Façade du foyer Sonagnon de l'ONG Citoyen des rues à Cotonou. © Sébastien Roux

Sortir les enfants béninois de la rue

Livrés à eux-mêmes aux abords des marchés ou des zones industrielles, des jeunes garçons, souvent en rupture familiale, vivent au jour le jour dans les rues de Cotonou, plus grande ville du Bénin. Pour ne pas glisser dans une dangereuse spirale, des ONG tentent de les encadrer en journée et durant la nuit. Avec un objectif : celui de les sensibiliser pour qu’ils puissent « reprendre une vie d’enfant » et se projeter sur l’avenir.

Obtenir un chiffre officiel sur le nombre d’enfants sans-abri au Bénin semble être une mission impossible. Si les Organisations non gouvernementales (ONG) ouvrent volontiers leurs portes, parler de cette problématique ailleurs reste un sujet sensible, encore plus depuis la diffusion d’un reportage de l’émission française Sept à Huit en novembre 2017, sur un réseau d’enfants esclaves associé à une pratique sociologique et culturellement admise, nommée « vidomègon », qu’on peut traduire par enfant placé. Ce reportage avait alors fait réagir la ministre des Affaires sociales, le considérant comme une simplification abusive sur la situation de ces enfants au Bénin.

Ce pays d’Afrique subsaharienne, long d’environ 700 kilomètres et large de 121 kilomètres, classé 167e sur 188 à l’Indice de développement humain (IDH) par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) en 2016, est une petite démocratie à la frontière du Nigéria, du Niger, du Burkina Faso et du Togo. Cette situation politique relativement stable par rapport à ses voisins s’explique par le fait que le pays n’a pas de ressources pétrolières ou minières à exploiter mais compte plutôt sur le port de Cotonou et l’exportation de coton pour alimenter son économie. Ici comme ailleurs, les défis liés aux enfants de la rue sont considérables sans pour autant être l’une des priorités du gouvernement actuel. Le Bénin fait pourtant partie des 40 pays pris en charge depuis 1992 par l’Organisation des Nations unies (ONU) afin d’établir des projets à destination des enfants de la rue. Selon une estimation mondiale de l’ONU en 2012, ils seraient 150 millions à « vivoter dans la rue, fouillant les poubelles, mendiant, vendant à la sauvette dans les quartiers pauvres et les villes polluées du monde en développement. »

Favoriser la réinsertion des enfants

Depuis 2011, l’ONG française Citoyen des rues est installée près de la place de l’Étoile rouge, en référence aux 16 années d’un régime communiste qu’a connu le pays entre 1974 et 1990. Cette imposante place est en plein cœur de Cotonou, une ville de 679 012 habitants d’après le recensement effectué en 2013. Dans le foyer de cette ONG, nommé Sonagnon (Demain est un jour meilleur), les six membres permanents de l’organisation accueillent du lundi au vendredi une trentaine d’enfants âgés de 8 à 17 ans. Accessible dans un premier temps aux filles et aux garçons, les responsables de ce foyer ouvert de 8h à 17h ont préféré se concentrer sur les garçons pour éviter des conflits entre sexes, en particulier à l’adolescence, et rediriger les filles vers d’autres structures. Laure Jehanno, la directrice du foyer depuis juin 2018, s’est concentrée sur deux niveaux d’interventions avec « la prise en charge quotidienne en fournissant un accès à l’hygiène, aux soins, aux repas et aux diverses activités tout en assurant une prise en charge psychologique et sociale. Nous fonctionnons comme une maison avec 15 règles de vie à respecter. Avoir des responsabilités les incitent à prendre de bonnes habitudes. Une psychologue, un éducateur ainsi que d’autres personnes ayant chacun un rôle établi sont là pour les guider et favoriser leur réinsertion dans la société, que ce soit dans un cercle familial, scolaire ou professionnel. »

🎥 Retour en images sur la visite de Sidney Govou au foyer Sonagnon ☀️Vidéo réalisée par l’ORTB 🇧🇯

