Colonialisme européen : trop vite oublié ?

Le monde fait face aujourd’hui à un contexte social tendu. Depuis la mort de George Floyd, aux États-Unis comme à l’international, les rues se remplissent de manifestants qui luttent contre le racisme et les violences policières. Par des manifestations pacifiques, vandalisant des statues des personnalités coloniales, ils dénoncent un colonialisme toujours présent dans le monde. En Belgique, en France, aux États-Unis, en Espagne… Des nombreux peuples partout dans le monde tentent de reconstruire leur histoire, une histoire où tout le monde est accepté.

Récemment, le terrible meurtre de George Floyd aux mains de la police du Minneapolis a ému les sociétés du monde entier. Les manifestations Black Lives Matter ont envahi les espaces publics pour lutter contre le racisme et les violences policières. Lors de ces manifestations, certains groupes ont vandalisé des statues emblématiques des personnalités coloniales. Certains pensent que ces statues n’ont pas leur place dans les lieux publics et que c’est un symbole du colonialisme toujours présent aujourd’hui. Des statues de Churchill, Edward Colston, Christophe Colomb ou le roi Léopold II ont été, entre tant d’autres, vandalisées au cours de ces manifestations. Celles-ci ont soulevé des débats, les questions sur le racisme et le colonialisme qui depuis des années des associations, notamment, tentent de parler.

Il y a seulement quelques semaines, en Belgique, 5 femmes: Léa, Monique, Noëlle, Simone et Maria-José, portent plainte contre l’État pour “crime contre l’humanité”. Ces 5 femmes originaires du Congo ont subi ce que le Belgique faisait à cette ancienne colonie durant l’époque coloniale. Ce n’est pas un cas exceptionnel, depuis des années, des nombreux pays essayent de “guérir” les blessures du passé en exigeant des excuses aux États responsables. Aujourd’hui les questions à se poser sont: L’époque coloniale a-t-elle été si vite oubliée? Les pays responsables ont-ils été à la hauteur pour réparer les dommages? Ces chefs d’États, sont-ils les responsables et doivent-ils demander des excuses?

Belgique

“Ces enfants de la honte”

Mercredi, 24 juin, Léa, Monique, Noëlle, Simone et Maria-José, portent plainte contre la Belgique pour “crimes contre l’humanité”. Ces 5 femmes congolaises sont nées dans les années 1945-1950, une époque où la Belgique contrôlait le Congo. Filles de mère congolaise et père colon, elles ont été enlevées de leur mère et sont mises sous la tutelle de l’État, dans des institutions religieuses belges. Leur histoire est semblable à celles de milliers de Congolais qui ont vécus cette époque. Dans une interview pour TV5Monde, chaîne de télévision francophone, elles expliquent brièvement ce qu’elles ont vécu. Dans ces institutions, ces couvents, les filles se font violer et violenter par certaines milices congolaises. Alors que quelques-uns sont envoyés en Belgique, où ils auront des chances de se faire adopter, d’autres restent dans ces couvents. Malheureusement, le sort de la majorité qui se fait adopter n’est pas brillant. La plupart sont traités comme esclaves, il existe des cas exceptionnels où des enfants étaient scolarisés et bien traités.

Cinq métisses assignent l'État belge en justice

Ces cinq femmes, nées de pères blancs et de mères noires durant la colonisation, attaquent l’État belge en justice. Elles demandent des dédommagements et la reconnaissance pour crimes contre l’humanité. ➡️ avec Le Vif

Publiée par RTBF Info sur Jeudi 25 juin 2020

Actuellement, 4 d’entre ces 5 femmes ont la nationalité belge et 1 seule la française. Aujourd’hui, elles réclament une reconnaissance officielle de ces faits, dont une simple excuse ne suffirait pas pour oublier tout ce que ces personnes ont subi. Il y a seulement quelques jours, le Congo fêtait ses 60 ans d’indépendance. Pour l’occasion, une lettre a été adressée au Président du Congo, Félix Tshisekedi, pour cet anniversaire d’indépendance du pays, le roi, Philippe de Belgique, a présenté ses regrets pour tout ce qu’ils ont subi. Une première pour le roi, mais il s’agit d’une excuse dont certains ne se contentent pas. Dans la lettre, le roi s’exprime ainsi: “À l’époque de l’État indépendant du Congo, des actes de violence et de cruauté ont été commis, qui pèsent encore sur notre mémoire collective. La période coloniale qui a suivi a également causé des souffrances et des humiliations. Je tiens à exprimer mes plus profonds regrets pour ces blessures du passé dont la douleur est aujourd’hui ravivée par les discriminations encore présentes dans nos sociétés. Je continuerai à combattre toutes les formes de racisme. J’encourage la réflexion qui est entamée par notre parlement afin que notre mémoire soit définitivement pacifiée.”

Malgré ces regrets, la presse n’hésite pas à remarquer que le roi ne s’excuse pas, il le regrette, et que des mots n’aideront pas à guérir les blessures subies il y a des années. Ces 5 femmes pensent que ces excuses sont insuffisantes. Des associations, des avocats et des nombreuses personnes soutiennent et militent activement pour cette cause, pour une reconnaissance officielle des faits ainsi qu’une indemnisation. Elles veulent une réparation morale et physique : 50.000€ par tête réclame une de leurs avocates, Michèle Hirsch. Sur RTBF, radio et télévision belge francophone, l’avocate explique que les blessures sont irréparables, mais qu’en exigeant des comptes à l’État, ils réagiront sur la cause: “Elles demandent une somme provisionnelle de 50.000€. Ce qu’elles ont vécu est irréparable. Toute leur vie a été brisée par l’État belge. Elles ont donc besoin d’une réelle prise en compte de ce qui leur est arrivé, d’une politique raciale menée par la Belgique et qui s’inscrit encore aujourd’hui dans notre société (…) L’idéal, ce serait que le parlement se saisisse de cette situation et prévoit une loi qui permette aux victimes de postuler pour une réparation. Mais l’État ne fait rien, 60 ans après les indépendances. Donc on est obligé de citer l’État pour le pousser à faire quelque chose.”

