Venezuela : un exode sans réponse régionale

D’après le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR), ce sont près de 4,5 millions de Vénézuéliens qui ont fui leur pays depuis 2015, un chiffre qui place le Venezuela juste derrière la crise migratoire syrienne. Même si les nombres traduisent l’ampleur des flux, l’exode vénézuélien reste encore assez peu évoqué en France et en Europe. Il constitue pourtant un cas majeur de migrations forcées.

Historiquement, l’inversion du solde migratoire vénézuélien s’opère au milieu des années 1990, puis s’accroît sous l’ère chaviste. L’émigration concerne alors principalement les Vénézuéliens qualifiés faisant partie des classes supérieures du pays. Voyant de mauvais augure l’arrivée du socialisme d’Hugo Chávez, ils partent s’installer aux États-Unis ou en Espagne. A partir de 2015, soit deux ans après la victoire de Nicolás Maduro aux élections présidentielles, l’émigration vénézuélienne prend un nouveau visage. Témoin du délitement de la stabilité politique et économique de leur pays, une partie de la classe moyenne emprunte donc les routes de l’immigration. Dès 2017, cet exode gagne peu à peu du terrain et s’intensifie massivement jusqu’à aujourd’hui. La progression des flux migratoires est concomitante à la paupérisation du peuple.

En effet, depuis plusieurs années, nous assistons aux déplacements massifs des classes populaires vénézuéliennes, en proie à une très forte précarité. La Colombie représente la première direction de ces flux migratoires et recense aujourd’hui un million et demi de réfugiés. La moitié d’entre eux serait, d’ailleurs, toujours en situation irrégulière. Au cours des derniers mois, environ 1 600 Vénézuéliens se présentent chaque jour aux frontières colombiennes. Le Pérou, l’Équateur, le Chili, l’Argentine, le Brésil et le Panama sont les autres points de chute des migrants en provenance du Venezuela. Il s’agit, en somme, d’une migration régionale se déployant sur l’ensemble du continent latino-américain.

Des dizaines de migrants vénézuéliens traversant la frontière du Rumichaca située entre la Colombie et l’Équateur

Le retrait du Venezuela des forums régionaux

Jusqu’à l’annonce de son plan « Retour dans la Patrie », Nicolás Maduro niait l’existence d’une crise migratoire vénézuélienne. « Il y a une volonté de transformer des flux migratoires normaux en crise humanitaire afin de justifier une intervention internationale au Venezuela. (…) Nous ne l’accepterons pas. » déclarait la vice-présidente Delcy Rodriguez. Nicolás Maduro ne se présente à aucun des forums régionaux pourtant consacrés au renforcement des mécanismes de coopération concernant les migrations en Amérique latine. Bien que le Venezuela soit le principal attendu, le chef bolivarien reste le grand absent de ces réunions. En parallèle, il annonce unilatéralement la mise en œuvre de son plan « Retour dans la Patrie » en août 2018. Ce programme propose aux émigrés vénézuéliens d’être rapatriés gratuitement dans leur pays d’origine. Ainsi, jusqu’à présent, près de 15 000 vénézuéliens ont déjà accepté d’embarquer à bord d’un avion à destination de Caracas.

Les migrants face aux difficultés administratives

Aujourd’hui, seule une infime partie des migrants bénéficie du droit d’asile et, donc, du statut de réfugié. Arrivés dans leur pays d’accueil, les vénézuéliens obtiennent, sur présentation de papiers d’identité nationaux, un tampon de 90 jours qui leur est délivré par l’Union des Nations Sud-Américaines (UNASUR). Mais, ce dernier ne les autorisant pas à travailler en situation régulière, ils doivent alors de nouveau demander un visa professionnel. Depuis quelques temps, dans les pays d’accueil, les discours aux accents sécuritaires pointant l’arrivée massive de migrants comme la cause de la saturation du marché de l’emploi gagnent en popularité. De leur côté, les gouvernements mettent en place des titres de séjour spécifiques, comme les visas humanitaires, qui ne leur donnent plus le droit de travailler. S’ils sont délivrés gratuitement, ils requièrent la présentation d’un passeport, dont l’obtention rapide au Venezuela a un coût prohibitif s’approchant des mille dollars.

Le primat d’une gestion individuelle de la crise

De par ces nouvelles mesures, on comprend que les pays latino-américains cherchent progressivement à fermer leurs frontières aux migrants pauvres. En même temps, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés appelait ces pays latino-américains, au printemps 2018, à reconnaitre les demandes d’asile des migrants vénézuéliens. Force est de constater que le statu quo l’emporte. Même si les États s’accordent à dénoncer l’ampleur de cette crise humanitaire, leurs discours anti-chavistes ne s’accompagnent pas de réelles politiques migratoires. Celles-ci achoppent systématiquement sur la reconnaissance du statut de réfugié. L’absence de politiques migratoires nationales démontre l’échec des tentatives d’élaboration d’une véritable coopération régionale. Les différents États réagissent encore de manière isolée. Néanmoins, seule une gestion collective de la crise pourrait leur permettre de prendre des engagements nationaux qui soient à la hauteur de son ampleur.

 

 

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