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Tour du monde des États non reconnus par l’ONU

L’ONU compte aujourd’hui 193 États membres sur les 197 qu’elle reconnaît. Si le Vatican et l’État de Palestine ne sont que membres observateurs, les îles Cook et Niue sont des États non-membres puisqu’en libre association avec la Nouvelle-Zélande. D’autres entités aspirent également à être reconnues comme États à part entière. Qui sont-elles ? Quels sont les enjeux d’une telle reconnaissance ?

Selon l’ONU, « la reconnaissance d’un nouvel État ou d’un nouveau gouvernement est un acte que seuls les autres États et gouvernements peuvent accomplir. L’ONU n’étant ni un État, ni un gouvernement, elle n’est pas habilitée à reconnaître un État ou un gouvernement. » Pour devenir membre de l’organisation, l’État candidat doit présenter une demande au Secrétaire général ainsi qu’une lettre dans laquelle il accepte tous les termes de la Charte. Après cela, sa demande est examinée par le Conseil de sécurité avant d’être soumis à un vote des 193 membres. Le Soudan du Sud est le dernier État à avoir rejoint l’organisation en juillet 2011, après avoir fait sécession de la République du Soudan, mettant ainsi fin à des décennies de guerre civile. De nombreux autres pays aspirent à devenir des États pour l’ONU mais ne sont toujours pas considérés comme tels. Qui sont-ils ?

LE KOSOVO

En 1999, la région du Kosovo passe sous l’administration de l’ONU avec la résolution 1244 du Conseil de sécurité, ayant pour but de maintenir la paix dans la région, suite à la guerre contre la Serbie. Le Kosovo, territoire serbe dont la population est majoritairement albanaise, décide en 2008 de déclarer son indépendance. À ce jour, celle-ci est reconnue par 110 États membres de l’ONU et par Taïwan. De multiples enjeux se cachent derrière cette indépendance et jusqu’au sein de l’Union européenne. La reconnaissance du Kosovo pose problème à certains pays qui ont peur de les légitimer parce qu’ils ont eux aussi d’importants mouvements séparatistes sur leur territoire. C’est le cas de l’Espagne avec ses régions basque et catalane.

Crédit Herji

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Décembre 2008 : EULEX Kosovo, la mission civile de l’Union européenne visant à promouvoir l’autonomie du Kosovo, propose une partition de la région entre Serbes et Albanais pour mettre fin au conflit, avec l’accord de Moscou, de Belgrade, de l’Union européenne et des États-Unis. Le Kosovo n’est toujours pas membre de l’ONU parce que deux de ses membres permanents, la Chine et la Russie, utilisent leur droit de veto et déclarent l’indépendance de la région illégale. Le Kosovo semble pourtant vouloir se rattacher à l’Albanie, et non devenir un État souverain. Après l’indépendance du Monténégro, le détachement du Kosovo serait une deuxième perte conséquente de son territoire pour la Serbie. C’est ce qui rend les négociations si compliquées.

L’OSSÉTIE DU SUD ET L’ABKHAZIE

Ce sont les régions sécessionnistes de Géorgie. Dans les années 1980, un vent d’indépendance souffle dans les « Républiques unionales », à savoir la Géorgie, l’Ukraine, la Moldavie et l’Azerbaïdjan. Pour l’étouffer, le gouvernement soviétique encourage les séparatistes de certaines régions à se rebeller contre leurs gouvernements. Ce soutien monte les habitants les uns contre les autres. Il a aussi l’intérêt d’imposer les forces soviétiques comme arbitres. L’Ossétie du Sud et l’Abkhazie sont des régions héritières de cette politique. L’Ossétie du Sud, oblast autonome sous l’Union soviétique, voit son autonomie révoquée par la Géorgie à la chute de l’URSS, considérant les Ossètes comme minorités, et leur autonomie illégitime. Un conflit armé éclate en 1991 entre l’armée géorgienne et les milices ossètes, soutenues par l’Ossétie du Nord et la Russie. Ce conflit prend fin en 1992 grâce au traité de paix signé entre la Géorgie et la Russie, ainsi qu’à la déclaration d’indépendance de l’Ossétie du Sud survenue la même année.

En 1992, c’est en Abkhazie qu’éclatent de nouvelles hostilités. Dans les mêmes conditions que l’Ossétie du Sud, l’Abkhazie se rebelle contre la Géorgie et déclare son indépendance, soutenue par la Russie. Le conflit se termine en 1993 sous l’égide de la Russie.

En août 2008, la Géorgie lance une attaque contre l’Ossétie du Sud pour tenter de récupérer le contrôle du territoire. Les combats s’étendent jusqu’en Abkhazie, avant que la Géorgie ne soit violemment repoussée et partiellement occupée par la Russie, alors que le monde a les yeux rivés sur les Jeux olympiques de Pékin. Le conflit durera un mois avant de se terminer sur un cessez-le-feu. Aujourd’hui, les indépendances de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie sont reconnues par la Russie, le Nicaragua, le Venezuela, ainsi que par l’île Nauru. Les îles Tuvalu et Vanuatu ont reconnu leur indépendance pendant une courte période avant de se rétracter. Le but de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie semble être de se rattacher à la Russie en tant que républiques autonomes à long terme. Un ralliement à la Russie n’est officiellement pas envisagé par cette dernière pour ne pas envenimer ses relations avec la Géorgie, mais le Kremlin affirme « être prêt à assurer la sécurité des deux États ». Il fournit d’ailleurs officieusement des passeports russes aux habitants de ces régions.

