Yogi Adityanath. Crédit Muriel Epailly.

Inde : la régulation de l’abattage divise

En mai dernier, le gouvernement indien a interdit la vente de bovins pour l’abattage. Une loi qui suit les logiques de lutte contre la consommation bovine, notamment celle de Yogi Adityanath dans la région de l’Uttar Pradesh. Soutenue par des fondamentalistes hindous , elle impactera les industries de la viande et du cuir du pays.

Le 23 mai, le gouvernement hindou-nationaliste du Bharatiya Janata Party sous Narenda Modi a annoncé une régulation du commerce d’animaux. Les bovins, y compris les buffles, ne peuvent être vendus que pour certaines tâches agricoles. Une attaque au marché de la consommation de viande bovine et de la production de cuir et conforme aux croyances hindouistes. Selon celles-ci, les vaches sont sacrées et leur nuire ou les manger est proscrit. Si la loi n’est pas officiellement une interdiction de la consommation bovine, elle la rend complexe. Elle devrait mettre un terme à un commerce déréglementé et peu hygiénique. Les autres animaux, comme les chèvres ou les moutons, ne sont pas concernés.

De sérieuses menaces sur l’économie

Yogi Adityanath, ministre en chef de l’État de l’Uttar Pradesh, avait déjà commencé une répression des abattoirs et des boucheries depuis mars. Dans la ville d’Agra, environ 40 % de la population dépend de l’industrie du cuir. La BBC avait interviewé des familles de la région pour montrer leur inquiétudes suite à l’annonce du 23 mai. Shakeel Ahmad, qui travaille dans le commerce de viande, craignait la fermeture forcée de toutes les boucheries. « Pourquoi punir de petits commerçants de viande ? » demandait-il. « La plupart des bouchers comme moi ont un revenu quotidien et ne sont qualifiés pour aucun autre travail ».

Les boucheries de la région sont principalement tenues par des musulmans. Ceux-ci se sentent visés en temps que communauté. Le reportage de la BBC indique cependant que des hindous ont également été touchés. S’ils sont plus souvent orienté dans la vente de chèvres et de poulets, animaux aussi touchés par la politique régionale de Yogi Adityanath bien que non concernés par la loi nationale.

Les inquiétudes se répandent à présent à travers le pays entier. Le gouvernement cause une forte incertitude économique, allant à l’encontre de ses propres objectifs d’accroître l’industrie du cuir avant 2020. Si les commerçants commencent déjà à chercher des possibilités dans le secteur du cuir synthétique, aucun plan alternatif de création d’emploi n’a à ce jour été proposé. La perte totale pourrait s’élever à 4 milliards de dollars. Entre 2005 et 2012, la consommation de viande bovine avait augmenté en ville et en milieu rural.

Une polémique qui dépasse les clivages religieux

L’adoption de cette loi a été compliquée. Les opposants, politiques et membre de la société civile, étaient nombreux. Le jour-même de l’annonce, le « festival du bœuf », dans le Kerala, s’est soldé par la mise à mort d’une vache en signe de protestation. Les jours suivants, plusieurs fermiers ont annoncé qu’ils entreprendraient des poursuites judiciaires contre le gouvernement. Même certains États se sont aussi opposés à la décision centrale. Le Bengale occidental et le Kerala ont déclaré ne pas vouloir se conformer à une loi « arbitraire ».

En juin, la situation s’est compliquée pour le gouvernement. La Cour suprême du pays a demandé au gouvernement de réfléchir aux répercussions économiques et d’envisager une révision. Harsh Vardhan, ministre du gouvernement central, a affirmé vouloir modifier la loi dès que possible.

Le Premier ministre Narendra Modi voulait combiner le renforcement de l’hindouisme avec la croissance économique. Sa stratégie pour dépasser les divisions du pays semble être celle de les ignorer. La loi nationale paraît moins contraignante que la restriction particulièrement rude de Yogi Adityanath. Ses conséquences pourraient tout de même s’avérer désastreuses sur le plan socio-économique pour la population. S’il s’agit initialement d’une question de culte, l’inquiétude économique pèse sur l’ensemble des groupes religieux.

Photo de bannière : Yogi Adityanath. Crédit Muriel Epailly.

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