social. En cela, dès lors que la convention résulte d’une part de la cession au tout social, de leurs libertés particulières par les parties, et d’autre part, d’une garantie consentie par les gouvernants que chacun trouvera dans la société nouvellement constituée un intérêt justifiant la cession de ses libertés naturelles : la société est bonne. Nonobstant, dès lors que la cession des libertés de chacun ne saurait plus être justifiée par l’intérêt de tous, Rousseau admet la révolte des hommes.

Au prisme de l’analyse Rousseauiste, qui demeure très classique mais non moins pertinente, comment vérifier le contrat social qui s’est établit à l’aube de la société de consommation et comment interroger le changement de paradigme, c’est-à-dire de perception du monde, que connait notre siècle  ?

Nous nous trouvons, depuis quelques décennies, à l’orée de la grande métamorphose du monde : les cataclysmes climatiques, environnementaux, politiques, sanitaires, économiques, et sociaux de notre époque ont achevés d’épuiser la société monde qui nous a vu naître, et aujourd’hui, plus que jamais, des spécialistes, intellectuels, scientifiques, établis aux quatre coins du monde, désespèrent de se faire entendre un jour par des politiques qui n’envisagent plus l’avenir que sous le seul paradigme qu’elles aient toujours connu : le progrès économique et technique infini.

Petite histoire non-exhaustive des débuts de la société de consommation

Les débuts de la société de consommation se font à petit pas, en Angleterre, à la fin du XIXème siècle, alors que la seconde révolution industrielle termine son épopée et que les extensions coloniales européennes ouvrent la voie à l’internationalisation du marché. La convention sociale qui nait à ce moment entre les industriels et les paysans tient à deux promesses. L’une est faite aux travailleurs qui sont encouragés à quitter les champs pour gagner les villes et bénéficier des offres d’emploi garanties par l’effervescence industrielle. L’autre est faite aux consommateurs, auxquels on promet un accès facilité à la consommation.

Le phénomène en question est le résultat d’un processus de pensé économique visant à la récupération des outils de production par les industriels aux mains des travailleurs de la terre. Ce qui est attendu, c’est un déplacement, des champs vers les industries, des rendements techniques et économiques produits par les travailleurs. Si le contrat résulte de l’échange d’une force de travail apportée à l’industrie par le travailleur contre le salaire afférent, le processus social qui se joue est en réalité celui du vol déguisé des moyens de subsistance individuelle aux travailleurs. La seconde promesse est donc intrinsèquement liée à la première et fait le jeu des grandes entreprises de l’époque. Grâce à l’utilisation de moyens de production à bas-coûts, une fabrication surnuméraire des produits de consommation est rendue possible, et avec elle,  la multiplication de l’offre. Les populations, sont en cela encouragées à consommer des produits dont les prix, concurrentiels, sont des plus attractifs. C’est la naissance de l’industrie telle que nous la connaissons aujourd’hui et les débuts du système de marché libéraliste qui conditionne nos habitudes de consommateurs.

A partir de là, comment appréhender la direction prise par notre société, depuis le XIX ème siècle jusqu’à nos jours ?

La convention sociale induite par la conjoncture socio-économique qui unit les politiques économiques néo-libéralistes à la société de consommation qui est la nôtre, présuppose, au départ un échange d’intérêt : les uns convoitant le profit et la prospérité économique, les autres, une existence sociale et un accès démocratisé aux produits de consommation, nécessaires ou non. D’après la théorie de la « main invisible » d’Adam Smith, le libéralisme économique est la condition sine qua non du fonctionnement social. En effet, si chaque individu agit librement dans son propre intérêt, son action économique égoïste une fois unie à celle des autres, va permettre de constituer un ensemble d’offres et de demandes favorables aux intérêts économiques de la collectivité et donc du corps social. Finalement, dans cette hypothèse, les intérêts de chacun se confondent dans les intérêts sociaux. Ainsi, nous pouvons reconnaître à l’échange, l’existence d’un intérêt pour chacun à restreindre sa liberté et notamment son indépendance financière, pour garantir une stabilité économique globale.

Pourtant, un tel système – aggravé par la mondialisation économique – a produit sur le long terme des effets pervers qui affectent la qualité générale de nos modes de vie. Aujourd’hui, il est devenu impossible d’ignorer les enjeux sociaux et environnementaux qu’un tel système pose : exploitation des travailleurs notamment au sein de pays dont les lois qui encadrent le travail salarié sont peu ou prou inexistantes, déforestation, pollution des eaux, des airs et des sols, épuisement des ressources non-renouvelables..

