États-Unis : un mois de « shutdown », un record.

Depuis le 22 décembre 2018, le gouvernement fédéral américain est en «  shutdown », afin de forcer un vote des démocrates pour le financement du mur à la frontière Mexicaine. Le précédent record de 21 jours dépassé, un accord devient nécessaire. Mais rien n’est assuré au vu des dernières négociations.

Le Congrès, composé du Sénat et de la Chambre des représentants, doit chaque année approuver le budget de l’État. Après validation, il doit être signé par le Président. Si aucun accord concernant ce budget n’est trouvé entre les trois parties, le pays est paralysé et entre en « shutdown ». Ceci correspond à un arrêt des activités gouvernementales. Le plus long « shutdown » jusqu’à celui-ci s’est déroulé sous l’ère du Président Bill Clinton, en 1995. Il s’était prolongé durant 21 jours.

Le Président Donald Trump a aujourd’hui besoin de 5,7 milliards de dollars pour financer la promesse , emblématique, de sa campagne présidentielle, : un mur à la frontière mexicaine. Après avoir annoncé durant sa campagne que « le Mexique paiera pour le mur », il doit finalement faire rentrer cette dépense dans le budget de l’État. Indiquant avant le vote du budget qu’il est prêt à déclarer le gouvernement en « shutdown » pour obtenir ce financement. Ainsi, le Congrès était parvenu à repousser l’épineuse question de l’immigration et du mur après les élections parlementaires du 6 novembre 2018.

Depuis les élections de mi-mandat de 2018, les Démocrates sont majoritaires à la Chambre des Représentants. Cette perte de la majorité est un coup dur pour Donald Trump en vue du vote du budget. Le camp démocrate n’hésite pas à dénoncer le coup exorbitant d’un tel projet, n’étant pas d’accord avec le Président sur son coût réel. Ils refusent les cinq milliards à Donald Trump pour commencer le mur. Dès lors, aucun accord n’est trouvé malgré les discussions entre Démocrates et Républicains, ce qui plonge le gouvernement dans un « shutdown ».

L’État fédéral au ralenti : 800 000 fonctionnaires touchés

Environ 25% des services fédéraux se retrouvent sans budget. Le gouvernement est dans l’incapacité de payer son administration. Prés de 420 000 employés fédéraux essentiels doivent continuer leur fonction sans être payés. Tandis que 380 000 autres sont invités à rester chez eux sans salaire. Le 14 Janvier dernier, Donald Trump accueillait les joueurs des Clemson Tigers, vainqueurs du championnat NCAA de football. La Maison-Blanche se retrouve sans équipe de cuisine. Ce qui amène Trump à servir à ses invités et aux médias, un buffet composé essentiellement de restauration rapide. Au menu, McDonald’s, Wendy’s, etc.. Événement très commenté sur les réseaux sociaux.

Plusieurs employés se retrouvent ainsi à assurer leur fonction sans être payés. En particulier dans les ministères essentiels, tel que la Sécurité intérieure, où leur travail est nécessaire. Le ras-le-bol des fonctionnaires s’est manifesté à Washington notamment. Leur revendication ? Reprendre le travail avec salaire. Face à la précarité de certains d’entre eux dans cette situation, un élan de générosité s’organise. Le célèbre restaurant de Bon Jovi au New Jersey, par exemple, offre des repas aux employés fédéraux.

« Sortir de l’impasse »

Le shutdown s’éternise depuis plus d’un mois, ce qui amène le Président à revoir sa position. Dans un discours télévisé du samedi 19 janvier, Donald Trump propose un compromis aux démocrates. Pour convaincre le Congrès de financer le mur, le Président s’engage à un prolongement des statuts temporaires pour environ un million de migrants risquant d’être expulsés. Selon Donald Trump, ceci permettrait de « sortir de l’impasse » du blocage budgétaire. Prés de 700 000 enfants entrés sur le sol américain avec leurs parents sont concernés par une extension de trois ans de leur permis de séjour temporaire (DACA) ; ainsi que 300 000 immigrants travaillant légalement sans titre de séjour qui peuvent bénéficier d’une extension de trois ans de leur permis de protection temporaire (TPS).

Cependant, cette offre n’a pas eu l’effet escompté. Nancy Pelosi, nouvelle cheffe de la majorité démocrate à la Chambre des représentants, a qualifié cette proposition de « compilation de plusieurs initiatives déjà rejetées par le passé et chacune inacceptable ». Ceci avant même le discours officiel de Donald Trump. Cette réaction des démocrates semble indiquer qu’aucun accord n’est prêt à être accepté sans concessions du président. Cependant, il ne peut risquer de décevoir ses soutiens pour l’élection de 2020. Le pays se dirige, presque logiquement, vers une poursuite du shutdown, jusqu’à ce qu’un terrain d’entente soit finalement trouvé entre les deux camps.

Photo de bannière : Washington, District de Columbia. 2018. Lorie Shaull.

Vous aimerez aussi