Sous la canopée helvétique de Montricher

Nonante-six troncs en béton, cimes d’arbres futuristes, cabanettes flottantes dans les airs et deux bâtiments massifs composent un ensemble architectural intrigant. Les imposants édifices se dressent fièrement au milieu des champs, alors que l’aérienne canopée projette ses ombres ajourées sur le sol cendré. Au sein de cette forêt industrielle se cache un oasis culturel, la Fondation Jan Michalski pour l’écriture et la littérature.

© Eugénie Rousak

Au pied du Jura vaudois en Suisse, la Fondation Jan Michalski est située un peu en retrait par rapport au village de Montricher. Entourée de verdure, elle offre la tranquillité et la sérénité pour la lecture, la découverte, la réflexion et l’écriture. La vue plongeante sur le lac Léman laisse l’esprit s’évader et les yeux se perdre sur les Alpes. Ce cadre est propice à la création littéraire, l’une des vocations de l’institution, alors que l’espace important permet d’accueillir une multitude d’activités.

Cet emplacement unique a été choisi par Vera Michalski-Hoffmann dans les années 2000 pour implanter la Fondation Jan Michalski, en mémoire de son époux. « Nous avons été séduits par Montricher pour son paysage ouvert et son panorama magnifique, qui symbolisent l’ouverture d’esprit de la Fondation à tous les visiteurs, lecteurs et écrivains » explique la fondatrice.

Histoire du bâtiment

Initialement, les bâtiments de l’ancienne colonie de vacances devaient être conservés, mais ils étaient peu adaptés à l’usage prévu. Afin de garder tout de même un souvenir de l’utilisation antérieure de ce lieu, Vera Michalski-Hoffmann et les architectes, Vincent Mangeat et Pierre Wahlen, ont décidé de conserver les emplacements de la ferme et de la chapelle pour bâtir la bibliothèque et l’auditoire. Un foyer et une salle supplémentaire ont ensuite été adjoints à l’auditoire, pour permettre l’organisation d’expositions, représentations de théâtre, lectures, ainsi que des rencontres littéraires.

Le second pilier de la Fondation, la bibliothèque, déploie plus de 65 000 ouvrages, disposés sur cinq niveaux. Les lampes-nuages flottantes dans le vide central et la structure apparente en matériaux naturels rendent l’architecture de ce lieu à la fois légère et chaleureuse. « La bibliothèque a longtemps été gratuite pour les habitants de Montricher seulement, mais pour favoriser l’accès à la lecture, nous avons décidé d’étendre cette gratuité à tous les visiteurs. D’ailleurs, en période d’examens, nous accueillons beaucoup d’étudiants, qui viennent profiter du calme et réviser sur les tables individuelles », précise la fondatrice. Ces constructions ont été achevées en 2013, permettant à la Fondation d’ouvrir ses premiers espaces aux visiteurs.

© Eugénie Rousak

La seconde partie des travaux a débuté l’année suivante, centrée sur les « cabanes suspendues ». Ces résidences permettent aujourd’hui d’héberger des écrivains et traducteurs au sein de la Fondation. L’année dernière 35 personnes sur plus de 1600 candidatures ont pu profiter de ces installations pour un séjour allant de quelques semaines à plusieurs mois. Afin de créer un ensemble uniforme, mais de donner leur spécificité et caractère aux cabanes, des bureaux d’architecture différents ont été sélectionnés pour la conception de chacune des maisonnettes. « Pour ce projet, nous avons fait appel à de jeunes architectes, dont les projets rejoignent notre philosophie », s’enthousiasme Vera Michalski-Hoffmann.

Activités de la Fondation Jan Michalski

« L’idée de la Fondation est venue graduellement, partant du constat qu’il était nécessaire d’agir pour défendre le livre et maintenir les activités liées à la lecture », se rappelle la fondatrice. Depuis 2010, l’institution attribue annuellement le Prix Jan Michalski pour couronner une œuvre de la littérature mondiale et permettre à son auteur de se focaliser davantage sur son travail d’écriture.

© Eugénie Rousak

La Fondation organise également de nombreux événements culturels. Chaque année, trois expositions temporaires sont proposées au public. Touchant différentes facettes de l’écriture et de l’univers littéraire, elles sont complétées par des visites commentées, conférences ou tables-rondes. La trilogie de 2019 débutera le 8 février avec l’exposition Anselm Kiefer, Livres et xylographies. En collaboration avec l’Astrup Fearnley Museet d’Oslo, cette exposition met en lumière le rapport entre l’artiste et le livre. Des exemplaires uniques de diverses tailles et en matériaux, réalisés par l’artiste entre 1969 et 2017, seront mis en lumière.

Dans une optique de promotion de la diversité littéraire contemporaine, la Fondation organise des rencontres avec les écrivains de tous horizons. « Nous essayons d’attirer les auteurs les plus intéressants du moment pour faire vivre la Fondation et proposer des échanges enrichissant et fructueux » explique la fondatrice. Ainsi, Lydie Salvayre, Julian Barnes, Joël Dicker ou encore Jean-Christophe Rufin sont déjà passés dans les murs de la maison. « Les œuvres donnent toujours naissance à de nombreuses activités autour de la thématique, par exemple, nous avons déjà organisé des pièces de théâtre, des projections et des concerts », nuance Vera Michalski-Hoffmann.

Les activités bouillonnent sous la canopée de Montricher. La programmation s’étoffe, la bibliothèque se remplit de nouveaux ouvrages et les artistes s’approprient les lieux, que cela soit pour présenter leurs travaux ou simplement pour puiser leur inspiration dans les cabanes aériennes.

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