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Finalement, la convention qui tenait ensemble l’intérêt de chacun avec l’intérêt global du corps social, lui permettant d’une part de fonctionner avec cohérence et d’autre part d’avancer dans une direction commune, s’est peu à peu effondrée sur elle-même : ce qui devait constituer l’intérêt de tous est devenu peu à peu l’intérêt d’une minorité partageant des idéaux économiques communs et un niveau de vie identique. La machine sociale  s’est réduite à un fonctionnement d’ensemble, strictement superficiel.  Ce qui devait constituer un gage d’égalité aux yeux des consommateurs n’était en fait que l’illusion recouvrant des disparités économiques et sociales certes, mais surtout des disparités quant aux moyens mis en œuvre par la société pour satisfaire les intérêts individuels de certaines classes sociales – peut être moins intéressantes du point de vue du retour sur investissement, mais non moins dignes d’être respectées dans leur humanité.

Dans cette perspective, on constate que ceux qui ont les moyens financiers de s’investir dans leur consommation peuvent avoir une compréhension globale des produits présents sur le marché : déterminant ainsi des variables spécifiques relatives à la qualité d’un produit, la marque, le standing, la provenance, ou encore, le label, lui permettant d’orienter son choix de consommateur et l’impact de sa consommation sur l’environnement.  Au contraire, les ménages à moindres revenus et, ou, les plus démunies ne peuvent investir ni leur temps, ni leurs moyens, à des stratégies de consommation pourtant nécessaires dans un marché où la consommation du moindre produit, alimentaire ou non, est susceptible d’être préjudiciable, en même temps pour l’intérêt de chacun et pour l’intérêt de tous. Ces derniers n’ont pas le choix. De cette différence d’accès aux stratégies de consommation naît un dilemme politico-social : Comment penser une société qui ne répond plus aux intérêts de chacun de ses membres ? Comment penser une société asociale ?

Source image : Jack Sparrow sur Pexels 

En effet, si l’hypertrophie de la société de consommation comme corps, a conduit à un mouvement global des intérêts de chacun avec les intérêts de tous, et finalement, à une confusion de l’ensemble, c’est notamment parce qu’aujourd’hui, il nous est bien impossible de consommer un produit sans avoir un impact -positif ou négatif – sur le tout. Le fonctionnement anormal du corps social pensé en niveau de classe, a conduit à une perversion d’un système économique libéral, qui aurait pu fonctionner s’il n’avait pas été dès le départ si conscient de favoriser la satisfaction de certains intérêts individuels (des intérêts de classe) au détriment des autres et qui, désormais, empêche ceux qui ont été écartés d’obtenir une satisfaction globale ou totale de leurs intérêts particuliers et de participer à la cohésion du tout. L’homme qui n’a plus la faculté de choisir la manière dont il souhaite orienter son comportement en société ne fait tout simplement plus partie du corps social. Dans cette hypothèse, la révolte devient concevable.

La construction de nouveaux paradigmes sociaux

Willis Harman, ingénieur, futuriste, et écrivain américain du XXème siècle, convaincu, à son époque, de la fin de l’ère industrielle a dit la chose suivante dans son ouvrage Une nouvelle vision de la conscience transforme le monde : « Nous sommes dans une époque où l’humanité est en train de modifier le système de croyance. Aucune force politique économique ou militaire ne peut arrêter ce processus. En changeant leur vision des valeurs de base de la vie les humains sont en train de changer de civilisation. » A son niveau, Willis Harman avait pensé la déconstruction du paradigme social à venir comme le résultat d’un processus collectif et populaire visant la permutation des valeurs sociales fondamentales.

Willis Harman n’est pas le seul intellectuel à avoir pensé la société sous l’angle d’une construction communautarisé des valeurs qui la fonde. Plus récemment, en 2018, l’économiste français Frédéric Lordon qui fait partie du collectif de pensée des économistes atterrés, a publié un ouvrage intitulé La condition anarchique. Il y présente sa théorie de la construction sociale. Cette dernière se fonde sur l’affect comme origine de la valeur et consécutivement comme prétexte au mouvement politique en général. Pour Frédéric Lordon, qui s’inspire dans ses travaux de la théorie spinoziste des passions, les affects collectifs permettent la structuration de valeurs sociales, qui une fois instituées, rendent possible la création de toute forme d’organisation sociale : « La société comme ordre axiologique ne tient à rien, elle ne tient que suspendue à elle-même. ». Si les affects, et donc les passions des hommes, sont à l’origine de la construction sociale des valeurs, l’ordre social ne tient finalement qu’à une communauté de passions.