Publiée par Citoyen des Rues Bénin sur Jeudi 13 décembre 2018
Visite de Sidney Govou au foyer Sonagnon de Citoyen des rues. © ORTB

L’enjeu pour Mylène Davy, la psychologue, est de « ne pas les couper de leur mode de vie mais plutôt de leur présenter un autre cadre en mettant l’accent sur la formation pour réussir à les motiver par eux-mêmes. En 2018 on a ainsi pu prendre en charge 165 nouveaux enfants. » Certains continuent parfois à aller à Dantokpa, le plus grand marché à ciel ouvert d’Afrique de l’Ouest présent à Cotonou, pour ramasser de la ferraille en échange de quelques francs CFA. Une tâche qui peut s’avérer dangereuse car effectuée sans des précautions d’usage. Une enquête menée en 2013 par l’Institut national de la statistique et de l’analyse économique (INSAE), avec l’appui financier de l’UNICEF, dénombre 7 882 enfants en situation de travail dans trois marchés du pays dont Dantokpa. Hypolite Houton, l’éducateur du foyer Sonagnon, est chargé de reprendre les bases de l’éducation : « Face aux événements qu’ils ont vécus, ces enfants sont souvent imprévisibles. Il faut être patient, leur donner des leçons d’identité, transmettre la notion du temps et leur apprendre à gérer leurs ressources. »

Coopération associative

Au fur à mesure, des projets ont pu émerger, comme la création d’une cantine fournissant trois repas chauds par jour. Yvette Wolobo, la cuisinière, est assistée chaque jour de deux enfants pour l’aider à préparer des plats typiques béninois comme la pâte de maïs assaisonnée avec de la sauce accompagnée de poulet braisé ou de poisson. Deux autres enfants l’aident ensuite à faire la vaisselle avant la sieste obligatoire. Cette façon de faire a permis de confectionner 922 repas en janvier 2019. L’une des volontés affichées de Laure Jehanno est de lutter contre le gaspillage en récupérant les invendus dans des supermarchés ou des boulangeries. En cas de surplus, elle le propose à d’autres ONG dans une logique de coopération et d’entraide plutôt que de concurrence.

À partir de 17h, l’ONG belge Terres Rouges prend le relais pour accueillir les enfants la nuit avec un dortoir dans le quartier d’Aidjèdo, situé à une trentaine de minutes de l’ONG Citoyen des rues et à une dizaine de Dantokpa. Symplice Kadoke, entre autres chargé des partenariats, insiste sur le fait que ce dortoir « n’est pas un parking. C’est un endroit qui offre à ces jeunes des rues tout une protection, un accompagnement psychologique adapté et une réinsertion socioprofessionnelle durable. Les 8 membres du personnel construisent des projets de vie suivant la demande de chaque jeune afin de les aider à choisir une formation. Nous avons développé un réseau avec 40 patrons d’ateliers pour qu’ils puissent suivre à partir de 14 ans des formations professionnelles : 15 ont été diplômés et 30 sont en cours de formation. Un accompagnement psychosocial individualisé et régulier avec des synergies d’actions entre ONG, organes étatiques ou organisations de la société civile est mis en place afin de soigner leurs souffrances et les réinsérer durablement dans la société. »

Présentation de l’ONG Terres Rouges à Cotonou. © Terres Rouges

Le Réseau des structures de protection des enfants en difficulté (RESPED) ainsi que l’Office de la brigade des mineurs mènent également des actions de sensibilisation dans l’ensemble du pays. Mais le travail reste fastidieux. Au Bénin, l’indice de fécondité est de 4,80 enfants par femme en 2013, obligeant certains à devenir autonomes dès le plus jeune âge, délaissant l’école pour effectuer des petits boulots. L’UNESCO souligne que sans un encadrement éducatif stable, les risques liés à la délinquance augmentent tandis que « l’espérance de vie reste effroyablement basse ».

Photo de bannière : Façade du foyer Sonagnon de l’ONG Citoyen des rues à Cotonou. Crédit Sébastien Roux

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