Témoins de première main des violences, ils cherchent un changement pour qu’enfin cette histoire puisse en finir. L’assassinat de l’ex Premier ministre congolais, Patrice Lumumba en 1960, qui a été élucidé près de 40 ans après, montre l’importance que cette reconnaissance des faits devrait avoir. Pour enfin éclaircir les mystères et mettre sous la lumière du jour les violences que les Congolais ont subi pendant des années. D’autres personnalités politiques s’excusent aussi publiquement, comme à l’époque le Premier ministre belge et actuel Président du Conseil européen, Charles Michel. En 2019, le Premier ministre s’excuse publiquement sur la ségrégation des années coloniales, où des milliers d’enfants métisses ont vécu des atrocités. “L’État belge a posé des actes contraires au respect des droits humains fondamentaux. C’est pourquoi au nom du gouvernement fédéral, je reconnais la ségrégation ciblée dont les métisses ont été victime sur l’administration coloniale du Congo belge et du Rwanda et Burundi jusqu’en 1962 et pour donner suite à la décolonisation, ainsi qu’à la politique des enlèvements forcés y afférente. Au nom de l’Union fédérale belge, je présente mes excuses aux métisses issus de la colonisation, à leurs familles, pour les injustices et les souffrances qu’ils ont subi.”

L’importance de l’éducation

Lors des manifestations Black Lives Matter, des statues de personnages historiquement coloniaux ont été vandalisées. En Belgique, une statue du roi Léopold II a été retirée, des plaques et d’autres statues ont été vandalisées. Le buste du roi Baudouin a été teint de peinture rouge, symbole du sang des Congolais. Le groupe d’activistes belges “Réparons l’histoire” demandent le retrait de toutes les statues et plaques des colons, notamment du roi. “Il y a trop de symboles du colonialisme à Bruxelles. Cela fait des années que l’on milite et qu’on essaie de se faire entendre par rapport à cela. On a l’impression de prêcher dans le désert, de dire des choses et qu’on ne nous écoute pas.” a déclaré une activiste à la RTBF. Cette opinion n’est pas totalement partagée, d’un autre côté, certains pensent que ces statues ne sont pas des symboles à idolâtrer, mais un souvenir de l’histoire. Ainsi que comme pour certains, des excuses ne sont pas suffisantes, pour d’autres, celles-ci ne devraient pas avoir lieu. L’opinion publique est très diverse et ne semble pas être prête à être unanime.

En Belgique, la discussion sur le colonialisme n’a pas entièrement été abordée, problème de l’éducation. Actuellement, les élèves belges ne sont pas obligés de connaitre l’histoire de la colonisation belge au Congo, sauf les élèves des filières techniques et professionnelles, rapporte La Dernière Heure, quotidien belge. Un projet de texte des nouveaux objectifs de fin d’études secondaires en histoire prévoit l’insertion obligatoire de l’histoire coloniale dans les programmes scolaires. Une conférence dans l’université Saint-Louis à Bruxelles, où 400 rhétoriciens de la Fédération Wallonie-Bruxelles ont été accueillis et ont parlé du colonialisme. Lors de cette conférence, la curiosité des élèves est vive, et demandent d’étudier le colonialisme dans leurs études. La ministre de l’Éducation en Fédération Wallonie-Bruxelles, Caroline Désir, soutien cette l’idée d’enseigner l’histoire coloniale à tous les élèves, sans faire la différence entre les filières. “Ce n’est pas que l’histoire du Congo ou de la colonisation se fait de façon maladroite sur base de références dépassées, c’est surtout que cette histoire est trop souvent ignorée. La plupart des élèves n’entendent pas parler de la colonisation belge au Congo ni des mécanismes d’exploitation et de domination. Nous ne pouvons plus tolérer cette lacune.”

Allemagne

Tirer un trait sur le passé ?

L’Allemagne voit son passé colonial sous un regard réprobateur, notamment après l’holocauste, le pays a imposé des règles et une éducation stricte sur la mémoire nationale. Malgré leur exigence, les familles des victimes du premier génocide du XXème siècle n’ont toujours pas reçu un mot de la part de l’Allemagne. Entre 1904 et 1908, en Namibie, 80% des Héréros et 50% des Namas ont été exterminés dans des camps de concentration, aux mains des colons allemands. À cette époque, où les grandes puissances européennes se partageaient le 90% du territoire africain, l’Allemagne avait déjà pris en possession certains pays. Les peuples originaires, révoltés des violences qu’ils subissaient de la part des colons, se sont rebellés contre les forces de l’ordre allemandes au moment des faits. Un réel génocide est arrivé pendant ces 4 années, où une grande partie de la population de ce pays a été exterminée. Le gouvernement a seulement reconnu les faits en 2004, mais aucune mesure n’a été adoptée pour les victimes et leurs familles. En 2018, pour la troisième fois, l’Allemagne restitue des restes humains, volés et emmenés dans le pays pour les utiliser pour des investigations scientifiques. La Namibie attend toujours des excuses et une indemnisation économique, ce que Berlin refuse catégoriquement. Malgré avoir reconnu les faits, la ministre namibienne de la Culture rappelle ce que son pays souhaite : “Des réparations, une reconnaissance et des excuses.” L’Allemagne ne semble pas intéressée et fin juillet 2016, l’État allemand demande à New York de cesser la procédure judiciaire engagée par les Namas et les Héréros.

