Le mariage précoce, un fléau qui s’éternise

Le mariage précoce est l’union forcée entre un enfant ayant moins de 18 ans et un adulte ou bien un autre enfant. Contraint par ses tuteurs, l’enfant est marié contre sa volonté. Filles comme garçons subissent ce phénomène. Selon l’UNICEF, en 2019, 115 millions de garçons auraient été mariés de force durant leur enfance. Mais les jeunes filles sont les plus touchées. En 2016, 700 millions de jeunes filles ont été mariées de la sorte.

L’Afrique est le continent qui utilise le plus cette pratique. En 2017, 4 millions de jeunes filles ont été mariées avant leur 17 ans. Les pays les plus touchés sont les pays en développement, principalement dans les familles aux revenus modestes. Cet événement a de nombreuses conséquences sur l’enfant, sur son développement personnel et son évolution dans la société, des conséquences à long terme. Nous allons, dans cet article, expliquer ce phénomène, qui n’en finit pas et risque de perdurer encore très longtemps.

 

Quelles sont les causes du mariage précoce ?

Voici les raisons qui provoquent chaque année le mariage précoce et forcé de millions de jeunes filles :

L’inégalité des sexes : Vue comme étant “inférieure” à l’homme, la femme n’a pas le droit de donner son consentement lorsqu’on lui impose un mariage.

La pauvreté : Dans certains pays, on voit les filles comme un fardeau dont il faut se débarrasser. Souvent, la famille de la jeune fille demande à la famille de l’homme une certaine somme d’argent et une liste de cadeaux (que l’on appelle une dot) afin qu’il puisse l’a marier. Donc, vu comme un avantage, le mariage précoce est source d’enrichissement financier pour certains parents.

Pratiques traditionnelles : Dans certaines cultures, le mariage se produit sans consentement. Car, depuis des générations, c’est ce que l’on fait aux femmes. Certaines sont parfois enlevées et vendues pour être mariées de force. Personne ne veut alors briser le cycle.

Non application des lois : Certains parents réussissent à contourner la loi de leur pays, qui n’autorise pas le mariage des filles mineures.

Situations d’urgence : Les raisons politiques, sociales ou sanitaires poussent certains parents à marier de force leur fille. La Covid-19 a fait doubler le nombre de mariages précoces d’enfants. Dans certains endroits, pour fuir la misère, des parents marient leur enfant de force afin d’en tirer un bénéfice. Selon un rapport de l’UNICEF, à cause de la pandémie, les familles ne pourront recourir qu’au travail des enfants, au mariage précoce et à l’abandon scolaire pour survivre. Rolee Singh, directeur de la campagne “1 Step 2 Stop Child Marriage” déclare avoir vu, “une augmentation des mariages de mineurs pendant le confinement. Le chômage se généralise, les familles peinent à joindre les deux bouts et pensent qu’il vaut mieux marier leurs filles”.

 

Différents pays, différentes lois : Quelques exemples

Au Cameroun, la loi est souvent transgressée. Malgré la prohibition par la Constitution du mariage avant l’âge de 16 ans, les mariages de mineurs se produisent souvent. Même chose en Guinée, où le code pénal de février 2016 interdit le mariage forcé (art.319-1). De plus, forcer une personne ou empêcher son consentement, est puni de 3 mois à 1 an de prison et d’une amende, ou de l’une des deux peines (art. 320). Effectivement, le consentement de la personne qui doit se marier est obligatoire. Néanmoins, il n’y a aucune sanction contre le mariage coutumier. Souvent, dans ce pays, les jeunes filles fuient. Mais, la sœur aînée ou la cadette doit remplacer la jeune fille afin de sauver « l’honneur » de la famille.

Dans certains pays, le côté religieux domine. En Malaisie, l’autorisation d’un tribunal islamique pouvait rendre possible les mariages précoces. Lakshmi Sundaram, ancienne présidente de l’association Girls Not Brides, a déclaré que «Le contexte religieux et traditionnel prend également souvent le pas sur le contexte officiel. Généralement, si un conseil religieux donne son accord, le mariage sera accepté aux yeux de la loi et de la société».

La Malaisie est un pays qui a subi de nombreuses pressions des ONG contre le mariage précoce sévissant dans le pays. Toutefois, une loi est entrée en vigueur pour stopper ce fléau. En octobre 2018, le premier ministre de la Malaisie, Mahathir Mohamad, a ordonné que le mariage soit légal à partir de l’âge de 18 ans, sans aucune exception. En Afrique de l’Ouest, le Niger, qui est un pays très religieux, autorise le mariage à partir de l’âge de 15 ans. Néanmoins, le mariage des jeunes filles de 12 ans se produit dans certaines régions. Leurs parents souhaitent les « préserver » d’éventuelles grossesses hors mariage. Comme nous pouvons le voir, chaque pays a sa propre manière de voir les choses.

