Inde : Le multiculturalisme laisse sa place au communautarisme

Si l’Inde est reconnue mondialement comme une grande nation multiculturelle, les tensions entre les différentes religions s’accroissent depuis des années. Le gouvernement de Narendra Modi a mis en place de nouvelles lois discriminatoires qui n’ont fait qu’accentuer le communautarisme religieux. Les minorités sont menacées dans tout le territoire, et le séparatisme grandit notamment dans la région du Jammu-et-Cachemire. Aujourd’hui en Inde, le multiculturalisme laisse sa place au communautarisme.

Historiquement, c’est au cours des années 1970 que le courant multiculturaliste va intéresser les cercles académiques indiens. Ces intellectuels se pencheront ainsi sur la question de la diversité culturelle et du droit des minorités. A partir de 1976, la notion de laïcité sera reconnue par la Constitution indienne, et engendrera des divisions politiques. En effet, si la laïcité garantit le traitement égal de toutes les religions, la droite religieuse ne reconnait pas cette égalité. Les partis religieux conservateurs, souhaitent une « Hindouité » et non pas une « Indianité ». Autrement dit, ils revendiquent une unité d’identité religieuse au lieu d’une unité d’identité nationale.

Des lois discriminatoires et des violences intercommunautaires

L’arrivée au pouvoir du Premier ministre Narendra Modi en 2014 va orienter l’Inde vers une « Hindouité ». En effet, Modi appartient au parti Bharatiya Janata Party (BJP), qui est basé sur l’Hindutva. Cette idéologie revendique le retour à une culture purement indienne excluant les minorités religieuses. Par exemple, la publication du Registre National des Citoyens en mars 2019 a marqué un tournant dans l’évolution du communautarisme. De fait, ce nouveau registre a exclu 1,9 millions de citoyens musulmans. Ces indiens de la région d’Assam sont donc devenus apatrides, sans pouvoir justifier leur citoyenneté indienne.

Le Premier ministre indien Narendra Modi (Source image : Money Sharma sur AFP)

Par ailleurs, en décembre 2019, l’amendement de la loi sur la citoyenneté va renforcer la politique communautariste du gouvernement indien. Cette loi facilite l’accès à la nationalité indienne aux réfugiés victimes de persécutions religieuses dans certains pays voisins. Elle concerne de nombreuses minorités religieuses arrivées en Inde avant 2014, mais exclue les minorités musulmanes. Dès lors, les violences se sont multipliées entre les manifestants et les groupes d’extrême droite. On déplore une trentaine de morts et 200 blessés à la suite de ces émeutes. Plus tard, la Cour d’Appel de Delhi accusera la police d’avoir fermé les yeux sur ces violences. La police hindoue avait volontairement refusé de poursuivre les membres du BJP qui appelaient à « tuer les traîtres ». D’autre part, on constate une absence de réaction au niveau international. Seul le Haut-Commissariat de l’ONU a qualifié cette loi de « fondamentalement discriminatoire ».

Vers la fin du multiculturalisme au Cachemire ?

Le 5 août 2019, le gouvernement de Modi annonce l’abrogation de l’article 370 de la Constitution garantissant le statut spécial du Jammu-et-Cachemire. Historiquement, cette région était l’unique état indien qui bénéficiait d’une autonomie constitutionnelle. Désormais, il est un territoire sous contrôle du gouvernement central. Parallèlement, le Parlement indien a adopté le Jammu and Kashmir Reorganisation Act qui va diviser cet État. La région est amputée du Ladakh, un territoire à majorité bouddhiste et musulmane, et le Jammu est séparé du Cachemire. Par la suite, le gouvernement a imposé un contrôle strict avec le verrouillage d’internet et la coupure des télécommunications. Modi a justifié ces mesures par la lutte contre les insurrections qui se multiplient dans la région. L’objectif est d’effacer l’importance des minorités religieuses dans cette région, et d’encourager les citoyens hindous à s’installer.

 

Carte des religions au Jammu et Cachemire (Source image : Christophe Cagé)

Les tensions intercommunautaires en Inde s’intensifient un peu plus à chaque nouvelle décision du gouvernement. Dès à présent le multiculturalisme prôné par les Pères de la République indienne laisse sa place à la suprématie hindou. Aujourd’hui, les conservateurs au pouvoir semblent à même d’imposer une Hindouité aux nombreuses minorités religieuses du pays. Les droits de l’Homme sont donc largement bafoués. C’est pourquoi il parait nécessaire de s’interroger sur l’absence de réactions officielles de la part des puissances occidentales.

 

Image couverture : Manifestation en février 2019 par Punit PARANJPE sur AFP

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