La situation des Ouïghours en Chine : un génocide ?

La Chine a construit dans la province du Xinjiang des camps dans lesquels sont enfermés des membres de la communauté Ouïghoure. Or au vu du droit international, il semble possible de qualifier la situation de génocide.

Retour sur les faits

Les Ouïghours sont un peuple d’environ 11 millions d’individus turcophones et de religion musulmane. Ils sont principalement installés dans la province du Xinjiang, dans l’Ouest de la Chine. Or depuis l’arrivée de Chen Quanguo au poste de secrétaire du parti communiste local, leur situation s’est brutalement aggravée. Preuve en est, d’après l’ONU, un million de Ouïghours étaient détenus dans des camps d’internement et de travail en 2018.

Face aux accusations de répressions illégales, les autorités chinoises ont mis en avant un impératif sécuritaire et une nécessaire lutte contre la pauvreté : toutes les délégations internationales en visite dans la région « ont été témoins de la prospérité et de la stabilité du Xinjiang » ainsi que de « l’expérience [de la Chine] en matière de lutte contre le terrorisme et la déradicalisation ». Ainsi, ce sont plusieurs centaines de milliers d’individus qui ont été interné et réparti dans un millier de camps à travers la province.

L’ONG Genocide Watch rapporte que « les détenus sont soumis à une discipline de style militaire, à une transformation de la pensée et à des aveux forcés. Ils sont maltraités, torturés, violés et même tués ». A quoi s’ajoute la pratique de la torture et l’injection de substances inconnues dans l’objectif de « causer de graves dommages physiques et psychologiques ».

En juin 2020, à la suite d’une fuite de documents confidentiels chinois, la communauté internationale a également appris qu’une politique de stérilisation forcée bien plus importante que celle relative à la politique de l’enfant unique était menée. Malgré les réactions de nombreux Etats, allant même jusqu’à l’accusation de « crimes contre l’humanité » prononcée par le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, la Chine n’a pour l’instant que vigoureusement réfuté celles-ci. Or face l’ampleur de la répression, certains à l’image de Raphaël Glucksmann n’hésitent plus à évoquer la commission d’un génocide.

La caractérisation du génocide par le droit international

Au lendemain de la Seconde guerre mondiale et des horreurs commises par le régime nazi, la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide a été rédigée puis adoptée par de nombreux Etats. Elle dispose dans son article 2 que « le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :

  1. a) Meurtre de membres du groupe ;
  2. b) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;
  3. c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ;
  4. d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;
  5. e) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe»

Or, les Ouighours constituent un groupe ethnique à très large majorité musulmane. En outre, d’après les différents rapports internationaux publiés, il est démontré sans aucun doute que des atteintes graves à l’intégrité physique ou mentale sont commises dans les camps d’internement, tout comme la mise en place de mesures visant à entraver les naissances. L’intentionnalité de destruction est également caractérisable grâce à l’apport de 400 pages de documents internes analysées par The New York Times dans lesquels le président chinois Xi Jinping appelle à lutter « sans aucune pitié ».

Par conséquent et en vertu du droit international public, il semble possible de qualifier de génocide la politique menée par la Chine à l’encontre des Ouïghours. La question qui se pose désormais est celle des effets d’une telle qualification. Or c’est à partir de là que les choses se gâtent.

Tout d’abord, la Chine a signé puis ratifié la Convention en émettant une réserve vis-à-vis de l’article 9, c’est-à-dire celui régissant « les différends entre les Parties contractantes relatifs à l’interprétation, l’application ou l’exécution de la présente Convention ». Grosso modo, cela signifie qu’aucun Etat ne peut déposer devant la Cour Internationale de Justice une requête qui viserait à démontrer que la Chine n’applique pas le traité, aboutissant alors à l’engagement de sa responsabilité internationale.

Ensuite, en vertu de l’article 6 de ladite Convention, « les personnes accusées de génocide (…) seront traduites devant les tribunaux compétents de l’Etat (…) ou devant la cour criminelle internationale qui sera compétente à l’égard de celles des Parties contractantes qui en auront reconnu la juridiction ». C’est là que le bât blesse car primo, il semble illusoire de croire que des poursuites soient engagées en Chine pour la commission de ce génocide, et secundo l’Etat chinois n’a pas signé le Statut de Rome instituant la Cour Pénale Internationale c’est-à-dire la juridiction chargée de poursuivre des génocidaires.

Toutefois, une lueur d’espoir existe car, selon Clémence Bectarte (Directrice du Groupe d’action judiciaire de la Fondation internationale pour les droits humains), deux éléments pourraient débloquer la situation : en premier « le facteur temps » car il n’est pas impossible que les faits soient jugés dans de nombreuses années et en dernier le facteur du « changement géopolitique national ou international ».

 

Crédit image : Vincent Benaired

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