PIB : un indicateur dépassé

Historiquement, les pays à la croissance du PIB élevée sont aussi ceux qui polluent le plus. Ces dernières années, la Chine (6-7% de croissance), l’Inde (7%) ou encore les États-Unis (2,5%) – trois économies fortement carbonées – occupent les trois premières places au rang des pays qui émettent le plus de CO2 (hors UE). Alors que certains envient la croissance économique allemande, ne vaudrait-il pas mieux questionner notre modèle économique… et en revoir les priorités ?

Comme a pu l’illustrer l’économiste américain James Galbraith, avec le développement après-guerre du courant de la Nouvelle Économie, la croissance du PIB est rapidement devenu l’objectif principal de la politique économique. En 1950, tout était possible. La croissance et le progrès semblaient infinis. Si l’économie ne « progressait » pas (s’il n’y avait pas de croissance), alors c’était la faute du gouvernement, en aucun cas du modèle. Cette idéologie repose sur des bases erronées. Encore aujourd’hui, les lacunes du PIB sont absentes de nos débats politiques et médiatiques.

Des équations trop parfaites

Pour nos lycéens et étudiants en économie, l’équation qui résume la production s’écrit Y=f(K;L). C’est à dire que la production Y [le PIB, ndlr] est fonction du capital investi par l’entreprise K et du temps de travail L. Ce modèle n’inclut pas deux éléments essentiels du circuit économique : les matières premières comme facteur de production et les externalités comme résultats non-souhaités de l’opération économique.

Les intégrer au modèle permet de faire apparaître les facteurs limitant de l’activité économique. Ce qui illustre son contre-sens. Calculer l’accroissement de notre production économique sans prendre en compte la raréfaction des matières premières et la pollution qu’elle provoque en fait une mesure complètement hors-sol.

« Croissance infinie dans un monde fini »

La première loi de la thermodynamique indique que matière et énergie ne peuvent jamais être et créées ni détruites dans un système fermé. Il existe donc des limites aux capacités de notre système terrestre à consommer des ressources et produire des déchets. Notre économie est confrontée aux facteurs contraignant que lui impose la rareté des matières premières. Comment continuer à produire des bâtiments si l’on manque de sable ? Que dire de l’eau ? Et comment ne pas tenir compte des coûts économiques des déchets et actifs polluants que nous créons ?

« Celui qui pense qu’une croissance exponentielle infinie est possible dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste », Kenneth Boulding.

Dans ces conditions, la « croissance verte » ou le « développement durable » s’apparente à un écran de fumée. La croissance du PIB en elle-même ne saurait s’agrémenter d’une baisse de notre impact sur l’environnement.

Une croissance mal répartie

Nous vivons dans un monde où une poignée de grandes fortunes possèdent désormais plus que la moitié de la population mondiale. Même à la fin du XIXème siècle, les fruits de la croissance du PIB mondial n’ont pas été si mal répartis. À ce titre, la lecture du Capital du XXIème siècle de Thomas Piketty s’avère salutaire. Face à de telles inégalités, la croissance du PIB est-elle seulement souhaitable ? Et que dit-elle de notre qualité de vie ?

OCDE (2017), prévisions du PIB réel (indicateur). doi: 10.1787/c2ed0d5a-fr (consulté le 01 février 2017).

En ne tenant compte ni de notre environnement, ni de notre bien-être, le PIB doit être reconnu comme dépassé. Baisser le niveau d’imposition pour gagner un point de croissance et un point de chômage au risque de voir accroître la concentration des richesses et la dégradation de notre environnement s’apparente davantage à une fuite en avant qu’à un modèle de rationalité.

Un peu partout, des alternatives existent afin de mesurer l’impact réel de notre activité économique et de son développement. Mais une telle transition n’implique pas qu’un changement d’indicateur mathématique. Ce sont nos manières de raisonner et notre rapport à la nature qui sont questionnés. Bonne nouvelle ? La croissance économique a drastiquement diminué dans les pays développés depuis les années 1970. Raison de plus pour s’interroger sur une prospérité sans croissance… et d’autres indicateurs !

Découvrez la suite de cet article dès demain : PIB : alternatives pour une économie réaliste.

Image d’illustration : crédit Gerard Touren Photography.

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