Union européenne : Discours sur l’état de l’Union 2020, Ursula von der Leyen

Mercredi 16 septembre 2020, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a prononcé son discours sur l’état de l’Union européenne (SOTEU). Pendant plus d’une heure, Ursula von der Leyen a fait le bilan d’un an de présidence et a énoncé que les enjeux et objectifs que l’Union européenne allaient devoir suivre l’année à venir. Cette année, le discours s’est déroulé dans des conditions particulières. En effet, les présidents de la Commission ont pour habitude de faire leur discours au Parlement européen à Strasbourg, et non à Bruxelles.

Depuis 2010 et le SOTEU de l’ancien président de la Commission européenne José Manuel Durão Barroso, les différents présidents qui se sont succédé, dont Jean-Claude Juncker et maintenant Ursula von der Leyen, font le bilan de l’exécutif européen et présentent leurs actions futures chaque année au mois de septembre. Ce discours est, pour l’Union européenne, un moyen de se rapprocher de ses citoyens et de faire preuve de transparence sur ses politiques. Le SOTEU 2020 a notamment porté sur la relance économique, la cohésion sociale et les enjeux environnementaux.

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"L'avenir sera ce que nous en ferons. Et l'Europe sera ce que nous voulons qu'elle soit. . Cessons donc de la rabaisser. Et travaillons pour la construire. Pour la rendre forte. Et pour bâtir le monde dans lequel nous voulons vivre. . Vive l'Europe !" – @ursulavonderleyen . La Présidente de la Commission européenne prononçait aujourd'hui son premier Discours sur l'état de l'Union devant le Parlement européen 🇪🇺 . Parmi les propositions & priorités présentées ce matin : . 👉 renforcement des objectifs européens de réduction des émissions de gaz à effet de serre . 👉 lutte contre les inégalités . 👉 poursuite de la numérisation de l'Europe . 👉 protection des valeurs européennes . 👉 solidarité internationale & multilatéralisme . 👉 gestion européenne des questions migratoires . 👉 nouvelle stratégie pour l'espace #Schengen . 📷 © Union européenne, 2020 / Source : Service audiovisuel CE / Photographe : Etienne Ansotte . #SOTEU #NextGenerationEU #EUGreenDeal #DigitalEU #Europe #EuropeanUnion

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“Nous devons construire une Union européenne de la santé qui soit plus forte.” – Ursula von der Leyen

Dans un contexte quelque peu particulier, la présidente de la Commission a tenu à débuter son discours en faisant état de la crise sanitaire et du rôle que l’Union européenne a joué ces six derniers mois. Malgré une effervescence de critiques des différents pays membres face à l’inaction de l’Union européenne et à la gestion Etat par Etat au début de la pandémie, l’UE a su répondre et prendre des initiatives pour aider les pays les plus touchés. Dans son discours, la présidente de la Commission européenne a défendu, tant bien que mal, l’action coordonnée et unifiée des Etats membres pendant la crise sanitaire. Elle a notamment évoqué la production et livraison de masques entre les pays, les médecins roumains ayant soigné des patients en Italie. Tout en admettant que « ce virus a mis à nu les failles de nos systèmes de santé et les limites d’un modèle qui privilégie la richesse plutôt que le bien-être ».

Pour qu’une telle situation ne se reproduise pas en cas de nouvelle crise sanitaire, la Commission von der Leyen va renforcer son nouveau programme « l’UE pour la santé » en augmentant les financements. Par ailleurs, pour protéger les pays européens d’une future menace sanitaire, l’Union propose des actions et mesures en trois temps. Tout d’abord, l’Agence européenne du médicament et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies se verront renforcer leurs rôles et moyens d’action. Puis, basé sur le modèle américain, l’UE espère créer une agence de recherche et de développement biomédicaux avancés. Enfin, l’UE doit repenser ses compétences dans le domaine de la santé – réflexions et mesures qui devront être discutées lors de la Conférence sur l’avenir de l’Europe.

Un discours vert

La présidente de la Commission européenne était plus qu’attendue sur les mesures de relance du pacte vert pour l’Europe – Green Deal. Le Green Deal a été pour la première fois présenté au Parlement européen le 11 décembre 2019 lors du discours de Ursula von der Leyen sur son plan pour l’environnement. Ce plan à hauteur de 1 000 milliards d’euros a pour objectif de lutter contre le changement climatique en atteignant la neutralité carbone en 2050. Par l’intermédiaire du Pacte vert pour l’Europe, l’Union européenne devrait devenir leader dans la lutte contre le réchauffement climatique et la protection de l’environnement en devenant le premier continent à la neutralité carbone en 2050.

