Serge Sargsyan (au centre), Président Arménien, entouré de ses homologues des pays membres de l'OCTS ainsi que du secrétaire général de l'organisation Nikolai Bordyuzha (à gauche). Crédit Alexei Druzhinin / Kremlin Pool Photo via AP.

Sommet de l’OTCS à Erevan

Cela fait trois ans que l’Arménie surprend. Ce petit pays caucasien, à l’apparence somnolente et folklorique a, depuis 2013, fait la une parmi les analystes. Une situation confirmée par la tenue du sommet de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC) le 14 octobre dernier dans la capitale Erevan.

La décision, lors de la rencontre à Riga en septembre 2013, de signer le partenariat avec l’Union économique eurasiatique (EEU). La reconnaissance, en mars 2014, du référendum consignant la Crimée à la Russie. Le centenaire du génocide arménien en avril 2015. La visite du pape en juin 2016. L’Arménie se retrouve régulièrement sous les projecteurs.

Le 14 octobre, Erevan a accueilli les délégations des pays membres de l’OTSC, dont elle détient actuellement la présidence. Ceci seulement six mois après les lourds affrontements entre les armées arméniennes et azerbaïdjanaises dans la Haut-Karabagh.

L’Arménie et l’OTSC

L’OTSC est une organisation politique et militaire entre certaines anciennes républiques soviétiques. Elle compte six États membres : la Russie, la Biélorussie, l’Arménie, le Kazakhstan, le Kirghizstan et le Tadjikistan. Elle se veut une organisation de protection mutuelle. Selon un certain nombre d’observateurs, elle aurait plutôt un rôle dissuasif envers l’OTAN et d’influence à l’égard des pays signataires. « On dirait que certains membres ne prennent pas au sérieux l’OTSC, qu’ils la voient plutôt comme une formalité », nous explique Mikael Zolyan, analyste pour le think-thank Regional Studies Center, basé à Erevan.

L’Arménie fait partie de cette organisation depuis 1992, soit quelques mois après son accès à l’indépendance. Le choix fut dicté par les multiples contentieux avec l’Azerbaïdjan autour de l’enclave arménienne du Haut-Karabagh, qui était en train de faire sécession, et par la crainte d’une intervention militaire de la Turquie, qui a toujours soutenu les revendications territoriales de l’Azerbaïdjan.

À l’ordre du jour ce 14 octobre, les perspectives de l’organisation jusqu’en 2025, la situation en Syrie, et le terrorisme, notamment en Asie centrale. Parmi les décisions prises, la création d’un centre de crise lié à la sécurité de l’espace des pays signataires et l’approbation de la création d’une liste unique et unifiée des groupes terroristes.

« Pour l’Arménie, poursuit M. Zolyan, la priorité est la protection contre la Turquie. C’est improbable que les membres de l’OTSC interviennent contre l’Azerbaïdjan dans le cas d’une nouvelle escalade comme celle d’avril. Cependant le fait d’être membre de l’OTCS est, au final, une garantie que l’Azerbaïdjan n’attaquera pas le territoire proprement dit de l’Arménie. Cela permet à Erevan d’acheter des armes à la Russie un bon prix et ainsi rééquilibrer les rapports de force sur le terrain avec l’Azerbaïdjan ».

La question du Haut-Karabagh

Enclave peuplée majoritairement d’Arméniens, le Haut-Karabagh est rattaché à l’Azerbaïdjan soviétique par Staline lors du remaniement du Caucase en 1923. Avec l’effondrement de l’URSS, la région plonge dans une guerre de sécession. Elle se constitue de facto en République indépendante en mai 1994 mais n’est reconnue par aucun pays au monde. Le conflit cause 30 000 morts et près d’un million de déplacés. Il marque la défaite de l’armée azerbaïdjanaise, entraînant en 1992 la rupture diplomatique entre l’Arménie qui soutient les séparatistes, et la Turquie qui soutient l’Azerbaïdjan. Depuis, les frontières entre l’Arménie, le Haut-Karabagh et l’Azerbaïdjan sont militarisées. Celle avec la Turquie est même fermée.

L’Arménie fait partie de l’UEE et de l’OTSC. Moscou essayant de renouer ses relations diplomatiques et économiques avec Ankara, la question du Haut-Karabagh est d’une grande importance dans les relations internationales de la région. Questionné sur le rôle de la Turquie dans la résolution du conflit, M. Lavrov est resté vague et ambiguë. Il a estimé que c’est aux leaders du Groupe de Minsk (Russie, États-Unis et France) de s’occuper de la résolution du conflit. Le rôle d’Ankara doit, selon lui, rester secondaire.

La question des frontières de l’Arménie est un vrai casse-tête. Officiellement, le Haut-Karabagh ne lui appartient pas et l’ONU le reconnaît comme faisant partie de l’Azerbaïdjan. Mais l’armée arménienne y est présente et lourdement impliquée dans les affrontements qui y ont eu lieu. Deux présidents de l’Arménie, Robert Kotcharyan et l’actuel Serge Sarkissyan, sont originaires du Haut-Karabagh et ont combattu lors de la guerre de 1992 à 1994.

Une offensive de vaste ampleur sur le seul Haut-Karabagh de la part de l’Azerbaïdjan ne pourrait donc pas donner lieu à une intervention de l’OTSC en soutien à l’Arménie. Les accords des membres s’appliquent aux seules frontières internationalement reconnues par la communauté internationale, ce qui n’est pas le cas du Haut-Karabagh. Le sommet de l’OTSC n’a pas été porteur de garanties à l’égard d’un Haut-Karabagh, arménien indépendant ou rattaché à l’Arménie.

« Mis à part la confirmation des alliances, conclut Mr Zolyan, au final je ne pense pas qu’il y avait beaucoup d’expectatives pour ce sommet. La priorité est donnée aux relations avec la Russie ».

Photo de bannière : Serge Sargsyan (au centre), Président Arménien, entouré de ses homologues des pays membres de l’OCTS ainsi que du secrétaire général de l’organisation Nikolai Bordyuzha (à gauche). Crédit Alexei Druzhinin / Kremlin Pool Photo via AP.

Vous aimerez aussi