Union européenne : Les enjeux de la présidence allemande au Conseil de l’Union européenne

A partir du 1er juillet 2020, et ce pour une durée de six mois, la chancelière allemande Angela Merkel est à la présidence du Conseil de l’Union européenne (CUE) jusqu’au 31 décembre 2020. Cette année, la présidence tournante est partagée entre le Portugal et la Slovénie.

Sur son site dédié, la présidence allemande au Conseil de l’Union Européenne a publié un rapport d’activités sur lequel elle souhaite travailler pendant six mois. Parmi les objectifs énoncés, la question de la gestion de la crise de la pandémie de Covid-19 est au centre des préoccupations. L’Union Européenne n’était pas suffisamment prête pour faire face à cette crise et ses conséquences sanitaires, sociales, mais également économiques. Le 21 juillet 2020, à l’issue de longues négociations au Conseil européen, les Vingt-Sept sont parvenus à un accord sur la mutualisation de la dette et d’un plan de relance européen de 750 milliards d’euros dont les pays du sud bénéficieront en priorité.

Conseil de l’Union européenne ?

A l’échelle institutionnelle de l’Union européenne, le Conseil de l’Union européenne – également appelé Conseil des ministres – fait partie des trois grandes institutions européennes avec le Parlement européen et la Commission européenne. Le Conseil des ministres se trouve à Bruxelles, et est composé des ministres des États membres et du président permanent et chef de la diplomatie européenne du Conseil des Affaires étrangères. Avec le Parlement européen, il examine et adopte le budget et les lois européennes proposés par la Commission européenne.

Introduit par le traité de Lisbonne en 2009, la présidence au Conseil de l’Union européenne est une présidence tournante entre trois pays. Chaque État membre dispose d’une période de travail de six mois. Le « trio » travaille en étroite collaboration tout au long des dix-huit mois en fixant des objectifs qu’il doit accomplir, et en proposant un programme commun dont les thèmes définis devront être davantage détaillés par les trois pays. Le programme de la présidence allemande a pour objectif de relancer l’Union Européenne dans six domaines : une maîtrise durable de la pandémie de Covid-19 et la relance économique, une Europe plus forte et plus innovante, une Europe juste, une Europe durable, une Europe de la sécurité et des valeurs communes, une Europe forte sur la scène internationale.

« Nous savons que les attentes sont fortes à propos de la présidence allemande » – Angela Merkel

En pleine épidémie de Covid-19, la présidence allemande est attendue au tournant. L’économie européenne a été frappée de plein fouet, et les pays du sud comme l’Espagne, l’Italie et le Portugal en ont fait les frais. Au regard de la situation économique que l’Union Européenne traverse actuellement, la présidence allemande va notamment se concentrer sur le plan de relance européen, tant d’un point de vue économique que sanitaire. Dans son programme, la présidence allemande déclare que l’Union Européenne ne pourra se relever seule de cette crise inédite, la coopération entre les pays membres est donc de mise.

Sur le plan sanitaire, l’Union Européenne doit faire preuve de solidarité en fournissant les médicaments et soins dont les patients auront besoin. Il est donc nécessaire que les Vingt-Sept travaillent ensemble et que la gestion d’une telle crise ne se fasse pas unilatéralement. Les pays durement touchés comme l’Italie ne doivent plus se sentir délaissés par l’Union Européenne qui a tardé à agir. La santé des européens sera donc au cœur des futures gestions de crise, notamment par le renforcement du mécanisme de protection civile. Ce mécanisme est destiné à prévenir les catastrophes dont les Pays-membres pourraient être victimes. Si la situation d’urgence dépasse les capacités de traitement d’un certains pays, celui-ci peut demander de l’aide à l’échelle européenne par le biais de ce mécanisme.

Après quatre jours de négociations au Conseil européen, le couple franco-allemand est parvenu à faire adopter le plan de relance économique de 750 milliards d’euros aux états dits « frugaux » que sont le Danemark, la Suède, les Pays-Bas, la Finlande et l’Autriche. Le budget pluriannuel de l’Union pour la période 2021-2027 à hauteur de 1.850 milliards d’euros a également été accepté par les Vingt-Sept. Lors d’une session plénière tenue au Parlement européen jeudi 23 juillet, les députés européens ont débattu les propositions économiques faites lors des négociations au Conseil européen. Après plus de trois heures de débats, les eurodéputés ont menacé de bloquer le budget 2021-2027, car il ne serait pas à la hauteur et devrait être revu.

Ambitions géostratégiques et commerciales

L’Union Européenne doit également garder sa place sur la scène internationale, notamment d’un point de vue commercial. Pour s’affirmer davantage et préserver son poids économique à l’étranger, les accords commerciaux entre l’Union Européenne et l’Empire du milieu sont essentiels. En effet, initialement prévu courant septembre 2020, le sommet entre l’Union et la Chine devait avoir lieu à Leipzig en Allemagne. Au cours de ce sommet devait être discuté et conclu un accord sur la protection des investissements, plus juste et transparent. A travers les différentes discussions avec Pékin, l’Union Européenne entend améliorer leurs relations qui ont été détériorées par, d’une part le manque de transparence pendant la pandémie de Covid-19, mais également lors des actions jugées contraires aux droits de l’Homme lors des manifestations à Hong-Kong.

Les termes d’un accord post-Brexit quant aux futures relations économiques entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne restent à définir. Le 7 juillet 2020, les négociations ont doucement repris entre Londres et Bruxelles, jusque-là mises en suspend pendant la crise sanitaire. La tâche s’annonce d’autant plus complexe que le Premier ministre britannique Boris Johnson a refusé de prolonger la période de transition allant jusqu’au 31 décembre 2020, laissant donc un laps de temps court aux deux camps pour éviter le “no deal”. Si aucun accord n’est trouvé, le Royaume-Uni devra suivre les règles de l’Organisation Mondiale du Commerce. L’Union Européenne craint alors une concurrence déloyale de la part du Royaume-Uni du fait des droits de douane élevés et de leurs contrôles poussés. La chancelière allemande met en garde contre la possibilité du no deal.

A la tête de la présidence au Conseil de l’Union Européenne, l’Allemagne a jusqu’au 31 décembre 2020 pour se tenir à son programme et tenter de renforcer l’Union Européenne. La situation économique et sociale que les Vingt-Sept sont en train de subir ne lui facilite pas la tâche, et la met face à une situation inédite.

Photo de couverture, crédits : Marcel Langthim, Pixabay.

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