L’éducation allemande sur le colonialisme reste floue sur certains passages de l’histoire. Bien que le génocide juif soit ancré dans les mémoires, certains passages sur le colonialisme allemand et les empires européens ne sont pas évoqués au complet, et les élèves sortent des classes sans vraiment savoir. Mais, ce n’est pas seulement une question d’enseignement, sinon de disparités entre les États fédéraux, où une politique sur l’éducation, commune, est plus difficile à adopter. Pour cela, des initiatives comme des expositions sur le colonialisme sont en train d’apparaître, pour réussir une éducation antiraciste et complète. Une première pour l’Allemagne, il y a seulement quelques années, en 2016 et 2017, le musée de l’histoire allemande à Berlin a organisé une exposition sur le colonialisme. Jakob Vogel, historien et directeur du centre Marc Bloch à Berlin, pense que ces initiatives pédagogiques sont excellentes pour apprendre sur le passé colonial. “Il y a seulement quatre ans, en 2016 et 2017, pour la première fois, une exposition au musée de l’histoire allemande à Berlin a eu lieu sur le colonialisme allemand, une première étape en quelque sorte de ce travail de mémoire. Et c’était clair que pour un certain public, c’est une histoire mal connue.”

La question de la race toujours présente?

L’Allemagne a reconnu les faits de répression, entre autres, dont elle a été responsable. L’Holocauste, fait plus aussi récent, est toujours ancré dans la mémoire nationale et celle de tous les résidents qui ont, peut-être, été témoins. L’Allemagne, responsable du génocide des Juifs, cherche à éduquer sa jeunesse. Les élèves âgés de plus de 15 ans sont obligés de visiter un camp de concentration. Le Président du Conseil central des Juifs d’Allemagne, Josef Schuster, explique cette obligation dans une interview pour le quotidien allemand Neue Osnabrücker Zeitung : “La théorie et les cours, c’est une chose, l’expérience concrète sur place, appréhender de façon plastique, c’en est une autre.” L’extermination juive aux mains des nazis n’a pas été reconnue dès la fin de celle-ci. Il faudrait quelques décennies pour que ce soit enseigné dans les écoles et qu’il y ait une reconnaissance officielle. En 1970, le chancelier, Willy Brandt, s’agenouille devant le mémorial du ghetto de Varsovie en Pologne. Dans les débuts des années 2000, l’Allemagne fait face à un sentiment de culpabilité et de reconnaissance des faits, ainsi des musées et des mémoriaux s’ouvrent dans le pays. Cependant, l’opinion publique s’est dégradée ces dernières années. Selon une étude de la fondation Bertelsmann en 2015, lors du 70ème anniversaire du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, ils analysent la relation allemande-israélienne, avec une phrase simple, des centaines de personnes ont partagé leurs avis et démontrent les divergences de pensée. Voici la phrase: “Nous devrions nous occuper des problèmes actuels que des crimes contre les Juifs, qui ont été il y a plus de 60 ans.”, 37% d’Allemands considèrent “tout à fait exacte” cette affirmation contre un 27% des Israéliens (les interviewés étaient seulement de confession juive). Dans cette même logique, un 55% des Allemands pensent qu’il faudrait accepter le passé et “tirer un trait dessus” contre un 22% des Israéliens. Cela montre l’évolution de l’opinion publique sur le passé. Une partie des Allemands pensent que cette partie de l’histoire est assez regrettée et qu’ils devraient passer à autre chose.

Récemment, lors des manifestations des Black Lives Matter, le peuple dénonce la Constitution. Dans l’article 3 de l’alinéa 3 de celle-ci, “Nul ne doit être discriminé ni privilégié en raison de son sexe, de son ascendance, de sa race, de sa langue, de sa patrie et de son origine, de sa croyance, de ses opinions religieuses ou politiques. Nul ne doit être discriminé en raison de son handicap.” Les citoyens réclament la suppression du mot “race” de la Constitution puisqu’il serait utilisé comme moyen d’identification de personnes et, depuis 1949, avec La Loi Fondamentale, ils essayent de lutter pour la suppression de toute référence aux races. Malgré le manque d’excuses de la part de l’Allemagne, des nombreuses associations allemandes encouragent les pays anciennement colonisés à rejoindre le débat. C’est le cas de la Tanzanie, qui exigeait des excuses et des réparations pour les violences subies en 1905, une demande qui n’a pas abouti à son objectif en 2017. Cependant, l’Allemagne s’est excusée publiquement pour l’Holocauste nazi et les violences faites aux Polonais et aux Juifs. En 2019, le Président fédéral de l’Allemagne, Frank-Walter Steinmeier, s’excuse publiquement envers les Polonais pour les atrocités vécues il y a maintenant 81 ans. “Je baisse ma tête devant les victimes qui ont souffert la tyrannie allemande et je demande pardon. On ne l’oubliera jamais.” L’Allemagne voit, depuis quelques années, une montée du racisme, alors que de plus de victimes de ces violences réclament justice. S’excusera-t-elle des violences faites aux résidents des anciennes colonies ou l’ignorera-t-elle? À ce jour, aucune mesure ni excuse publique a été faite envers les victimes.