La Commission européenne a revu à la hausse ses objectifs du Green Deal. D’une part, l’UE ne vise plus une réduction de 40% des émissions de gaz à effet de serre comme cela été initialement prévu, mais de 55% en 2030. Elle entend atteindre cet objectif en se tournant vers les énergies durables et renouvelables. D’autre part, 37% du plan de relance de 750 milliards d’euros négocié par les Vingt-Sept lors d’un sommet exceptionnel de négociations au Conseil européen seront dédiés à la mise en œuvre du Green Deal. Par ailleurs, pour renforcer la transition écologique, les 750 milliards d’euros du plan de relance seront financés à 30% par des obligations vertes. Par cette mesure quelque peu nouvelle, l’Union européenne se place en leader de la finance verte. Lors du SOTEU, elle avait déclaré : « Nous sommes les leaders mondiaux de la finance verte et le plus grand émetteur d’obligations vertes dans le monde. Nous faisons œuvre de pionnier en élaborant une norme de l’UE solide en matière d’obligations vertes. »

Ursula von der Leyen n’a pas manqué de rappeler les engagements en terme de lutte contre le changement climatique énoncés dans l’Accord de Paris signé en décembre 2015. En atteignant la neutralité carbone en 2050, l’Union européenne tiendra ses engagements en maintenant le réchauffement climatique en dessous de 1.5 degrés Celsius. Selon la Commission européenne, « L’UE joue un rôle de premier plan dans l’action internationale menée pour lutter contre le changement climatique. Elle a contribué de façon décisive à la négociation de l’accord de Paris et elle continue à montrer la voie au niveau mondial. »

Brexit : Risque de « no-deal »

Lors du SOTEU, la présidente de la Commission a mis en garde contre le risque d’un « no-deal ». Les négociations patinent entre Londres et Bruxelles et la date de fin de la période de transition avance à grand pas. Au 1er janvier 2021, si aucun accord n’est trouvé, Londres devra faire face au « no-deal ». Néanmoins, la période est davantage restreinte puisque le Premier ministre britannique Boris Johnson souhaite parvenir à un accord avant le 15 octobre.

Ursula von der Leyen a également insisté sur le fait que l’accord négocié au cours de ces 3 dernières années ne pouvait être modifié unilatéralement. Boris Johnson avait souhaité revenir sur le protocole nord-irlandais pour décider des contrôles douaniers effectués entre l’Irlande du Nord et la Grande-Bretagne. Or, ce changement unilatéral viendrait à violer l’accord du Vendredi saint signé en 1998 pour mettre un terme aux « Troubles ». L’Union européenne et le Royaume-Uni s’étaient pourtant mis d’accord sur l’importance de cet accord pour éviter tout autre conflit sur l’île d’Irlande. La présidente de la Commission a déclaré à ce sujet : « Il est impossible de le modifier unilatéralement, de l’ignorer ou de cesser d’en appliquer les dispositions. C’est une question de droit, de confiance et de bonne foi. » De plus elle a souhaité mettre en avant cette rupture de confiance en citant l’ancienne Première ministre britannique Margaret Thatcher : « Le Royaume-Uni ne viole pas les traités. Ce serait mauvais pour la Grande-Bretagne, mauvais pour les relations avec le reste du monde et mauvais pour tout futur traité commercial ».

Vers une suppression du règlement de Dublin

Après avoir rappelé la crise migratoire de 2015 qui a profondément divisé l’Union européenne, elle annonce que Bruxelles souhaite supprimer le règlement de Dublin. Adopté en 2013, le règlement de Dublin stipule que le premier pays accueillant un migrant et de ce fait responsable de sa demande d’asile. Il sera donc remplacé par « un nouveau mécanisme fort de solidarité ». La Commission européenne va donc présenter son nouveau pacte sur la migration qui sera davantage axé sur « l’humaine et l’empreinte d’humanité ». Face à la tragédie au camp de Moria, la Commission européenne travaille avec les autorités grecques sur l’installation d’un nouveau camp sur l’île de Lesbos. Ursula von der Leyen finit par déclarer que cette nouvelle politique en matière d’immigration ne pourra être menée à bien que si tous les Etats membres font preuve de coopération. La participation de chaque Etat membre est nécessaire pour faire face à la question migratoire : « Mais soyons clairs : si nous intensifions nos efforts, nous attendons de tous les États membres qu’ils intensifient eux aussi leurs efforts. La migration constitue un défi européen et c’est l’ensemble de l’Europe qui doit faire sa part. »

La lutte contre le racisme et la haine

La présidente de la Commission a conclu son discours en présentant le plan d’action porté par la Commission en termes de racisme et discours de haine. Tout d’abord, elle entend élargir la liste des infractions prévue par l’Union européenne à « toutes les formes de crimes de haine et de discours de haine. » Par la suite, la Commission va se doter pour la première fois d’un coordinateur en matière de lutte contre le racisme. Il est prévu qu’il travaille au plus près des citoyens, de la société et des différentes institutions.

Par ailleurs, les zones anti-LGBTQI n’ont pas leur place dans l’Union européenne. Par conséquent, la Commission va mettre en œuvre des mesures et actions concrètes pour renforcer et assurer les droits des communautés LGBTQI. L’Union européenne avait déjà sanctionné six villes polonaises qui s’étaient déclarées anti-LGBTQI. Elles s’étaient vues refuser des subventions accordées dans le cadre d’un programme de jumelage.

Le discours sur l’état de l’Union était ensuite suivi d’un débat avec les députés européens présents à Bruxelles. Il  a suscité de nombreuses réactions de la part des différents partis politiques. L’extrême droite considère que l’Union européenne est tombée dans le piège des extrémistes écologiques. La gauche radicale lui reproche de ne pas être davantage orientée vers une Europe sociale.

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