Koweït : État monarchique ou parlementaire ?

« Par rapport à ce qu’il se passe dans les pays voisins, la démocratie koweïtienne est comme une fleur qui pousse au milieu d’un désert » souligne l’écrivaine Saadia Mufarreh. Le Koweït se distingue en effet par ses institutions démocratiques qui sont parmi les plus avancées du monde arabe. Situé au milieu d’une région extrêmement instable, ce petit pays affirme son système politique moderniste avec une politique étrangère modérée. Cependant, l’instabilité des institutions étatiques menace aujourd’hui les bases de cette démocratie déjà fragile.

Promouvoir le débat à l’intérieur, et la médiation à l’extérieur

La structure étatique koweitienne est à la fois monarchique et parlementaire. Si l’émir domine la vie politique, le Parlement garde d’importants pouvoirs de contrôle. Les députés peuvent interroger le Premier ministre ou tout autre membre du gouvernement. Ils peuvent également retirer la confiance à tout ministre et demander à l’émir de révoquer le gouvernement. Ces 50 députés sont élus au suffrage universel, incluant les femmes depuis 2005. Cette forme participative du pouvoir a permis de pacifier les relations entre les sunnites et les chiites du pays. Tous les quatre ans, les élections donnent ainsi lieu à de vifs débats entre islamistes, chiites, et progressistes. Par ailleurs, le gouvernement est aussi très représentatif de la population koweitienne. Les 15 ministres représentent les différents courants et fractions de la société, mais aussi les membres de la famille régnante.

Démocratie indice global : Cette mesure tient compte de la culture démocratique, de la capacité du gouvernement à mettre en œuvre son programme, du respect des libertés civiles, de la participation citoyenne et de la qualité du processus électoral. Nous pouvons constater ici la comparaison avec l’Arabie saoudite, un pays voisin peu démocratique.

Sur le plan de la politique étrangère, le Koweït se distingue par une diplomatie fédératrice. Au centre d’une région sous tension, il met en avant la médiation et l’intégration régionale. Ce pays a ainsi accueilli des négociations sur le Yémen en 2016. Le Koweït maintient aussi un rôle de médiation entre le Qatar et l’Arabie Saoudite depuis l’interruption des relations diplomatiques en 2017. Enfin, l’importante présence militaire américaine sur le sol koweitien n’empêche pas le maintien des relations historiques avec l’Iran, le Koweït étant peuplé d’un tiers de chiites. Ce petit État parait ainsi comme un atout diplomatique nécessaire dans une région aux multiples enjeux politiques, économiques et religieux.

Un État liberticide et instable

Si le Koweït affiche un système politique moderniste et démocratique, il n’en reste pas moins un État liberticide et instable. L’exemple de la Loi du sang démontre la réalité de la vie koweitienne. Faisant suite à une attaque terroriste en 2015, cette loi autorisait la collecte d’échantillons ADN sur la population du pays. Pourtant, sa portée dépassait largement l’objectif de la lutte contre le terrorisme. De fait, la nationalité koweitienne est fondée sur le sang : « Il faut que la famille soit établie dans le pays depuis au moins 1920 et que la filiation soit établie par la voie patriarcale ». Ces données permettaient alors de refuser la nationalité à quiconque ne répondait pas à ces critères ethniques. Par ailleurs, ces informations favorisaient aussi la dénonciation des femmes adultères, un crime puni sévèrement dans ce pays. Finalement, la Cour constitutionnelle koweitienne abrogera cette loi en 2017.

D’autre part, le pays est secoué depuis plusieurs années par des crises politiques survenant à la suite d’affaires de corruption. En novembre 2017, des centaines de manifestants s’étaient réunis devant le Parlement pour dénoncer la corruption des dirigeants. Les ministres de l’Intérieur et de la Défense, membres de la famille de l’émir, étaient accusés de détournement de fonds publics. Le Parlement avait alors accepté les revendications des citoyens en déposant une motion de censure entrainant la démission du gouvernement. Le politologue Ghanim Al-Najjar écrit ainsi : « Le fond du problème, c’est le déséquilibre des rapports de forces en faveur de la famille régnante ». Ce remaniement de novembre 2017, le neuvième en huit ans, reflète l’instabilité du système politique koweitien.

Une participation citoyenne en baisse

Les élections, fondement même de la démocratie du pays, sont aussi lourdement critiquées. L’éditorialiste Dahem Al-Qahtani écrit ainsi : « Formellement, il y a des élections, mais sans qu’elles aient un sens politique. Chaque groupe essaie simplement de maximiser ses chances d’obtenir des largesses du pouvoir ». La loi électorale de 2012 qui réduit le nombre de voix de chaque électeur n’agit pas non plus en faveur de la démocratie. Chaque électeur ne dispose plus que d’une voix au lieu de 5. Selon certains analystes, ce système « favorise plus que jamais les notables, qui ne sont là que pour se faire les intermédiaires des réseaux de corruption ». Cette loi électorale a entrainé un mouvement de boycott des élections législatives. Cependant, Suad Mojal Al-Mizyed rappelle que « les avancées démocratiques ne s’obtiennent que par un travail constant […] à part voter, il n’y a pas d’autre option pacifique ».

Les récentes élections législatives ont confirmé ce renouvellement constant de la classe politique avec 31 nouveaux députés sur 50. L’analyste Ayed al-Manaa déclare ainsi : « c’est une indication de la colère des électeurs face au bilan du Parlement précédent ». De fait, l’opposition a raflé 24 des 50 sièges de l’Assemblée. Il est à noter que la seule femme députée a perdu son siège, et que parmi 28 autres femmes candidates, aucune n’a été élue. La représentativité des femmes au Koweït reste donc en suspens. Néanmoins l’élection de 30 candidats de moins de 45 ans semble prometteuse pour les jeunes qui attendent des réformes.

 

Sources images

Image de couverture : Jorono https://pixabay.com/fr/photos/international-drapeau-koweït-2693247/

Tableau réalisé par The Economist perspective.usherbrooke.ca/…/BMTendanceStatPays

Deuxième image : Disponible sur RFI https://www.rfi.fr/fr/moyen-orient/20201206-législatives-au-koweït-l-opposition-renforce-sa-présence-au-parlement

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