Un mois sans alcool au pays des pubs : quels effets ?

Le 31 janvier se clôturait le « Dry January », une campagne de santé publique venue du Royaume-Uni qui incite les consommateurs à proscrire leur consommation d’alcool durant le mois de janvier.

Cette campagne a été lancée pour la première fois en janvier 2013 par l’association Alcohol Change UK et ne cesse de gagner en popularité. Elle jouit d’une reconnaissance institutionnelle en étant notamment relayée par des organisations de santé gouvernementales telles que le Public Health England. Pour mener à bien sa mission, l’association propose des conseils et a même développé une application permettant d’accompagner les participants.

Même si la campagne s’exporte de plus en plus à l’international, avec 36 000 personnes ayant téléchargé l’application partout dans le monde en 2017, l’essentiel de son activité demeure au Royaume-Uni. Revenons alors sur l’efficacité de cette campagne dans son pays fondateur.

Une campagne qui sonne l’alerte

Tout d’abord, il est intéressant de mettre en avant certaines statistiques liées aux méfaits de la consommation d’alcool. Selon l’association Drinkaware, parmi les consommateurs d’alcool au Royaume-Uni, 27% seraient des adeptes du « binge drinking », qui consiste à consommer très rapidement une quantité excessive d’alcool sur une courte période de temps. Cette pratique n’est naturellement pas sans conséquences sur la santé.

Ce genre de pratiques – la consommation d’alcool en général – engendre beaucoup de troubles physiques et mentaux : lésions du foie, dépendance, anxiété, bipolarité…

Source : Our World in Data, Alcohol Consumption, https://ourworldindata.org/alcohol-consumption

La proportion de personnes touchées par ces troubles est d’ailleurs  passée de 1.28% à 1.42% entre 1990 et 2013, ce qui représente une augmentation de plus de 93 000 personnes. La population du Royaume-Uni est ainsi de plus en plus touchée par les effets néfastes de la consommation d’alcool. L’enjeu est de santé publique avec plus d’un quart des buveurs d’alcool qui a une consommation excessive. Le « Dry January » permet-il vraiment de résoudre ce problème ?

Des premiers résultats encourageants

Les fondateurs du mois sans alcool ont mis à disposition plusieurs astuces pour soutenir les participants. Ils ont par exemple développé une application gratuite directement téléchargeable sur le site officiel du « Dry January ». Ce programme permet un suivi pour les participants en calculant notamment les calories perdues ou encore l’argent économisé grâce au challenge. Par ailleurs l’organisation met à disposition sur son site une série de podcasts afin de motiver les participants et de leur fournir de nouvelles sources d’inspiration. Elle propose également au participants d’effectuer des dons en réinvestissant les économies réalisées dans la lutte contre la consommation d’alcool.

Ces différentes manières de communiquer avec les participants semblent porter leurs fruits. Quatre millions de personnes ont pris part au challenge en 2018. En parallèle, certaines chaînes de Pubs ont annoncé avoir vendu davantage de bières sans alcool en réponse à une forte demande au mois de janvier.

Finalement, les études menées sur les personnes ayant participé à la campagne semblent souligner de bons résultats. Une étude menée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) montre que 72% des personnes impliquées dans le « Dry January » auraient une moindre consommation d’alcool six mois plus tard.

Un mois de Janvier sobre qui ne rime pas avec une année sobre

Source : OECD, Data, Alcohol Consumption. https://data.oecd.org/healthrisk/alcohol-consumption.htm

Cependant, au niveau agrégé, les chiffres semblent montrer que l’instauration de cette campagne n’a pas eu l’effet escompté sur la consommation d’alcool annuelle des ménages. En effet, même si, selon les organisateurs du mouvement, le nombre de participant aurait augmenté au fil des années jusqu’à 4 millions en 2018 au Royaume-Uni, la consommation annuelle d’alcool des ménages n’aurait pas pour autant diminué.

Ainsi, selon l’OCDE, la consommation d’alcool aurait augmenté de 1% au Royaume-Uni entre 2013, année de la première campagne, et 2016.

Source : OECD, Data, Alcohol Consumption. https://data.oecd.org/healthrisk/alcohol-consumption.htm

Encore plus surprenant, lorsque l’on étudie le long-terme, il semblerait qu’après une période de 9 ans de décroissance de la consommation d’alcool par personne, celle-ci aurait repris une tendance à la hausse à partir de l’année d’implémentation de la campagne.

Ainsi, après une chute drastique de la consommation d’alcool de près de 19% sur la période 2004-2013, les ménages auraient recommencé à augmenter leur consommation à partir de 2013.

En somme, le « Dry January » relève le défi complexe de changer les mentalités sur un sujet préoccupant de la société Britannique. Les résultats sont d’ailleurs très encourageants lorsque l’on s’intéresse aux personnes impliquées dans la campagne ; il semblerait malheureusement que cette dernière n’ait pas encore un impact suffisant pour empêcher l’augmentation de la consommation d’alcool à un niveau agrégé. Néanmoins, le long-terme connaît parfois des inversions de tendance, ce qui en fait une affaire à suivre.

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