Italie

Un passé oublié

Alors que dans le monde, les manifestations contre les violences policières et le racisme s’emparent des rues, s’attaquant à des statues des personnages historiques, symboles du colonialisme, l’Italie réagit différemment. Le 14 juin, la statue d’Indro Monatelli, célèbre journaliste, connu aussi comme un important intervenant de l’époque coloniale, qui se porta volontaire dans la guerre coloniale en Érythrée, où il acheta la femme qu’il allait épouser. Le 14 juin, aux mains du groupe “Rete Studenti Milano e Lume”, se présentant comme un groupe d’étudiants universitaires, la statue a été vandalisée. Sur le piédestal, le groupe avait tagué les mots “raciste” et “violeur”, tout en continuant de jeter de la peinture rouge, symbole du sang des victimes. La statue a été très vite lavée et, à l’opposé d’autres pays, elle ne va pas être déboulonnée. Tout de même, l’organisation demande que celle-ci soit retirée. “Un colonialiste qui a fait de l’esclavage une part importante de son activité politique ne peut et ne doit pas être célébré sur la place publique.”, se justifient-ils sur les réseaux sociaux. L’opinion publique est divisée, mais ce n’est pas le sujet principal en comparaison à d’autres pays. Selon Le Figaro, les habitants sont indignés, ils ne pensent pas que le déboulonnage d’une statue puisse changer le passé, ainsi que le colonialisme c’est de l’histoire passée ou que c’est un acte “absurde”. “C’est absurde d’être contre les gens qui ont construit l’histoire de l’Italie et l’histoire en général” ou “Il y a eu des épisodes un peu discutables, mais quand il était très jeune et dans un contexte historique très particulier. Cela ne justifie pas un acte aussi laid.” avec des arguments de ce type, certains habitants condamnent cette dénonciation.

Le débat sur le colonialisme en Italie a été souvent ignoré ou seulement quelques aspects (bénéfiques) ont été abordés, comme le professeur Mario Di Gianfrancesco, grand spécialiste des questions internationales à la Sapienza de Rome, le démontre. “La colonisation italienne n’a rien à voir avec celle de la France ou du Royaume-Uni. Nous avons largement contribué au développement économique et culturel de l’Éthiopie et de la Libye. À part que quelques épisodes violents, je ne pense pas que nous ayons à faire notre mea culpa sur le sujet.” Malgré cela, en 2008, Silvio Berlusconi, chef du gouvernement à l’époque, visite la Libye et s’excuse publiquement. “Il est dans mon devoir en tant que chef du gouvernement, de vous exprimer, au nom du peuple italien, notre regret et nos excuses pour les blessures profondes que nous vous avons causées” s’exprime Berlusconi. De l’autre côté, Mouammar Kadhafi, ancien guide de la Révolution, annonce: “Il s’agit d’un moment historique durant lequel des hommes courageux attestent de la défaite du colonialisme.” Une excuse très suspecte et critiquée puisque Berlusconi a conclu des accords d’amitié et de coopération avec la Libye pendant son séjour. Dans le jardin d’un ancien palais du gouverneur italien de Benghazi, le chef du gouvernement italien et le Guide de la révolution libyenne signent l’accord. Dans cet accord, l’Italie s’engage à payer les dédommagements causés : 5 milliards de dollars, soit 3,4 milliards d’euros dans une période de 25 ans. Cette somme sera utilisée pour l’infrastructure du pays, comme une autoroute qui de la frontière tunisienne à la frontière égyptienne.

La valeur de l’éducation

Le débat sur le colonialisme ne s’est pas imposé autant que dans d’autres pays, certains pensent que ce serait la faute de l’éducation. Dans le journal français La Croix, Igiaba Scego, écrivaine italienne d’origine somalienne l’explique: “Cette lourde histoire est absente de la mémoire collective, elle ne fait pas partie des programmes scolaires.” Bien que certains de ses livres fassent partie des lectures obligatoires à l’école, la connaissance générale sur le colonialisme reste vague selon elle. Dans une tribune pour Le Monde, journal français, Igiaba Scego, dénonce l’attitude de l’Italie face au colonialisme : “Les méfaits coloniaux ont été nombreux, mais le crime le plus grand a été l’oubli dans la parole officielle.” Avec des mots forts, elle dénonce ouvertement l’Italie, pays qui critiquait les autres États sur leur passé colonial. Ainsi, l’opinion publique sur le colonialisme est diverse, mais cette éducation de l’histoire se ferait plus par curiosité, en dehors des salles de classes. L’histoire du génocide juif ainsi que le pouvoir de Mussolini est très étudié et reste gravé dans la mémoire de tous, notamment de ceux qui ont vécu les faits. En novembre 2018, une exposition appelée “1938, l’humanité niée” voit le jour en Italie. Dans celle-ci, les lois raciales du fascisme sont exposées. Une exposition qui montre à la société le sort des milliers de Juifs déportés et comment était la vie en Italie sous le pouvoir de Mussolini. Liliana Segre, Juive italienne survivante des camps de concentration allemands, fait part de sa connaissance dans de nombreuses écoles italiennes, mais depuis 2018, le Président Sergio Mattarella l’a nommée sénatrice à vie pour son implication dans l’éducation des jeunes Italiens. Comme beaucoup le dénoncent, l’Italie oublierait certains passages de son histoire et ceci est apercevable dans les programmes scolaires, mais certains étudiants, comme le groupe “Rete Studenti Milano e Lume” s’informent par leurs propres moyens.

L’Italie était un empire colonial puissant dont il a été responsable de milliers de morts et répressions, pendant plusieurs années. Des pays comme la Somalie, la Libye ou l’Érythrée, ont subi des années de violences de la part des colons italiens. Ces pays, mise à part la Libye, n’ont pas reçu d’excuses officielles ni de dédommagements pour les violences causées. Alors que dans le contexte actuel et depuis quelques années, les chefs d’État présentent une reconnaissance officielle envers les victimes et les violences causés, l’Italie n’a pas réagi. Seule la Libye a reçu une reconnaissance officielle des faits. Serait-ce faute de l’éducation ou de la mentalité des personnes politiques ? L’Italie voit aujourd’hui une partie de sa jeunesse emportée par la lutte contre le racisme et tente, par leurs propres moyens, de “régler l’histoire”. Une opinion qui n’est pas entièrement partagée par la société.

