Wikipedia, un outil pédagogique mais aussi d’influence

Wikipédia est un formidable outil d’accès à la connaissance. Mais sa renommée et son fonctionnement en font une cible privilégiée et évidente pour ceux qui cherchent à influencer l’opinion.

Pour s’informer en un clic, Wikipedia est ce qui se fait de mieux. Mais l’application est aussi victime de son succès.

Une fiabilité remise en cause

Si certains apportent une vraie plus-value au contenu, d’autres l’utilisent à des fin moins « scientifiques ». Des centaines de millions d’utilisateurs utilisent chaque jour cet outil, dont le contenu peut être aisément modifié. C’est sur ce fonctionnement repose la pratique de l’« edit-a-thon ».

Mais, dès lors, ne paraît-il pas évident que cette pratique peut être utilisée à des fins moins louables ? Les auteurs potentiels pourraient aller d’individus peu scrupuleux à des gouvernements, dans le cadre d’opérations de « relations publiques ».

Internet a augmenté le nombre d’opportunités de manipulation, et diversifié leur nature. En témoigne son utilisation par des groupes terroristes à des fins de propagande, l’exemple le plus marquant étant probablement celui de l’Etat Islamique. Parmi les principaux intéressés, on trouve également la Russie, mais aussi les Etats-Unis, Israël, et finalement la plupart des pays qui peuvent se le permettre. L’Arabie Saoudite, quant-à elle, est connue pour déléguer certains aspects de sa propagande à des firmes spécialisées dans les « relations publiques », en particulier pour se laver de ses crimes de guerre et la violation des droits de l’homme.

Philip Cross : 130 000 éditions réparties sur 30 000 pages Wikipédia

Concernant Wikipédia, l’exemple de Philip Cross est édifiant. Une polémique a commencé à enfler autour de ce personnage il y a tout juste quelques mois. Avec ses quelques dizaines de milliers d’éditions réparties sur des dizaines de milliers de pages Wikipédia depuis son inscription en octobre 2004, il fait partie des 500 plus importants éditeurs sur Wikipédia.

Philip Cross modifie-édite les pages de journaux et d’activistes britanniques qui dénoncent les guerres menées par l’Occident dans les pays du Sud et la politique étrangère anglo-saxonne. Ainsi, George Galloway, l’un de ces activistes, a vu sa page Wikipédia éditée en tout presque 2000 fois par Philip Cross. Ce dernier représente à lui seul presque un cinquième du nombre total des modifications effectuées sur cette page.

Qui plus est, Philip Cross n’a pas manqué de qualifier plusieurs de ces activistes de crétins -« goons »- sur Twitter, ce qui peut continuer d’élever les soupçons sur un éventuel conflit d’intérêt.

Propagande et contre-propagande

Il n’en pas fallu davantage pour que des médias relayent l’info. C’est le cas de Russia Today et Sputnik, qui ne sont pas avares de critiques sur les ingérences occidentales. En l’occurrence, ils n’ont fait qu’être les porte-voix de Galloway et d’autres militants, victimes de diffamation ou du moins, il faut bien l’admettre, d’une opération visant à altérer leur image publique et les informations les concernant.

La réponse du camp adverse ne s’est pas fait attendre. Le journal israélien Haaretz a vigoureusement contre-attaqué. À défaut de traiter du fond du problème, l’article qualifie les protagonistes de « pro-russe » et  «d’anti-israélien » ou « d’antisémite ». Il précise par ailleurs, dédramatisant au passage l’activité du compte, que Philip Cross édite aussi très souvent la page du jazzman Duke Ellington. Un sujet bien éloigné de la politique, certes, mais qui n’occulte en rien le reste de l’affaire.

Le journal Haaretz suggère même la possibilité d’une opération psychologique. Non pour parler de Philip Cross, mais des protestations à son encontre. Puisque seuls RT et Sputnik ont daigné s’intéresser à cette histoire, ces protestations seraient le résultat d’une alliance entre l’extrême gauche anti-israélienne et le Kremlin ! On en oublierait presque les 130 milliers d’éditions signées Philip Cross… Ou encore que cette affaire a aussi attiré l’attention de la BBC, qu’on peut difficilement taxer de pro-russe.

Néanmoins, force est de constater que l’article de Haaretz lui-même conclue à un « fort biais anti-russe » de la part de Philip Cross, lequel édite « à une échelle presque inhumaine ». L’adage « ne croyez pas tout ce que vous lisez sur internet » semble bien vieillir, et continue de concerner des sites aussi fréquentés que Wikipédia, que beaucoup considèrent encore comme une source d’information suffisamment fiable et impartiale.

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