Le drapeau marocain flotte à côté de celui de l'UA. Crédit yawatani.com.

Le Maroc retrouve l’Union africaine

La réintégration du Maroc au sein de l’Union africaine a été adoptée au cours du dernier sommet des chefs d’États de l’organisation à Addis-Abeba en janvier. Un retour officiellement « sans condition ».

Le symbole est fort. Fait inédit depuis plus de 30 ans, le drapeau marocain a été hissé au siège de l’Union africaine (UA) à Addis-Abeba, en Éthiopie, le 14 mars dernier. Le siège du royaume chérifien était vide depuis le 12 novembre 1984. Rabat avait à l’époque claqué la porte de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), ancêtre de l’UA. À l’occasion de ce retour, le roi Mohammed VI a prononcé un discours. Les chefs d’États présents au sommet l’ont applaudi et ont voté à l’unanimité sa réintégration.

« Il est beau le jour où l’on rentre chez soi après une trop longue absence ! Il est beau le jour où l’on porte son cœur vers le foyer aimé ! L’Afrique est mon continent et ma maison. Je rentre enfin chez moi et vous retrouve avec bonheur. Vous m’avez tous manqué. »  (extrait du discours de Mohammed VI)

Un retour préparé de longue date

Ce retour du Maroc n’est pas fortuit. Selon Kader Abderrahim, chercheur à l’Iris, bien que l’UA « pèse peu sur la vie des peuples africains, elle a une véritable influence sur le plan diplomatique et politique. En restant en dehors de l’Union africaine, le Maroc ne participait ni au débat ni au vote ». Aussi, note-t-il que « la réintégration du Maroc n’est pas […] dépourvue d’intérêts du côté de l’Union africaine. Le Royaume […] compte dans les relations internationales, notamment grâce à sa proximité avec le monde occidental et l’Europe ».

L’offensive diplomatique marocaine pour ce retour a débuté depuis quelques années déjà. La signature de plusieurs partenariats économiques avec de nombreux pays africains participait à ces préparatifs. Le roi en a réalisé une dizaine de milliers en 16 ans. Ses déplacements en Afrique subsaharienne ces derniers temps avaient pour but de s’assurer du soutien des chefs d’États. Ils visaient aussi à convaincre les pays les plus réticents, notamment le Zimbabwe et l’Angola. Ce n’était pas gagné d’avance. Le retour du Maroc a divisé, avant que le consensus ne soit finalement trouvé.

Le Sahara occidental

Le principal point d’achoppement concernait la question du Sahara occidental. Le Maroc le considère comme son territoire, alors que l’UA a reconnu son indépendance. Les réticences exprimées, entre autres par le Zimbabwe, étaient justifiées au nom du principe d’autodétermination des peuples, cher à l’organisation. Rabat se positionne toujours pour l’exclusion du Sahara de l’Union. « Il serait intéressant d’observer quelle stratégie adoptera le Maroc […]. Il y a au moins une certitude : le Maroc ne renoncera pas à ses visées sur le Sahara, qu’il considère comme partie intégrante de son territoire », analyse Kader Abderrahim.

Actuellement, le Maroc contrôle plus de la moitié du Sahara occidental. Le Front Polisario, qui a déclaré l’indépendance du territoire en 1976 sous le nom de République arabe sahraouie démocratique (RASD) continue de réclamer un référendum sur son autodétermination. Le conflit n’a toujours pas été réglé malgré plusieurs tentatives. Les deux parties campent sur leurs positions. Les Nations unies ont placé depuis 1963 le Sahara occidental sur la liste des territoires non-autonomes. La question sahraouie reste toujours en suspens.

Photo de bannière : le drapeau marocain flotte à côté de celui de l’UA. Crédit yawatani.com.

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