Royaume-Uni

Face à son passé colonial

Aujourd’hui, le Royaume-Uni revoit son histoire. Lors des manifestations des Black Lives Matter, des statues ont aussi été vandalisées. Le 11 mars 2020, YouGov, groupe international d’analyse et de donnés de recherche, publie un sondage sur l’histoire coloniale effectué envers 8 anciens empires : le Royaume-Uni, la France, l’Italie, l’Espagne, la Belgique, le Japon, les Pays-Bas et l’Allemagne, pour cette dernière elle se réfère seulement à l’empire allemand de 1871-1918. Dans le contexte actuel, les résultats impressionnent un grand nombre de personnes. Un quart des Britanniques sondés (27%) souhaitent posséder, à nouveau, un empire. Dans ce sondage, des questions sur les effets, positifs ou négatifs, de la colonisation ont été aussi posées. Le pourcentage de Néerlandais qui déclarent être fiers de leur histoire coloniale dépasse les atteintes de certains, 50% des sondés clament cette réponse contre 37% disant qu’ils ne sont ni fiers ni honteux et un 6% qui pense que l’empire est une chose dont ils doivent être plus honteux que fiers.

L’histoire coloniale du Royaume-Uni a un vaste passé de violences et répressions envers ses pays colonisés. Des pays comme l’Inde, les États-Unis, le Canada, l’Australie, l’Égypte ou l’Afrique du Sud, ont subi les violences de celui-ci. Le Royaume-Uni devrait-il s’excuser de son passé? Des nombreux pays se sont posés cette question, mais aucune réponse unanime a été accordée à ce jour. Malgré cela, des politiciens se sont excusés publiquement, comme l’ancien Premier ministre David Cameron en 2006 face à Nelson Mandela, l’icône de la lutte contre l’apartheid. En 2013, après des années de combats judiciaires, l’ambassadeur britannique reconnait publiquement la responsabilité du Royaume-Uni pour les répressions subi à l’époque coloniale et s’excuse. En 2018, cette question resurgit à nouveau à l’approche du sommet des chefs d’États et de gouvernements d’États membres du Commonwealth. Emily Thornberry, membre du Parlement du Royaume-Uni et à l’époque, cheffe de la diplomatie sous Theresa May exige à cette dernière le repenti du pays auprès des anciennes colonies, ainsi que des excuses provenant de la Reine pour avoir ignoré les efforts des autres pays pour mettre fin à l’apartheid. Elle dénonce aussi la politique menée par Margaret Thatcher dans les années 1980. “Je voudrais qu’elle commence par dire désolé aux autres chefs du gouvernement non seulement pour le tort causé aux Chagos insulaires, mais pour les actions de Margaret Thatcher dans les années 1980.” En 2017, 33 pays du Commonwealth voulaient envoyer la Grande Bretagne à la Cour internationale de justice pour l’affaire des Îles Chagos. En effet, Royaume-Uni, après la déportation des populations indigènes, avait loué le territoire aux États-Unis pour installer une base militaire. Ces résidents n’ont plus eu le droit d’y retourner. Cependant, le 22 mai 2019 à l’Assemblée générale de l’ONU, de nombreux pays ont demandé au Royaume-Uni de rendre l’archipel des Chagos à l’île Maurice. Le pays avait comme délai jusqu’à novembre 2019, mais il n’a pas été respecté. Le Premier ministre mauricien qualifie la Grande Bretagne comme “un occupant colonial illégal”, l’ONU prend aussi la parole face à la désobéissance de celle-ci. “La Grande Bretagne, vous vous comportez de façon épouvantable, c’est encore du colonialisme, rendez-le.” déclarent-ils. Des sanctions sont à prévoir. Le scandale Windrush a obligé Theresa May a donné des explications sur la politique d’immigration sous son ministère.

En 2013, Colonialism Reparation, mouvement pour la condamnation, la réconciliation, les excuses et les dédommagements du colonialisme, demande que le Royaume-Uni présente ses excuses et des dédommagements à l’Inde pour la période du colonialisme et le massacre de Jallianwala Bagh. En février 2013, alors que le Premier ministre britannique David Cameron visitait le monument en hommage aux morts de Jallianwala Bagh, il a reconnu que cet événement a été catastrophique pour l’histoire anglaise, mais il ne s’est pas excusé ni annoncé un quelconque dédommagement que l’organisation demande.” Le lendemain, Cameron déclare que son pays ne rendra pas le diamant Koh-le-Noor, alors que depuis des années, l’Inde demande sa restitution. En 2006, David Cameron rencontrait Nelson Mandela. Il a visité le musée d’histoire à Soweto et a été impressionné des faits. Quelques jours plus tard, le ministre écrit un article dans l’Observateur, journal d’origine française, pour contester les propos tenus par Mme.Thatcher et s’excuser publiquement. “Les erreurs commises par mon parti dans le passé en ce qui concerne les relations avec l’ANC et les sanctions contre l’Afrique du Sud rendent d’autant plus important de les écouter maintenant (…) Le fait qu’il y ait tant de choses à célébrer dans la nouvelle Afrique du Sud n’est pas en dépit de Mandela et de l’ANC, c’est à cause d’eux et nous, les conservateurs, devons le dire clairement aujourd’hui.”