LE HAUT-KARABAKH

Cette région située entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, peuplée à 80 % d’Arméniens, a déclaré son indépendance de l’Azerbaïdjan en 1991, également soutenue par les Soviétiques depuis les années 1980. Une guerre s’est ensuite déclenchée, causant des milliers de blessés et des centaines de milliers de réfugiés des deux côtés de la frontière, jusqu’au cessez-le-feu signé en 1994. Comme pour le Kosovo, l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, la stratégie du Haut-Karabakh serait d’obtenir son indépendance de l’Azerbaïdjan pour ensuite se rattacher à l’Arménie. Un remaniement géographique qui forcerait l’Azerbaïdjan à se délester d’une partie conséquente de son territoire. La question d’inscrire le Haut-Karabakh en tant que membre de l’ONU n’a jamais été posée, et seules trois entités reconnaissent son indépendance : l’Abkhazie, l’Ossétie du Sud et la Transnistrie.

LA TRANSNISTRIE, OU RÉPUBLIQUE MOLDAVE DU DNIESTR

Comme l’Ossétie du Sud, l’Abkhazie et le Haut-Karabakh, la Transnistrie (RMN), située entre l’Ukraine et la Moldavie, entre en conflit contre sa mère patrie, la Moldavie, à la suite du soutien des Soviétiques pour les séparatistes. Lorsqu’en 1990, le gouvernement moldave décide d’adopter le roumain comme langue officielle du pays (un tiers de la population est roumanophone, l’autre tiers russophone), les minorités russes et ukrainiennes présentes dans la région craignent un possible rattachement de la Moldavie à la Roumanie. En 1992, un accord est trouvé entre la Russie et la Moldavie. Celui-ci déclare la RMN, malgré son désir de devenir une enclave russe, comme étant une région moldave autonome à condition que celle-ci soit officiellement bilingue (roumain et russe) et que la Moldavie rejette l’idée d’un rattachement à la Roumanie. Aujourd’hui, l’indépendance de la Transnistrie est uniquement reconnue par l’Ossétie du Sud, l’Abkhazie et le Haut-Karabakh. Le débat quant à un possible rattachement à la Russie a été relancé suite à l’annexion de la Crimée par la Russie.

LA NOUVELLE-RUSSIE OU UNION DES RÉPUBLIQUES POPULAIRES

Toujours dans la sphère d’influence de la Russie, la Nouvelle-Russie est née d’une union entre les anciens oblasts soviétiques de Donestk et de Lougansk en 2014, à la suite de la crise ukrainienne. Cette partie du sud de l’Ukraine s’est séparée du pays après l’annexion de la Crimée par la Russie. Elle n’est pourtant reconnue ni par l’ONU, ni par la Russie. La crise ukrainienne étant toujours d’actualité, le statut de la région reste incertain, tout comme l’avenir de l’Ukraine.

LA RÉPUBLIQUE TURQUE DE CHYPRE DU NORD

Les raisons de la sécession de la partie nord de Chypre du reste de l’île remonte à la guerre russo-turque de 1877-1878. À cette époque, l’île est « louée » au Royaume-Uni par la Turquie, en échange d’un soutien pendant la guerre. Alors que l’île est sous autorité britannique, les Chypriotes grecs réclament à plusieurs reprises leur rattachement à la Grèce. Le Royaume-Uni refuse à chaque fois, rappelant que l’île fait toujours officiellement partie de l’Empire ottoman. Après des années d’instabilité politique, et l’indépendance de Chypre déclarée en 1960, la partie nord du pays décide de déclarer son indépendance à son tour en 1983. Celle-ci est uniquement reconnue par la Turquie, et bloque l’entrée de Chypre dans l’espace Schengen, malgré son adhésion à l’Union européenne en 2004.

RÉPUBLIQUE ARABE SAHRAOUIE DÉMOCRATIQUE

Le Sahara occidental est occupé par l’Espagne mais les Marocains y revendiquent leur souveraineté. En 1975, ils organisent la Marche Verte, une manifestation pacifique, pour annexer ce territoire. À la suite de la manifestation, l’Espagne signe les accords de Madrid et décide de partager le territoire entre le Maroc et la Mauritanie. En 1979, la Mauritanie signe un accord de paix avec la République arabe sahraouie démocratique (RASD) et renonce à la partie de la région qui lui avait été attribuée. Dans les années 1980, le Maroc annexe la partie du Sahara occidental à laquelle la Mauritanie avait renoncé, puis construit le « mur marocain ». Le Maroc contrôle aujourd’hui 80 % du territoire de la RASD, malgré le désaccord de l’ONU qui y voit une décolonisation inachevée, et l’Union africaine qui la considère comme un État africain.

TAÏWAN OU RÉPUBLIQUE DE CHINE

En 1945, après la défaite du Japon dans la Seconde Guerre mondiale, la République de Chine s’empare de l’île, et le gouvernement du Kuomintang s’y installe en 1949 après leur défaite contre les communistes chinois. Jusqu’en 1971, la République de Chine occupe le siège de membre permanent à l’ONU avant d’être remplacée par la République populaire de Chine qui revendique son autorité sur l’île. Taïwan est aujourd’hui reconnu par 22 États sur les 193 membres de l’ONU. Pour l’organisation internationale, Taïwan est considéré comme une province de la République populaire de Chine, tandis que la République de Chine considère l’île comme sienne, et revendique le reste du territoire chinois. Aujourd’hui, dans un souci d’amélioration de ses relations avec la République populaire de Chine, la République de Chine continue officiellement de revendiquer son autorité sur le territoire, sans réelle véhémence.

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