 

Conséquences du mariage précoce

Pour ces filles, il est donc impossible d’aller à l’école pour étudier car elles doivent assumer des obligations familiales à partir d’un jeune âge. En raison de leur mariage précoce, elles deviennent mères très tôt et doivent gérer le foyer familial. Ce phénomène renforce donc l’analphabétisme. L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) a recensé que plus de 617 millions d’adolescents et d’enfants n’avaient pas des compétences basiques en lecture et en mathématiques, ce qui est alarmant.

Ensuite, le mariage précoce ne les fait pas sortir de la pauvreté. En effet, elles n’ont pas la possibilité d’étudier et donc de trouver un travail. Elles sont donc sous la tutelle de leur mari et par conséquent, elles dépendent de lui. C’est ainsi qu’elles peuvent donc être vulnérables si l’homme en question est violent avec elle et/ou avec les enfants.

Elles subissent donc une maternité précoce. L’Enquête Démographique et Santé de 2018 au Cameroun indique que les adolescentes ayant déjà commencé leur vie féconde augmente rapidement avec l’âge. 4% des jeunes filles de 15 ans, 23% des adolescentes de 17 ans et 49% parmi celles de 19 ans tombent enceintes, ce qui est inquiétant. Ce qui est très certainement en partie dû à des mariages précoces. C’est en milieu rural, un milieu assez défavorisé, que l’on retrouve le plus ce phénomène contrairement au milieu urbain (32% contre 17%). Il faut aussi savoir que leur jeunesse les rend vulnérables aux IST. De plus, les grossesses prématurées sont un risque pour ces petites filles. Trop jeunes, leur bassin n’est pas assez large pour supporter l’accouchement et elles peuvent donc en mourir.

En résumé, le mariage précoce les prive de leur insouciance. En outre, ce phénomène leur donne des responsabilités très jeune. Alors qu’elles devraient être à l’école, loin de toutes ces obligations.

 

Source : Flickr – @samnasim

 

Quels sont les combats menés contre ce fléau ?

Ce fléau provoque une réaction des instances depuis sa découverte. En 1956, la Convention supplémentaire relative à l’abolition de l’esclavage a interdit le mariage forcé des jeunes femmes (Article 1er). De plus, dans l’article, la convention exige la mise en place d’un âge minimum pour le mariage, avec le consentement de la part des mariés, dans le cadre d’une union civile ou religieuse. Mais certains pays n’appliquent toujours pas ces règles.

Le combat contre le mariage précoce fait partie des objectifs de l’Assemblée générale des Nations Unies. Ce combat est inclut dans l’objectif n°5, se nommant « Parvenir à l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles », et qui a d’ailleurs porté quelques fruits. En mars 2020, l’ONU a déclaré qu’elle comptait protéger des millions de filles du mariage précoce d’ici 2023.

De plus, des associations luttent contre cette pratique. Nous pouvons le voir avec l’association Girls Not Brides. Cette ONG a pour but de faire reculer le taux de mariages forcés. Le site dénonce également les conditions de vie de ces jeunes filles, confrontées au mariage précoce. De plus, il y a une dénonciation de ce phénomène à travers la littérature. Par exemple, Djaili Amadou Amal, écrivaine d’origine camerounaise, mariée de force au maire de sa ville à l’âge de dix-sept ans, dénonce dans son livre Les Impatientes, la polygamie et le mariage précoce que l’une des héroïnes subit.

 

Des garçons et des filles de la communauté de Saraniya posant pour des photos après leur cérémonie de fiançailles au village de Vadia, dans l'État du Gujarat.

Source : @Reuters/Amit Dave

Conclusion

Le mariage précoce est un fléau qu’il faut continuer à combattre et qui doit cesser. Néanmoins, cette pratique persiste dans le monde entier. Dans les zones rurales et pauvres, les parents ne voient pas d’autre choix que de marier leurs enfants. Cela leur permet d’y gagner un bénéfice. D’un autre côté, certains pays ne prennent toujours pas en compte l’évolution des mœurs et de la société, notamment des droits des femmes. En Somalie, pays où il n’y a pas d’âge minimum requis pour se marier, un projet de loi a été proposé en août 2020 pour légaliser les mariages précoces.

La pandémie pourrait accroître la violence basée sur le genre et provoquer des millions de mariages précoces. C’est en partie à cause du confinement que le phénomène s’aggrave par l’impossibilité de remettre les enfants à l’école. Hélas, cela pourrait remettre en cause la baisse considérable du mariage précoce comme nous le montre cette étude de l’ONU: https://news.un.org/fr/story/2018/03/1007562

 

Source photo : Flickr – @decodeath

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