“Il y a des parts de notre histoire dont nous ne sommes pas fiers”

L’éducation anglaise pourrait déterminer cette “romantisation” qu’une part des Britanniques ont sur l’empire colonial. Des professeurs ont partagé leur expérience dans l’enseignement de l’histoire aux enfants et expliquent que celle-ci est “whitewashed” (sous une vision blanche). Alors que les enseignants demandent une plus large variété de récits (pas seulement d’anciens colons ou des hommes blancs) les politiciens conservateurs répondent que l’histoire coloniale a des bonnes parties et qu’enseigner les mauvaises parties feraient que les enfants auraient honte de leur pays. Dans un article publié par The Conversation, journal indépendant australien, Deana Heath, Maître de conférences en histoire indienne et coloniale à l’Université de Liverpool, explique que ses élèves portent un réel intérêt pour l’histoire coloniale et, qu’au contraire des arguments présentés par ces politiciens, connaitre l’histoire entière du colonialisme les a aidé à connaître leur place dans le monde.  “Comme mes propres élèves me l’ont dit, être capable d’interroger des histoires difficiles telles que l’histoire de l’empire, d’explorer les innombrables connexions entre les gens dans différentes parties de la planète, ou d’étudier les écrits des penseurs et acteurs indiens leur a donné une meilleure compréhension d’eux-mêmes et de leur place dans le monde. Ou, comme l’a dit un élève, cela leur a permis de “grandir en tant que personne”. Et c’est certainement ce que l’éducation est censée faire.”

Malgré cela, certains commencent à regarder le passé et à assumer les faits, c’est le cas de deux entreprises britanniques, la chaîne de pubs Greene King et l’assureur Lloyd’s of London, pour leur lien avec le colonialisme. Ces deux entreprises se sont excusées publiquement en juin 2020 et ont annoncé leur contribution à des institutions défendant des minorités ethniques. “Il y a des parts de notre histoire dont nous ne sommes pas fiers” annoncent-ils dans un communiqué. Malgré cela, de nombreuses organisations luttent aujourd’hui pour que le Royaume-Uni s’excuse envers les pays anciennement colonisés et pour qu’ils retirent les symboles coloniaux dans les espaces publics, comme les statues.

L’Espagne

Confrontée à son passé

L’Espagne s’est vue récemment mêlée dans le débat sur le colonialisme. En 2019, le Président du Mexique, Andrés Manuel López Obrador (AMLO), avait envoyé une lettre au roi de l’Espagne, Felipe VI et au Pape François, pour qu’ils s’excusent publiquement sur le colonialisme espagnol au Mexique. Ceci a vite soulevé le débat dans le pays, alors que le pays traversait déjà un contexte critique avec la demande d’indépendance de la Catalogne depuis deux ans. Le gouvernement espagnol refuse catégoriquement cette demande. Dans la lettre, le Président mexicain explique qu’en 2021, lors de la cérémonie d’indépendance du Mexique, il souhaiterait que la Couronne espagnole admette les violences causées. Il l’explique ainsi “en 2021, lors de la réalisation de la cérémonie conjointe de plus haut niveau, que le Royaume de l’Espagne exprime de manière publique et officielle la reconnaissance des violences causées.” recueille le journal mexicain Expansión Política. Les différents partis politiques ainsi que des personnalités publiques importantes dans le pays, partagent leur opinion sur les réseaux sociaux. Le Président du parti d’extrême droite espagnol, VOX, Santiago Abascal, publie un tweet qui a causé encore plus de débats. Dans la publication Abascal disait : “López Obrador, propagé du socialisme indigéniste, il ne comprend pas qu’en demandant de réparations à l’Espagne, il est en réalité en train d’insulter le Mexique.” Dans ce tweet il utilise une écriture différente du mot Mexique, il l’écrit avec “J” (Méjico), alors que la RAE (Royal Académie Espagnole) ne recommande pas cette écriture puisqu’elle ne respecte pas à l’origine indigène et ce n’est pas une manière de montrer le respect pour la culture pré-hispanique.

Ceci prouverait en effet la présence du colonialisme et nationalisme espagnol, après 200 ans d’indépendance du Mexique. D’autres personnalités publiques, comme l’écrivain Arturo Pérez-Reverte, n’approuvent pas cette demande d’excuses. Il l’explique dans un tweet ainsi : “Que lui-même il s’excuse, il a un nom de famille espagnol et habite là-bas. Si cet individu croit vraiment ce qu’il dit, c’est un imbécile. S’il ne le croit pas, c’est une canaille.” Le gouvernement espagnol a refusé cette demande. L’opinion publique reste partagée, comme dans les autres pays, mais elle est plus penchée contre les excuses. Des nombreux débats se sont ouverts à la réception de la lettre dans le pays. L’Espagne, qui vivait déjà un contexte critique avec la tentative d’indépendance de la Catalogne et la montée de l’extrême droite dans le pays, une première depuis la tombée du régime franquiste il y a seulement 40 ans, se voit submergée par la question coloniale. Doit-elle accorder des excuses alors que des conflits plus récents, dont les victimes sont toujours en vie, comme la Guerre civile ou la dictature franquiste n’ont reçu aucune reconnaissance officielle ? Malgré cette absence de réponse de la part du roi, le Parlement de Catalogne a présenté ses excuses et a incité au gouvernement espagnol à faire de même. Le journal Código Nuevo se pose la question et explique la difficile situation. Selon le journal, cette demande d’excuses n’est ni une demande sérieuse envers un roi ni une exigence pressante, puisque les victimes ne sont plus présentes aujourd’hui, néanmoins, le symbolisme serait présent. Alors que pour des conflits comme la Guerre civile ou le franquisme, les victimes sont présentes, selon Código Nuevo, ces excuses ne seront pas “seulement symboliques, mais humaines”. Malgré cela, le 15 janvier 2019, la ministre espagnole de la Justice s’excuse publiquement aux exilés et républicains victimes du franquisme, alors que cette même année, l’actuel Président Pedro Sánchez, demandait l’exhumation du dictateur Franco de son mausolée.

