« Bulawayo Street Life », 13 septembre 2011. Crédit Julien Lagarde (Flickr).

Zimbabwe : le sexisme domine toujours

Les droits des femmes au Zimbabwe connaissent une évolution ambiguë depuis 2003. Le Journal International propose un bilan de ce processus d’émancipation peu diffusé.

D‘après le ministre de l’Enseignement primaire et secondaire Lazarus Dokora dans le quotidien d’État The Herald du 22 novembre 2016, près de 4 500 enfants ont quitté l’école pour un mariage précoce au Zimbabwe entre janvier et novembre 2016. Cela relativise l’importance du coup de tonnerre juridique provoqué en début d’année. Le 20 janvier 2016, la Cour constitutionnelle avait interdit le mariage des mineures. Malgré le régime de la loi coutumière, deux femmes ont saisi cette institution pour réduire le nombre de mariages forcés. En raison de la prégnance des rites religieux, l’âge légal du consentement pour les relations sexuelles est de 16 ans. Le chemin vers une société égalitaire entre hommes et femmes dans la société zimbabwéenne est encore parsemé d’obstacles.

Une mobilisation politique et associative non négligeable

Depuis une dizaine d’années, le gouvernement de Robert Mugabe, au pouvoir depuis 1980, a contribué à diminuer les discriminations les plus voyantes. Des réformes juridiques permettent, dans le cas d’un divorce, que les tribunaux divisent et distribuent équitablement les biens. Les veuves peuvent réclamer leur part successorale à la mort de leur mari, sur la base de leur contribution. Les femmes mariées ont la possibilité d’acquérir légalement des biens et des terres, sans avoir besoin du consentement de leur mari.

En 2003, les avancées juridiques des droits des femmes sont permises par la signature et la ratification du protocole de Maputo par le Zimbabwe. Ce protocole est un complément de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples, adoptée en 1981. Il affirme spécifiquement les droits des femmes en Afrique. Ces droits sont actuellement surveillés et défendus par des organismes internationaux tels que Amnesty International ou la Fédération internationale des Droits de l’Homme. Les organismes locaux sont les premiers à y contribuer, à l’image de Zimrights (« Zimbabwe Human Rights Association »). Fondée en 1992, cette organisation veille à ce que les citoyens zimbabwéens soient informés sur les droits de l’Homme et qu’ils soient habilités à les défendre.

Une difficile harmonisation de la loi coutumière et du droit

Malgré ces avancées, la justice zimbabwéenne peine à effacer toute forme de discrimination à l’égard des femmes. Le droit à l’avortement existe mais sa pratique est difficilement répandue au Zimbabwe. Cela est en partie dû aux conventions sociales et culturelles et au poids de la tradition patriarcale. Toutefois, l’inefficacité et la corruption du système juridique jouent aussi un rôle important.

Sur IPS Africa, la journaliste Nyarai Mundibu dénonce l’archaïsme des institutions judiciaires de ce pays avec l’affaire Mildred Mapingure. Cette jeune femme, violée par quatre hommes armés en 2005, est restée sans soins post-traumatiques et n’a pas pu avorter, faute d’autorisation. La loi zimbabwéenne autorise l’IVG (interruption volontaire de grossesse) seulement si la grossesse est dangereuse ou si elle est issue d’un viol. L’avortement doit être fait pendant le premier trimestre mais la procédure est longue et fastidieuse.

Les femmes font l’objet de nombreuses discriminations. Malgré la mobilisation financière de Zwla pour aider Mildred Mapingure, l’argent reste un élément primordial pour accéder à la justice. L’association vise au respect des droits des femmes pour faire face aux abus de pouvoir. Les représentants de la justice peuvent empêcher des IVG au profit de leurs convictions personnelles. La violence conjugale est condamnée par le gouvernement, mais il existe pourtant une taxe à payer par la femme si elle désire obtenir une ordonnance restrictive contre un mari violent.

Par ailleurs, l’amélioration des conditions de vie sociale et juridique des homosexuels est loin d’être envisageable. Le gouvernement mène des campagnes contre les personnes LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres). Il a promulgué des lois depuis 2006 pour criminaliser toute action perçue comme homosexuelle.

Une First Lady qui fait exception

Grace Mugabe, l’épouse et la secrétaire du président Robert Mugabe, a déclaré le 21 novembre 2015 que les femmes portant des mini-jupes ne peuvent se plaindre en cas viol, même si « c’est malheureux ». Elle assume cette provocation politique en indiquant que les « cuisses libres attisent les fantasmes ».  Sa position va à l’encontre de son mari, qui dit considérer le viol comme une « sérieuse préoccupation ».

Robert Mugabe a laissé son épouse faire une campagne pour l’expulsion de Joic Mujuru, ancienne vice-présidente et potentielle concurrente à sa succession au pouvoir. Surnommée « Gucci Grace » ou encore la « First Shopper of Zimbabwe », elle est connue pour ses goûts de luxe très prononcés. Elle s’est également fait connaître pour ses ventes illégales de diamants et ses acquisitions de fermes agricoles et d’entreprises nationales. Représentante de la section féminine de l’Union nationale africaine du Zimbabwe – Front patriotique, le parti au pouvoir fondé par son mari, l’avenir de la première dame zimbabwéenne semble tracé. « Je suis la femme du Président, je suis le Président… je planifie et fais tout avec le Président. Que voulez-vous de plus ? » a-t-elle déclaré récemment.

Le processus d’acquisition et d’application de l’ensemble des droits des femmes au Zimbabwe n’est donc pas achevé. Les discriminations sociales et institutionnelles à l’encontre des femmes sont toujours présentes. Les libertés individuelles tendent tout de même à se diffuser et à s’imposer en tant que normes sociales.

Photo de bannière : « Bulawayo Street Life », 13 septembre 2011. Crédit Julien Lagarde (Flickr).

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