Berlin, capitale cosmopolite allemande, s’est affirmée depuis la Réunification allemande en foyer d’accueil majeur en Europe. Le point d’orgue est mis sur l’ouverture à l’international: sa démographie compte à ce jour plus de 190 nationalités différentes. Les accords avec la Turquie ont favorisé le développement massif de sa communauté tandis que l’implantation de nouvelles entreprises attirent toujours plus de jeunes actifs. Finalement, la capitale européenne de la techno fait converger milliers de ses adeptes du monde entier. Par cette série de deux articles, Le Journal International s’intéresse aux contraintes des expatriés à leur arrivée à Berlin, en termes de logement, de formation, et d’insertion professionnelle.

 

Crédits Chloé Marchal

 L’intégration des jeunes à Berlin – se loger 1/2

Trouver un logement

L’attractivité de Berlin a des conséquences directes sur sa politique d’habitation. Elle se fonde principalement sur le système de « Wohngemeinschat », soit collocation. Cette forme de sous-location se fait de particulier à particulier. Il n’existe pas de critères de présélection à une offre. Intégrer un logement à Berlin est majoritairement lié à l’affinité du candidat avec les membres de la collocation. Les critères de sélection se basent sur un entretien de motivation et sur la personnalité du « candidat », quels que soient ses revenus. Cela dédouane donc des justificatifs administratifs habituels (attestation d’activité professionnelle, carte de résident, déclaration de revenus etc.)

Manouk R, musicien libanais installé depuis deux ans à Berlin, partage sa propre expérience de la collocation:

J’habite dans le même appartement depuis deux ans, je n’ai pas eu tant d’expériences que ça avec d’autres logements. Pour moi ce n’était pas compliqué du tout deux ans auparavant de trouver un appartement à partager, ou peut-être que j’ai été simplement chanceux. Je n’ai eu besoin que de deux mois pour trouver celui là, dans le quartier de Baumschulenweg. Cet appartement est géré par une compagnie appelée « Howoge », et le propriétaire principal est une personne qui n’y vit pas. Il est clair pour moi qu’il y a une question de profit, en tant que référent principal il augmente les charges par rapport au loyer de base.

Louer un logement

Lorsqu’une chambre se vide, les locataires restants sont chargés de trouver un nouveau membre. Ils occupent donc le rôle de locateur en sélectionnant les nouveaux membres de la collocation et en s’occupant généralement du contrat de location.

Trouver de nouveaux locataires est très facile, puisque tout le monde désespère de trouver un endroit où vivre. J’ai reçu à peu près 35 candidatures lorsque l’une de nos chambres s’est libérée. Après que l’on ait eu des entretiens avec certains d’entres eux, nous avons décidé avec qui nous aimerions vivre. Les principales conditions sont finalement de pouvoir payer le loyer en temps et en heures, et d’être propre. Pour ma part, je loue cette chambre sans fin indiquée sur mon contrat, et si le propriétaire décide que je dois quitter l’appartement, j’aurais un délai d’un mois pour le faire. Je paye 380 euros toutes charges comprises.

Un marché de l’immobilier concurrentiel

Si ce système confère une grande liberté aux locataires, trouver une collocation à long terme reste un problème majeur. La sous-location d’une chambre induit d’occuper l’espace en temps limité sans avoir la sécurité d’un bail déclaré. La durée de location est variable et amène certains locataires à déménager à répétition. En 2016, ce fut le cas d’Alex G. -un Français de 22 ans-, jeune expatrié à Berlin dans le cadre d’un échange Erasmus, résigné à abandonner le programme et à quitter la capitale après trois mois de recherches infructueuses :

« Je suis arrivé à l’aéroport de Berlin sans savoir où j’allai dormir le soir même. Toutes mes recherches d’appartement depuis la France avaient été sans succès. Je demandais aux gens qui attendaient pour le même avion que moi s’ils connaissaient des plans, sans succès. Première issue: l’auberge de jeunesse, pendant une semaine. J’ai ensuite vadrouillé d’appartement en appartement sans résultat concret. J’ai finalement trouvé une sous-location, pour un mois avant de recommencer à loger quelques nuits chez de nouvelles connaissances. Finalement j’ai laissé tombé et suis rentré plus tôt que prévu mais mon expérience avec le logement à Berlin m’a fait comprendre l’angoisse de pas savoir où tu vas dormir le soir. J’avais même essayé de repérer les coins autour de la fac qui étaient à l’abris, comme les garages. »

Berlin n’échappe pas au phénomène de gentrification

En dehors de l’extrême attractivité de la ville, un autre facteur décisif est sa gentrification depuis les années 2000. Le phénomène de gentrification, inventé par le sociologue marxiste Ruth Glass en 1964, désigne une forme d’embourgeoisement des quartiers populaires. C’est un phénomène courant dans les métropoles. «  La situation immobilière générale à Berlin est devenue un désastre, c’est inimaginable de voir que les personnes peuvent se permettre de payer le prix des loyers mais pourtant ne trouvent aucun endroit où habiter ! » explique Manouk R. Dans une initiative de réduire la hausse des prix, les alternatives de locations telles qu’AirBNB sont encadrée par une nouvelle politique de prescription depuis le 1er mai 2016. L’ Agence France Presse -AFP- rapporte que «  La ville de Berlin, où les prix de l’immobilier ont fortement grimpé ces dernières années, estime que le développement d’AirBNB et d’autres plateformes a conduit à retirer du marché locatif des logements qui sont proposés à la place aux touristes, dopant la hausse des loyers.»

 

Crédits Chloé Marchal

 Impacts sur la vie locale

La hausse des prix et des nouvelles structures commerciales ont pu être dénoncées par la mobilisation de manifestants, à l’instar de la polémique du projet de « Media Spree ». Ce projet d’aménagement à pour objectif de fermer les squats et les locaux au profit de l’implantation de firmes internationales. Il est perçu comme une menace directe pour l’identité de la ville. Le phénomène n’est pas achevé puisque d’autres espaces tels que Rigaerstr 94, fermé le 10 juillet 2016, ont dû céder leur place aux politique de la nouvelle « ville État » de Berlin.

L’attractivité culturelle de la capitale européenne de la techno combinée à l’internationalisation de sa population transforment radicalement le paysage urbain. Bien que le marché des prix augmente, il demeure largement inférieur à celui d’autres capitales européennes. Le coût moyen d’un loyer à Berlin est de 350 euros TTC. La possibilité d’engagements a court terme dans une colocation et l’intégration directe dans la vie locale deviennent alors de vrais enjeux.

Crédits Chloé Marchal

 

 

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