L’éducation, un instrument politique

L’éducation joue un rôle important dans la mentalité de la société. La littérature latino-américaine n’est présente dans les livres espagnols (d’Espagne) que dans un seul thème, qui n’est pas obligatoire dans la loi éducative. En 2015, une réforme éducative de la LOMCE (Loi organique pour l’amélioration de la qualité éducative) a supprimé les auteurs latino-américains du programme scolaire obligatoire. Ceux-ci, déjà peu étudiés puisqu’ils se situaient à la fin du programme scolaire, sont encore moins connus. Récemment, avec la montée de VOX au pouvoir, (52 sièges au Congrès), la diffusion d’idées conservatives a augmenté. Des idées telles que le mariage homosexuel ne serait pas naturel, la tauromachie est une tradition, les enfants naissent avec un seul sexe et ne devraient pas le changer ou même, l’opposition d’un cours d’éducation sexuelle à l’école ou le droit à avorter. La propagation de ces idées, actuellement très suivies, inquiètent une grande partie de la population, puisque ces idées conservatrices atteignent l’intégrité de beaucoup de personnes. Ces idées viennent aussi accompagnées d’un refus d’acceptation de migrants, dont certains le mènent à l’extrême et tiennent des propos racistes ou xénophobes. Ce comportement est visible dans les réseaux sociaux où de nombreuses personnes ont été témoins d’agressions verbales ou physiques. Avec ce contexte critique, l’Espagne n’a vu que brièvement ce débat sur le colonialisme, mais certaines questions sont toujours là. L’Espagne devrait-elle revoir son histoire et régler les comptes avec les victimes ? Le Président espagnol, Sánchez, s’est déjà excusé en 2019, aux exilés espagnols, victimes du franquisme. Est-ce une avancée, ou faut-il s’excuser davantage?

Pays-Bas

“Ils doivent payer pour ce qu’ils ont fait”

Les Pays-Bas ont réagi à la question sur le colonialisme. Le roi, Willem-Alexander a présenté ses excuses à Jakarta pour les violences et répressions commises en Indonésie entre 1945 et 1949. Selon de nombreux experts, dont un haut responsable du gouvernement indonésien, c’est la première fois que la monarchie néerlandaise reconnait et présente ses excuses pour l’époque coloniale. En Indonésie, le 10 mars 2020, le Roi demande pardon ainsi : “Au cours des années qui ont suivi la Proklamasi (déclaration d’indépendance par l’Indonésie en 1945), une séparation douloureuse a eu lieu au prix de nombreuses vies humaines (…) je voudrais exprimer mes regrets et je m’excuse pour la violence excessive de la part des Néerlandais au cours de ces années. (…) Je le fais avec la conscience entière que les familles affectées continuent à ressentir de la douleur et de la peine.” Alors que c’est une première pour certains, en 2013, le Roi Willem-Alexander se compromet à verser un dédommagement aux familles des victimes, mais selon le Comité pour les dettes d’honneur néerlandaise (KUKB), celles-ci n’ont pas entièrement été payées, recueille le quotidien suisse Le Temps. “Notre pays a beaucoup souffert des crimes des Néerlandais et ils doivent payer pour ce qu’ils ont fait.” déclare Jeffry Pondaag, le président du comité à l’AFP. En 2011, les Néerlandais étaient aussi ouverts à des excuses. Le gouvernement néerlandais, le 9 décembre 2011, s’excuse publiquement envers les familles des victimes pour la massacre commise à Rawagede le 9 décembre 1947. Avec des larmes et des applaudissements, le discours de l’ambassadeur des Pays-Bas en Indonésie, Tjeerd de Zwaan, a ému les personnes présentes à la cérémonie. Des excuses qui ont été bien vues par les personnalités politiques de l’Indonésie, comme le ministre des Affaires étrangères, Marty Natalewaga, qui selon le journal français Le Monde, qualifie ce geste de “développement important qui pourra apporter la tranquillité d’esprit aux familles des victimes”.

Nostalgie impériale ou éducation intégrale?

Des gestes importants qui contredisent, toujours selon le sondage de YouGov, il est possible d’apercevoir une certaine fierté de l’empire colonial. A la question “Dans quelle mesure les gens de leurs anciens empires sont-ils fiers?”, 50% de Néerlandais répondent qu’ils sont plus fiers que honteux de leur histoire, faisant la remarque que l’Indonésie et l’Afrique du Sud étaient les territoires les plus importants. Récemment, la justice des Pays-Bas a ordonné à l’Etat de verser des milliers d’euros d’indemnisation à huit veuves et quatre enfants, dont leurs familles ont été victimes de l’armée néerlandaise en 1940 pendant l’époque coloniale. Le débat sur le colonialisme dans les Pays-Bas se centre sur l’éducation, comme au Royaume-Uni, plutôt que sur d’autres aspects. En 2019, avec la réforme d’une loi éducative, la question coloniale se pose dans la société. Cette loi modifierait une carte mémoire dont les élèves néerlandais profitent pour avoir un résumé de l’histoire. Cette carte ne présenterait que seulement trois femmes et ignorerait certaines parties de l’histoire comme la souffrance des Indonésiens pendant l’époque coloniale aux mains de l’armée néerlandaise. Selon certains historiens qui ont modifiés cette carte, les parties sombres de l’histoire sont déjà représentées. Pour James Kennedy, historien américain qui habite aux Pays-Bas et en charge d’un nouveau comité pour réformer cette carte, il n’y a pas d’équilibre dans cette carte. “Dans le Canon (carte mémoire) figurent beaucoup de choses positives dont on peut être fier. Y-a-t-il un équilibre ? C’est ce que nous allons devoir examiner.” Selon RFI, l’opinion publique ne débat pas sur l’absence de représentation de la déportation juive néerlandaise ou la traite d’esclaves noirs transatlantique. Une polémique qui fait référence à l’importance de l’éducation et à la connaissance complète de l’histoire.