Cette compréhension élargie du processus de construction des idées sociales, n’est pas sans compléter la citation de Willis Harman, car si l’humanité est bien en train de « changer sa vision des valeurs de base de la vie » et donc de « changer de civilisation », il ne serait pas absurde de considérer que la raison puisse en être passionnelle. En effet, si on peut, à juste titre, considérer que les citoyens – influencés par les discours performatifs des politiciens conscients de se jouer des passions de ces derniers – puissent participer, et ce sans même s’en rendre compte, à la construction d’un ordre social dont les dérives dépassent en tout point leur contribution électorale. On peut légitimement considérer – et c’est d’ailleurs ce qui se joue devant nos yeux- que, mus par une commune indignation, ces mêmes citoyens n’hésiteront pas à invertir le paradigme social, lorsque les institutions, par trop d’abus, auront achevées de détruire l’ancien système de valeur. Ce n’est finalement rien d’autre que la situation de révolte conseillée par Rousseau dans l’hypothèse de la défaillance de la convention sociale.

A l’instar de la théorie proposée par Harman, la révolte, ne saurait être contenue par aucune forme de contrôle politique, économique ou militaire. Le cours de l’histoire ne peut lutter contre la révolte populaire. C’est la théorie économique et sociale que l’on retrouve dans l’ouvrage de Frédéric Lordon, Capitalisme, désir, et servitude, paru en 2010. Lui qui reprend la théorie Marxiste de l’aliénation des travailleurs, réinvente dans cet ouvrage le concept d’aliénation au prisme d’une étude spinoziste, et répond à la question qu’il se pose à lui-même de savoir qu’est-ce qui peut « mettre en mouvement » des individus désireux de s’extraire de leur condition de servitude passionnelle, et finalement, de leur aliénation au système capitalise, par la chose suivante : « Le mécontentement, voilà la force historique affective capable de faire bifurquer le cours des choses ». Les institutions ont-elles réussies à nous décevoir à tel point que nos valeurs sociales et donc collectives sont sur le point de prendre un tournant historique ? A bien des égards, la réponse est positive.

Source image : Markus Spikse sur Pexels

A partir des années 1960 (approximativement), on constate un désir violent de la population, de mettre à mort le système mortifère qu’est le Capitalisme. La naissance de nombreuses ONG (organisations non gouvernementales), telles que Greenpeace par exemple – ONG créée au Canada en 1971 qui mène de nombreuses actions visant à lutter contre les dérives environnementales du système Capitaliste-, et l’augmentation de ces dernières depuis quelques années, témoigne d’un besoin toujours plus présent de la population de rompre avec un système qui les étouffe. Cette mutation dans les consciences particulières et de facto, dans la conscience collective ont engendrées un transformation des habitudes des Hommes les amenant à une compréhension plus globale et moins individualiste du monde qui les entoure : des habitudes alimentaires (nous parlions plus haut des stratégies de consommation entreprises par les consommateurs qui ont les moyens financiers et le temps nécessaires pour cela), des habitudes liées à la consommation effrénée de produits neufs, des habitudes liées au transport, des habitudes liées au nombre de naissances – au Royaume Uni une grève des naissances, lancée par le collectif « Birthstrikes » a gagnée en popularité. Les manifestations et les actions sociales se multiplient, d’années en années, de partout dans le monde. Bref on assiste à une convergence mondialisée des luttes, et avec elles, la désignation d’un ennemi commun : le Capitalisme.

Source image : Amine M’Siouri de Pexel

Des manières de faire société autrement

Une Utopie, dont le concept apparaît au XVIème siècle, porté par l’humaniste anglais Thomas More dans son ouvrage L’Utopie ou Le Traité de la meilleur forme de gouvernement, résulte de la construction imaginaire, collective ou non, d’un idéal social et politique venant se poser comme un contre-modèle du modèle en place. Par son caractère idéalisé – on aurait dit Utopique – l’Utopie a cela de particulier que sa projection dans un futur plus ou moins proche se trouve, la plupart du temps irréalisable. Dans son ouvrage Thomas More illustre une société sans propriété privé où les Hommes sont égaux entre eux. Qu’elle soit réalisable ou non, la seule perception et idéalisation d’une telle société par un groupe, reflète nécessairement un désir prégnant de transformation dans les habitudes sociales. Dès lors que ce modèle devient cohérent, et vérifiable à un moment T, un changement de paradigme et donc de perception du monde s’opère et ce n’est plus une utopie.

