Retrouvez les chroniques de notre correspondant en Inde. Entre études à la Jawaharlal Nehru University, vie dans la capitale New Delhi, voyage au nord de l’Inde ou encore vie politique, économique et culturelle. Parcourez ce petit bout de vie à l’indienne article après article.

Petit matin, New Delhi. L’arrivée se fait attendre. À l’aéroport, après 6 000 kilomètres de voyage, la pression qui s’est accumulée depuis un an et demi se relâche. Au même moment, la chaleur envahit nos corps. La luminosité ainsi que de nombreux (trop nombreux, peut-être?) agents de sécurité nous guident jusqu’à nos bagages. Les couloirs de l’aéroport sont déserts. Il est pourtant 9h30 du matin. Il est temps de se demander pourquoi nous sommes là. Aussitôt dit, aussitôt fait, l’agent de la douane, après examination de nos visas, nous interroge.

Pourquoi l’Inde ?

Le regard curieux, l’homme en uniforme bleu est d’une humeur sympathique. Il doit en voir des étrangers à son comptoir. La République d’Inde et son 1,390 milliard d’habitants sera le pays le plus peuplé en 2025, selon les prévisions faites en 2015 par le NPSF (National Population Stabilization Fund). Sa croissance économique actuelle est la plus importante, bien au dessus de la vénérée croissance chinoise depuis 2013. Ses résultats économiques connaissent une construction différente des économies chinoises, européennes et américaines. Ses activités touristiques déjà importantes ne demandent qu’à être développées : les hauts sommets de l’Himalaya, la terre des rois du Rajasthan, les paysages magnifiques du Kerala et du Sud de l’Inde, les plaines indo-gangétiques, le Bengale… Ajoutez à cela 22 langues officielles, plus de 850 dialectes, 28 États, une diversité religieuse et culturelle improbable, tout cela cohabitant dans une étonnante harmonie. Qui peut encore douter de l’intérêt de l’Inde ? Et si l’incertitude plane quant à l’avenir de sa puissance, on peut voir ses lacunes comme un immense retard ou comme un défi des plus excitants. 

Son besoin de plus en plus prégnant en infrastructures fait relativiser positivement son potentiel économique : que sera-t-il dans quelques années alors que celui-ci tente d’être comblé ? Les inégalités, la condition des femmes, la pollution à tout niveau et le goût un peu trop prononcé de son économie pour le tertiaire peuvent effrayer. Mais la lutte contre les castes, le combat de l’hygiène individuelle tous les jours un peu plus victorieux, les manifestations des femmes pour leurs droits, la campagne présente à chaque arrêt de bus « Green Delhi, Clean Delhi », la volonté farouche pour l’État d’unir tous ses peuples, de les faire avancer ensemble ainsi que les efforts des indiens et leur patriotisme peuvent permettre d’espérer.

Faire une année d’échange est stratégique dans sa vie personnelle et professionnelle. Plus qu’un investissement, c’est un conditionnement. Alors, si investir comporte toujours un risque, autant prendre ces risques pour la démocratie, la tolérance et la diversité, quitte à parfois frôler quelques paradoxes. Ces quelques mots, dans un anglais parfois un peu cavalier, ont suffit à cet agent pour ne rien rajouter, mis à part un sourire. Pour un étudiant, apprendre à connaitre ce pays, deuxième puissance asiatique, puissance mondiale en devenir, est tout sauf une perte de temps.

Lodhi Garden, New Delhi © Flavien Deguilhaume

Les préparatifs au départ 

Pour arriver, il faut partir. Le départ pour un séjour touristique n’est pas si compliqué. Les procédures sont en ligne, simples et compréhensibles. Vouloir y vivre un an en tant qu’étudiant ou pour des raisons professionnelles exige une autre rigueur. C’est à ce premier moment que notre sens de l’organisation est mis à rude épreuve. Obtenir un visa étudiant pour l’Inde nécessite plusieurs documents indispensables. Du certificat de sa banque française prouvant que l’on a la capacité financière de survivre un an seul, à la lettre d’admission originale de votre université indienne transmis par les services postaux, le rassemblement de toutes ces pièces peut parfois avoir des airs de parcours du combattant.

L’administration indienne demande des documents en anglais, est difficilement joignable par téléphone, et c’est un véritable défi d’avoir une réponse à ses mails en temps et en heure. Les administrations européennes, privées comme publiques, refusent d’utiliser WhatsApp pour communiquer avec leurs homologues indiens. Les indiens ne regardant pas leurs mails ou presque, chacune vous renverra la balle accusant l’autre de faute en cas de problème. Vous êtes seul.

En France, l’entreprise VFS gère les demandes de visa pour l’Inde. Disposant de plusieurs bureaux sur le territoire français, il est en théorie possible de faire sa demande à distance via l’office régional le plus proche. Cependant, si ces centres sont habilités à transmettre les dossiers au bureau parisien qui les transmets ensuite aux services consulaires indiens, la prise des données biométriques n’est disponible qu’à Paris. Pour tout candidat à la vie indienne, la première épreuve initiatique d’avant départ est donc de se rendre au centre parisien, porte de Clichy. Les lève-tôt sont ici avantagés : on doit arriver à 7h30 alors que le centre n’ouvre qu’à 9h. Il faut tout de même attendre jusqu’à 11h pour que sa demande soit enregistrée. Rebelote quelques jours après mais, cette fois-ci, l’après-midi pour aller récupérer le précieux sésame. Inutile de préciser qu’il faille tout recommencer si un seul document manque ou si l’un deux est une photocopie. Pour anecdote, une lettre de sa banque sans son logo en entête est un motif de rejet. La rigueur de la procédure n’a d’égale que son manque d’explication. Ce n’est, hélas, que le début d’un long périple qui mène au cœur de l’inde, où les combats menés bureau après bureau, signature après signature, pour s’inscrire à la moindre petite chose peuvent parfois faire perdre la raison.