Malgré cela, le Royaume néerlandais a déjà présenté ses excuses et a, aussi, versé des dédommagements (partiels) aux familles des victimes. Cependant, l’opinion publique reste divisée dans deux pôles: les nostalgiques de l’époque impériale et les partisans d’une reconnaissance officielle et d’une éducation complète. Cette polémique ne semble pas prête à finir, notamment, avec le contexte actuel de lutte contre le racisme et les violences policières du mouvement Black Lives Matter. En effet, de nombreux historiens sont contre cette carte et souhaitent la modifier pour qu’elle soit moins hollando-centrée.

Portugal

Sa lacune historique

L’histoire coloniale portugaise prend fin il y a seulement quelques années. Après environ 5 siècles d’occupation, de massacres, révoltes et guerres sanglantes, la majorité des colonies portugaises en Afrique déclarent leur indépendance en 1975. Le Timor, après avoir proclamé son indépendance cette même année, il a été envahi par l’Indonésie. Il est aujourd’hui indépendant depuis 2002. Après toutes les violences subies, le Portugal ne s’est pas excusé officiellement, contrairement à de nombreux pays coloniaux. Malgré cela, les relations existantes ont connu des tensions ces dernières années. En 2013, le Portugal mène une enquête pour blanchiment d’argent envers des hauts responsables politiques de l’Angola. Ce dernier ne l’a pas bien pris et décida de menacer le Portugal. Le Président de l’Angola, José Eduardo Dos Santos, annonce : “Avec le Portugal, malheureusement, les choses ne sont pas bien. Il y a eu des incompréhensions au niveau des plus hautes instances étatiques et le climat politique actuel n’encourage pas à mettre en oeuvre le partenariat annoncé précédemment.” recueil le journal français OuestFrance. Le ministre portugais des Affaires étrangères, Rui Machete, présente ses excuses pour cette enquête, alors qu’une partie de la population angolaise souhaite savoir les résultats de cette investigation. L’historien Gamboa, l’explique pour France24: “Il y a des gens dans le pays qui, en un espace de temps très court, sont devenus très très riches, et pas seulement grâce à leur travail. En tant qu’historien, je le dis et je le répète, je ne connais aucun exemple d’accumulation de capital qui soit fait de manière transparente.”

Les tensions semblent s’apaiser au fil du temps. En 2018, quelques visites diplomatiques et le transfert d’un procès pour corruption contre l’ancien vice-président angolais, Manuel Vicente, à Luanda, ont amélioré leur relation. Après 7 ans de tensions et sans visite diplomatique, en 2018, Antonio Costa, chef du gouvernement, visite Luanda. Dans un entretien pour Diaro Noticias, journal angolais, celui-ci déclare que : “Les rapports étaient bons sur le plan économique, mais il y avait un facteur d’énervement lié à une question judiciaire. Une fois dépassée cette question, plus rien n’entrave nos relations.” L’économie, importe-t-elle davantage face à la justice ou est-ce juste l’importance de garder des liens, forts, diplomatiques? Quoi qu’il en soit, les Angolais restent avec le doute de la provenance de tout cet argent et la justice portugaise laisse l’affaire au pays de provenance de l’ancien vice-président.

Un passé peu étudié

Une statue à Lisbonne, comme partout dans le monde, a été vandalisée au cours du mouvement BLM. Le 12 juin 2020, Lisbonne se réveille avec la statue de José Antonio Vieira, tâchée de peinture rouge et dans le socle, l’inscription “Décolonise!” pouvait être aperçue. Cette statue rend hommage à un missionnaire catholique et portugais du XVII siècle. Vieira a participé dans la conversion d’indigènes du Brésil. De nombreuses personnes se plaignent de cette manière de dénoncer. Le maire de Lisbonne, Fernando Medina, ne semble pas lui donner autant d’importance. Sur son compte Twitter il publie : “La meilleure réponse aux actes de vandalisme c’est le nettoyage.” Ce qui a été fait aussitôt. D’autres, comme la municipalité, dénoncent comme “inadmissibles les actes de vandalisme visant le patrimoine collectif.” Une enquête a été ouverte pour identifier les auteurs.

Tandis que la grande majorité des anciens empires coloniaux sont pointés du doigt par la société et les différentes institutions responsables, le Portugal continue son histoire sans regarder le passé. L’éducation portugaise se voit aussi influencée par cet “oubli” du passé. En 2018, la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance conseille aux autorités portugaises de revoir leurs manuels d’histoire. Selon le journal portugais, Publico, un livre d’histoire de 9ème année, dans le thème sur le colonialisme commencerait ainsi: “Un sentiment de peur généralisé parmi les colons les a pris tuant nombreux autochtones tandis que d’autres s’enfuyaient, rejoignant la guérilla. Par la suite, les tribus du Nord de l’Angola ont assassiné des centaines de colons.” Cette éducation, qui montre l’empire comme le sauveur, peut conditionner la mentalité de la société et donc, cet oubli de reconnaissance des faits de la part de celle-ci.

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