Une Mer noire… de plastique !

Enclavée entre l’Europe, le Caucase et la Turquie, la mer Noire accueille les déchets de seize pays d’Europe centrale et orientale. Elle est considérée comme l’une des plus polluées du monde.

Iliyana Stoilova et Yoan Kolew travaillent tout l’été sur le littoral bulgare. Moniteurs de planche à voile, ils passent 6 à 8 heures par jour à surfer les vagues de la mer Noire. Mais, avec l’arrivée des masses touristiques, leur passion se transforme peu à peu en cauchemar. L’écosystème autrefois préservé se gorge de déchets qui s’accumulent sur les plages, dans les estomacs des animaux marins et dans les nôtres sous forme de micro plastiques.

Crédits : Wind2Win

Selon une étude publiée en mai 2017 par l’Environmental Monitoring of the Black Sea (surveillance environnementale du bassin de la mer Noire, Emblas), un programme financé par l’Union européenne et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), la Mer Noire compterait deux fois plus de déchets plastiques que n’importe quelle autre mer en Europe.

Le Wind2Win challenge : surfer contre la pollution

En 2018, Iliyana et Yoan créent la première compétition sportive de planche à voile en Bulgarie, le défi Wind2Win dans le but de sensibiliser la population à la pollution plastique de leur environnement de travail et de vie. La compétition se déroule à la fin de l’été le long des 380 km du littoral bulgare, entre le village de Durankulak à la frontière Roumaine, jusqu’à Rezovo à deux pas de la Turquie. Convaincus que les images permettent une certaine prise de conscience, ils se lancent dans la réalisation d’un film engagé retraçant leur aventure.

Crédits: Wind2Win

Surfrider, une ONG européenne engagée en Bulgarie

Iliyana et Yoan travaillent étroitement avec l’ONG européenne Surfrider. Dimitar Atanasov a fondé l’antenne de l’association à Sofia en 2010:

« À cette époque il était déjà trop tard pour beaucoup de zones naturelles sur le littoral, la sur-construction sur les plages, la destruction de dunes, la privatisation des terres, ce sont des pratiques fréquentes ».

Fin janvier, plusieurs centaines de personnes se sont regroupées devant le Conseil des ministres à Sofia, pour demander l’arrêt de tous les chantiers et projets de chantiers sur la côte de la mer Noire et dans les montagnes qui ont été approuvés sur la base de plans de gestion et de permis de construction illégaux. Les manifestants appellent à la démission du ministre de l’Environnement, Neno Dimov, et de la ministre du Tourisme, Nikolina Anguelkova.

L’été dernier, Dimitar a rencontré les autorités locales de la ville  portuaire Bourgas :

« Il est très difficile de convaincre les plus petites municipalités de protéger certaines terres car elles veulent attirer les investisseurs en vendant au plus offrant. »

Crédit: Wind2Win

Surfrider organise des nettoyages de plages avec des groupes de volontaires et se concentre sur la sensibilisation et l’éducation. Roxane travaille pour l’association à Sofia et a coordonné la campagne « Ban the bag »  qui vise à réduire la consommation des sacs plastiques:

« Nous avons contacté une vingtaine d’artistes bulgares qui ont créé un design unique sur des sacs en tissu. Puis nous avons organisé une exposition de ces “œuvres prêtes-à-porter”. »

Crédits: Polina Ilieva

L’océan : un enjeu politique aux élections européennes

Ces initiatives locales de Surfrider sont complétées par une expertise environnementale fondée sur les données collectées en rivière et sur les plages et par un volet « lobbying » géré par Justine Maillot, basée à Bruxelles, au plus près des institutions européennes :

« Surfrider fait partie d’une coalition qui s’appelle « Rethink plastic alliance » qui regroupe dix ONG travaillant sur la politique européenne sur la question du plastique. […] on a été très impliqués lors de l’adoption de la directive sacs plastiques, qui oblige les États à réduire à 90 sacs par habitants d’ici 2019 et à 40 par habitants d’ici 2025. De même nous avons beaucoup travaillé sur l’interdiction des produits en plastique à usage unique, votée par le Parlement en octobre 2018. Ces produits à usage unique tels que les pailles, les bâtonnets de coton tige, ainsi que les engins de pêche abandonnés constituent 70 % de tous les déchets marins. »

Avec les élections européennes en 2019, l’objectif pour ces ONG est que le mot « océan » soit une priorité :

« Il faut s’assurer qu’il y ait une volonté politique pour le prochain mandat. Ça a joué énormément sur les derniers mandats car au niveau de la commission notamment, le vice-président Timmermans était très impliqué sur la question de l’économie circulaire et des déchets plastiques et ça a joué pour adopter cette législation très vite. »

Crédits: Wind2Win

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