L’arrivée à Delhi

Nous quittons l’aéroport. Enfin. L’attente n’a pas été si longue, moins de 30 minutes entre l’arrivée au sol et les premiers pas dans le taxi. Il vaut mieux être prudent. C’est pour cela qu’à mon arrivée, j’avais déjà réservé hôtel et taxi par le site Booking. 145 euros pour les 7 jours d’hôtel et 24 euros pour le taxi. Je me croyais, à cette époque, gagnant. Un euro valait en juillet 77 roupies indiennes. Le trajet en taxi a donc coûté, pour seulement une vingtaine de minute et moins de 10 kilomètres, 1848 roupies. Aujourd’hui, pour le même trajet, avec l’expérience accumulée, payer plus de 350 roupies serait incompréhensible.

Quand nous sortons, le soleil brille. Il ne fait pas encore très chaud : 35/36 degrés. Nous sommes pourtant surpris par cette chaleur humide. Quand nous sommes partis de France, plus de 24 heures avant, il faisait aussi chaud voire plus. Les alentours de l’aéroport Indira Gandhi de New Delhi ressemblent aux alentours de tous les aéroports du monde. C’est propre, c’est grand, de nombreux taxis, des personnes qui attendent. Un seul chien allongé nous guette. Nous sommes rassurés.

À l’arrivée au parking, ces 24 euros de taxi nous promettaient un voyage sans accroc. Que nenni ! Au fur et à mesure que nous marchons dans le parking, nous passons devant des voitures tout à fait respectables. Mais, en visu, une se détache du lot. Cabossée, un phare cassé, la peinture rayée à souhait. Le conducteur a dû avoir un accident avant de venir. Nos valises sont trop grosses. Problème : il en met une sur le toit. Comment l’attacher ? Une ficelle à cochon suffira largement. C’est ainsi, la peur au ventre, que le précieux magot tombe à chaque coup de frein que nous roulons. La conduite à l’indienne, sinueuse et désordonnément organisée, peine à nous rassurer. Nous arrivons à l’hôtel. Tout est resté à sa place. Rien d’étonnant. Après examination des différents nœuds effectués, ce n’était pas un coup d’essai.

Dormir à New Delhi

Notre hôtel était parfait. Seul hic, il était mentionné “appart-hôtel” sur Booking. Nous nous attendions tout naturellement à avoir à disposition un petit appartement fonctionnel. Il fallait comprendre par appart-hôtel : hôtel dans un appartement. Ce qui est une nuance tout à fait significative.

L’eau était chaude sous la douche. La climatisation fonctionnait à notre grand secours. Le petit déjeuner compris était correct, la literie propre et confortable, le ménage fait régulièrement. Cette arrivée était tout à fait convenable. Il y avait encore peu de différence par rapport à une arrivée dans un autre pays. Si nous étions émerveillés par tout ce que nous voyions, ce fut plus par plaisir de la découverte que par réel dépaysement. Cela n’allait pas tarder à changer. 

Le soir venu, le premier choc fut celui de la nourriture. Logeant dans le quartier de Mehrauli, non loin de Qutub Minar, un des hauts lieux historiques de Delhi, c’est à cet endroit que se trouve la première mosquée construite en Inde par les premiers empereurs Moghols. Nous sommes attirés par toutes sortes de marchands vendant dans la rue des mets aux allures délicieuses. Nous suivons les instructions du guide du Routard. Eviter les premiers jours la street-food pour éviter les risques de tourista. C’est notre seconde aventure seuls dans les rues indiennes. Le Quartier de Mehrauli est incroyablement vivant Son carrefour, au pied de la tombe du général Adham Khan, a des allures de petit Times Square. Ça grouille dans tous les recoins. Ça klaxonne à ne plus s’entendre. À côté des vaches errantes et des « bakeries » se tiennent des vendeurs à la criée de mangue, de jus d’orange verte et de banane. Nous choisissons un petit restaurant dans une rue un peu plus calme. Effroi face au menu : le mojito est à 100 roupies (1,20 euro), le petit hamburger à 150. C’est Noël avant l’heure ! On se surprend à vouloir tout tester alors que personne n’a véritablement faim. Cette journée restera longtemps dans notre mémoire tant les suivantes allaient être, à tout point de vue, épicées. Malgré une arrivée après 8h30 de vol, plus de 15 heures cumulées de retard la veille, des difficultés toute le journée à se procurer de l’eau potable, nous ne pouvions pas faire plus reposant. Mais, ça, nous n’allions le comprendre que plus tard. Calmes, apaisés, nous étions arrivés. Plus rien ne pouvait nous atteindre.

Rendez-vous très bientôt pour le deuxième épisode de ces chroniques intitulé “Un ovni en Inde : la Jawharlal Nehru University” !

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