2021 : Adieu la menace nucléaire ?

Le 22 janvier 2021 restera une date historique, celle de la condamnation de l’arme nucléaire. Le Traité sur l’Interdiction des Armes Nucléaires (TIAN) est enfin ratifié par 50 États, condition pour son entrée en vigueur. Ce traité rend illégales la possession, la fabrication et la menace de l’utilisation de l’arme nucléaire. Malheureusement, si ce traité semble historique, son application reste pour le moins dérisoire.

En effet, l’interdiction garantie par ce traité est uniquement applicable à tous les États signataires. De plus, il est à noter que les 9 États dotés de l’arme nucléaire ont refusé ce traité dès le début. Il va pourtant de soi qu’une interdiction n’est efficace seulement si elle n’admet aucune exception à quelque titre que ce soit. Les gouvernements américain, russe, britannique, français, chinois, indien, pakistanais, nord-coréen et israélien défendent la paix par la dissuasion nucléaire. En face, la communauté civile internationale ainsi que les Organisations Non-Gouvernementales tentent péniblement de faire avancer la dénucléarisation.

Des efforts persévérants de la société civile

Cet accord est le résultat de plusieurs dizaines d’années d’efforts de la société civile. Cette communauté s’est rassemblée au sein de la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires (ICAN). L’organisation a notamment été récompensée par le prix Nobel de la paix en 2017. Suite à cette initiative du TIAN, le Secrétaire Général des Nations Unies a salué le travail de la société civile. Antonio Guterres souligne ainsi que l’entrée en vigueur est « un hommage aux survivants des explosions et des essais nucléaires, dont beaucoup ont plaidé en faveur de ce traité ».

Ce traité bénéficie au Japon du soutien des hibakusha, les survivants des bombes atomiques de Hiroshima et Nagasaki. Ces japonais se sentent trahis par leur gouvernement qui préfère bénéficier du parapluie nucléaire américain. En effet, le Japon est piégé entre deux puissances nucléaires adversaires des États-Unis. On trouve d’un côté l’expansionnisme nucléaire de la Chine, et de l’autre côté la volonté nord-coréenne de renforcer leur arsenal. Le journal japonais Asahi Shimbun écrit ainsi : « Le TIAN interdit aussi qu’un État défende un autre avec une arme atomique. Cette clause ne convient pas à Tokyo ».

Ce refus de l’unique État victime de bombardements nucléaires déçoit ses citoyens, et en particulier les hibakusha. Setsuko Thurlow, militante de l’ICAN, a publié une lettre à l’intention du Premier ministre japonais pour manifester son incompréhension. Elle explique ainsi : « Je fais partie des hibakusha qui luttent depuis plus de soixante-dix ans pour la suppression des armes nucléaires, je me sens trahie ».

« Ce texte résulte d’une volonté dangereuse et naïve »

Les puissances nucléaires ont refusé ab initio ce traité interdisant l’arme nucléaire. Selon elles, le Traité de Non-Prolifération (TNP) est l’unique accord permettant d’encadrer la paix et la limitation de l’arme nucléaire. De fait, le TNP, entré en vigueur en 1970, a la qualité d’être quasi universel. Aujourd’hui, seuls l’Inde, le Pakistan, Israël, le Soudan du Sud, ainsi que la Corée du Nord n’y sont pas parties. Néanmoins, contrairement au TIAN, cet accord est discriminatoire. Il permet à certains États de posséder l’arme nucléaire. Les membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies, garants du respect du maintien de la paix, sont privilégiés. Ces restrictions témoignent du caractère hégémonique de l’arme nucléaire.

Ces puissances nucléaires préfèrent ainsi expliquer que la paix dépend de la dissuasion nucléaire. Cet argument justifie leurs programmes de modernisation de leurs arsenaux nucléaires, et donne au TNP toute sa légitimité. Le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov a ainsi déclaré au sujet du TIAN : « Ce texte résulte d’une volonté dangereuse et naïve voulant imposer l’abandon des armes atomiques aux États qui en disposent ». En effet, le TIAN, créé par la société civile, ne peut convenir à la politique de défense de ces gouvernements. Aujourd’hui, leur ratification s’avère impossible.

Vers un abandon progressif de l’arme nucléaire ?

L’investiture du démocrate Joe Biden à la tête des États-Unis pourrait faire basculer la politique nucléaire américaine. Si le républicain Trump prônait la paix par la force, Biden a déjà déclaré qu’il ferait « des efforts pour abolir les armes nucléaires ». Le journal Asahi Shimbun explique même : « De fait, il reprend la ligne de Barack Obama, aux côtés duquel il a officié comme vice-président, qui prônait la réalisation d’un monde sans armes nucléaires ».

De plus, l’ICAN a affirmé la volonté de ses militants d’obtenir la ratification du TIAN par 100 pays d’ici 2024. Cette ratification massive du traité démontrerait aux puissances nucléaires la volonté de la communauté internationale d’abandonner cette arme. Dans le même temps, les 5 membres permanents expliquent que « la seule solution réaliste vers le désarmement consiste à cheminer étape par étape ». La dissuasion nucléaire, toujours d’actualité, connaitra peut-être son abolition d’ici quelques dizaines d’années.

 

Photo de couverture : Des militants du groupe d’action directe Rise and Resist basé à New York et de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN) sont descendus dans la rue pour annoncer l’entrée en vigueur du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires le 22 janvier 2021 © Erik McGregor/Sipa USA

Photo 2 : Essai d’arme nucléaire, WikiImages

Vous aimerez aussi