Une société alternative est un paradigme social dont la construction reflète la conjoncture du modèle qu’elle quitte, elle reste une organisation sociale, tout en le dépassant dans son mode d’existence et dans sa raison d’être. Elle résulte nécessairement de la rencontre d’intérêts individuels (par exemple manger plus sain, plus local ou consommer moins) et collectifs (en faire un modèle de société viable dans la perspective d’une protection pérenne de l’environnement et des Hommes). Sa cohérence est rendue possible par la suspension de certaines libertés individuelles au profit d’un tout social garantissant, à tous, à la fois la conservation de leurs intérêts propres et même temps, la stabilité de l’ordre social – dans un respect strict du nouveau paradigme socio-politique établi par l’ensemble.

Ces sociétés à part entières, ou parfois ces micro-sociétés – lorsqu’elles évoluent dans le milieu social de référence, mais qu’en raison de circonstances économiques spécifiques et nécessaires ou de considérations éthiques particulières et contingentes, elles constituent un groupe social et parfois, politique, réuni autour d’intérêts communs en ne revendiquant non pas une révision du système dans sa globalité mais plutôt une réponse adéquate à un problème social, économique ou politique particulier – se font de plus en plus nombreuses.

Si le système de valeur propre à chaque organisation sociale est, en tout état de cause, unique, la direction mondiale prise par la conscience collective majoritaire, est quant à elle plus ou moins porteuse des mêmes exigences : préservation des ressources et de l’environnement, lutte contre les discriminations en tout genre, réduction des disparités économiques, et finalement, convergence des luttes. Ces luttes consensuelles – reflets des enjeux mondiaux de notre époque – irradient tous les pores de l’organisation humaine : institutions politiques, sociales, économiques ou  religieuses, communautés autonomes, associations, industries et donc groupes de consommateurs, influenceurs, marques ou labels… Tous ont compris l’intérêt d’une appropriation circonstanciée et opportune des luttes. L’exemple le plus net de ce processus d’adaptation est celui organisé par les industries -berceau du capitalisme. Elles qui sont, pour la plupart, à l’origine du plus grand écocide de l’histoire, s’acharnent à rattraper le temps et le changement de cours de nos sociétés modernes : essayant d’adapter leurs produits aux nouvelles normes éthiques et environnementales des consommateurs.

D’une humanité dyssociale à une humanité reformée

Finalement ce sont ces deux mondes – l’un qui est devenu une mauvaise habitude dont nous peinons à nous défaire, l’autre qui, irradiant peu à peu tous nos schémas de pensé, pourrait paraître encore une utopie- dont les système de valeurs sont opposés, qui sont à l’origine de la grande distorsion cognitive de notre humanité contemporaine. Le Capitalisme étant entré dans les habitudes et les consciences, il est évident que pour chacun d’entre nous, quelque soit notre niveau d’engagement et notre volonté à participer au changement social à grande échelle qui se joue, dépasser les limites fixées par le système idéologique qu’est le Capitalisme est un défi en soi. Nos modes de vies, notre façon d’interagir avec notre environnement, nos habitudes de consommateurs, tout est imprégné par sa logique. Le capital financier, la propriété privé, ou la liberté des marchés ont participé à construire le monde tel que nous le connaissons et, à bien des égards, a rendu plus facile notre quotidien.

Aussi, s’extraire d’une telle domination, ce n’est pas seulement dire non et renoncer à certains luxes que nous identifions comme partie intégrante du problème. S’extraire de l’alinéation ce n’est rien d’autre que s’extraire de la société tout entière, telle que nous la connaissons, et telle qu’elle a été instituée. C’est renoncer à nos emplois salariés, renoncer aux industries, renoncer aux banques, renoncer à l’accessibilité de nos produits de consommation, entre autre choses… Passer un tel cap, et le passer en masse, conduit à produire à l’intérieur de nous une distorsion de nos intérêts égoïstes de consommateurs et de nos intérêt sociaux à garantir un futur viable pour notre humanité, notre environnement et les animaux qui y évoluent encore. C’est seulement lorsque le modèle de société Capitaliste sera derrière nous et que nous connaitrons une nouvelle sociodicée (cf. Pierre Bourdieu) que nous pourrons, enfin, aligner nos intérêts individuels et ceux de la société constituée sur ce nouveau terreau de valeurs.

Sources

https://www.lemondepolitique.fr/cours/introduction-economie/pensee-economique/liberalisme-economique.html

https://www.youtube.com/watch?v=OZrWvqaPGeM&t=3539s&ab_channel=Universit%C3%A9d%27%C3%89vry

https://journals.openedition.org/regulation/9110

Frédéric Lordon , La société des affects : pour un structuralisme des passions, Capitalisme, désir, et servitude, La condition anarchique

Pierre Bourdieu, Questions de sociologie

Thomas More ,L’Utopie ou Le Traité de la meilleur forme de gouvernement

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