Le 16 août 2020, plus de 10,000 manifestants anti-gouvernement se sont réunis à Bangkok.

Thaïlande : entre réforme de la monarchie et grève générale

Thaïlande, le 20 septembre : des milliers de manifestants thaïlandais ont protesté à côté de la résidence officielle du roi. Ils désiraient remettre une lettre exigeant des restrictions du pouvoir et du budget de la famille royale. Cela constitue un des challenges les plus audacieux dans l’histoire de l’institution thaïlandaise.

En Thaïlande, la monarchie est depuis longtemps à l’abri des critiques du peuple. Mais, depuis plusieurs mois, un mouvement pro-démocratie, dirigé par des étudiants, a brisé les tabous profondément enracinés afin d’appeler à des réformes.

Une marche aux symboles forts, galvanisée par des leaders

Dimanche matin, les manifestants ont posé une plaque dans le ciment à Sanam Luang, un lieu près du Grand Palace à Bangkok, en Thaïlande. Plaque sur laquelle on peut lire : «Ce pays appartient au peuple et n’est pas la propriété de la monarchie car ils nous ont trompés.»

Les manifestants ont ensuite marché pour délivrer leurs demandes de réforme au conseil privé du roi, mais ils ont été stoppés par la police devant la Cour Suprême. Un des leaders étudiants, Panusaya Sithijirawattanakul, a eu la permission de marcher devant un groupe d’officiers. Il a ainsi pu leur donner une enveloppe contenant leurs revendications.

« La plus grande victoire est que des personnes ordinaires comme nous puissent soumettre une lettre à la monarchie », a déclaré Parit Chirawak, un des leaders de la contestation, à la foule. Plus tard, il a annoncé que des actions allaient être prises pour augmenter la pression sur l’institution.En effet, Chirawak a appelé à la grève générale le 14 octobre, date anniversaire du soulèvement étudiant de 1973. Il a aussi encouragé les manifestants à retirer leur argent de la Siam Commercial Bank (SCB), banque dont le roi Maha Vajiralongkorn est l’actionnaire principal. « Retirez tout votre argent et brûlez votre livret de banque », a t-il dit.

Les foules ont également continué à porter des rubans blancs, symboles du mouvement pro-démocratie. De plus, ils ont arboré un salut à trois doigts, acte de défiance emprunté à la saga Hunger Games. Durant l’hymne national, joué deux fois dans les espaces publics, le geste a été affiché par les manifestants, notamment par les étudiants. « Je veux voir les gens le faire dans […] toutes les gares, tous les magasins. Et même dans les commissariats de police ou dans les bureaux de la fonction publique », a dit Parit. « Notre bravoure s’étendra jusqu’à ceux qui seront d’accord avec nous ».

Un pouvoir royal en Thaïlande sous le feu des critiques

La loi stricte de lèse-majesté protège la famille royale thaïlandaise de la critique. Ainsi il est possible d’encourir jusqu’à quinze ans de  prison lorsqu’on critique le roi. Néanmoins le Premier ministre de la Thaïlande, Prayuth Chan-ocha, a déclaré que le roi a demandé à ce que personne ne soit poursuivi par la justice pour le moment.

Des douzaines de manifestants, dont Parit et Panusaya, ont aussi été accusés d’autres infractions. La sédition, qui en fait partie, entraîne une peine de sept ans de prison.

Prayuth Chan-ocha, qui est arrivé au pouvoir durant le coup d’État de 2014, a déclaré qu’il considérera certaines demandes des manifestants. Les appels à la réforme de la constitution, écrite sous les règles de l’armée, en fait partie.

Dimanche 20 septembre, un porte-parole du gouvernement a annoncé que le Premier ministre remerciait la police et les protestataires pour la nature pacifique de la manifestation.

En outre, les étudiants ont aussi appelé à la dissolution du parlement et à la démission du Premier ministre. Celui-ci avait précédemment dit aux manifestants de laisser la monarchie en dehors de leurs discussions.

Toutefois durant le weekend, les leaders de la protestation ont de nouveau relevé le rôle et la richesse de la famille royale. « Alors que tu vis ailleurs, à la maison [ndlr : en Thaïlande], les aînés ont leurs versements d’indemnités retardées (par le gouvernement) », a déclaré Anon Nampa, un avocat des droits de l’Homme. Selon les fonctionnaires, les problèmes administratifs occasionnent le retard de paiement des personnes âgées et non un manque de fonds.

Le roi de la Thaïlande, Maha Vajiralongkorn, qui est monté sur le trône après la mort de son père, le roi Bhumibol Adulyadej, en 2016, est beaucoup critiqué car il passe la plupart de son temps en Allemagne. Depuis qu’il est sur le trône, il a renforcé son autorité et mis la richesse de la Couronne et des unités militaires clés sous son contrôle.

Des voix qui s’élèvent contre la monarchie thaïlandaise

« Je suis l’une de ces personnes, que l’on peut voir comme de la poussière sous son pied », a déclaré Panusaya. Celui ci s’est directement adressé au roi dans un discours le soir du samedi 19 septembre. « J’aimerais vous dire que nous, cette poussière, avons aussi des droits et des voix. » a-t-il ajouté.

Les manifestants ont campé la nuit du samedi à Sanam Luang, lieu qui se traduit approximativement par « terre royale », mais les protestataires ont décidé qu’il faudrait plutôt appeler ce lieu « terre du peuple ». De plus, la plaque placée dans ce lieu est une référence à une autre plaque en laiton. Celle-ci était précédemment située au Royal Plaza de Bangkok. Ce lieu avait commémoré la fin de la monarchie absolue en 1932, mais, en 2017, la plaque a disparu.

Les manifestants au « tee-shirt rouge », étaient des partisans de l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, chassé par un coup d’état militaire en 2006. Ils ont rejoint les manifestants durant le weekend.

« Ce que les étudiants disent aujourd’hui, si c’était dit dix ans plus tôt, ils auraient été tous mis en prison.

« Aujourd’hui, ils n’ont pas l’audace de le faire », a déclaré un homme anonymement, qui est venu au rassemblement du 19 septembre. « Le but n’est pas d’abolir la monarchie. Mais, c’est de mettre la monarchie sous la Constitution. Et, faire en sorte que les gens arrêtent de l’utiliser pour leur avantage politique. »

Conclusion : Quel avenir pour la Thaïlande si les manifestations continuent ?

Paul Chambers, conseiller spécial en affaires internationales à l’Université Naresuan, en Thaïlande du nord, a affirmé que la vague de manifestations était sans précédent dans le pays. Il a aussi déclaré que les rassemblements sont en train de « changer les règles sur ce qui peut être discuté en public ».

« Les manifestations peuvent facilement amener la chute du gouvernement Prayuth, mais elles peuvent aussi produire une répression brutale de l’armée. La stratégie globale des autorités est de faire attendre les manifestants », a t-il dit. Il a ajouté que les autorités continueront à mettre en place des poursuites judiciaires contre les leaders de la contestation. Ils mettront aussi la pression sur les universités et les parents des étudiants activistes.

 

 

Source photo : Vachira Kalong / Almonfoto

Sources :

https://www.theguardian.com/world/2020/sep/20/thai-protesters-demand-removal-of-pm-call-for-general-strike-after-march-blocked

https://www.ouest-france.fr/monde/thailande/thailande-les-manifestants-defient-la-monarchie-avec-une-plaque-symbolique-6980836

https://www.challenges.fr/monde/thailande-arrestation-de-penguin-l-une-des-figures-du-mouvement-pro-democratie_723105

https://www.lemonde.fr/international/article/2020/09/21/ce-pays-appartient-au-peuple-en-thailande-la-fronde-etudiante-franchit-une-nouvelle-etape_6052989_3210.html

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