Première Guerre mondiale : des mémoires multiples

Du 5 au 11 novembre se sont déroulées les commémorations de la Première Guerre mondiale, rassemblant plus d’une soixantaine de chefs d’État en France. Malgré ces commémorations communes les mémoires de la Der des Der diffèrent d’un pays à l’autre. Décryptage.

Contrairement à l’histoire qui se veut objective, les mémoires sont subjectives et construites. Il s’agit de morceaux choisis de l’histoire. La Première Guerre mondiale a impliqué une grande partie des États européens mais, aussi, les États-Unis d’Amérique et de nombreux États africains par le biais des Empires coloniaux. Les commémorations sont nombreuses dans l’hexagone et forment un sujet fortement traité par les médias chaque année. Pour le centenaire de l’armistice, la vague commémorative a été d’envergure. Le souvenir de la Première Guerre mondiale en France est mis en avant par une pluralité d’acteurs, tels que l’État avec les célébrations officielles, le monde associatif, les historiens mais aussi le citoyen lambda à travers un destin familial.

Un rapport complexe au souvenir de la Première Guerre mondiale en Allemagne

En Allemagne, le souvenir de la Première Guerre mondiale a été occulté des années 1920 jusqu’à la fin de la Guerre froide. Juliane Haubold-Stolle du musée historique allemand évoque la Grande Guerre comme réduite à « une préhistoire de la dictature national-socialiste et de la Seconde Guerre mondiale ». Outre-Rhin, le 9 novembre 1918 est davantage une date marquante que le 11 novembre 1918. En effet, le 9 novembre 1918 correspond au début de la Révolution et à la fin de l’Empire allemand. Contrairement aux nombreuses célébrations en France, les commémorations sont rares et les monuments commémoratifs sont difficiles à trouver et souvent peu connus de la population. Des monuments ont été détruits par le régime nazi, mais des plaques commémoratives et des petits monuments restent présents dans les centres villes et dans les cimetières. Les différentes célébrations du centenaire de l’armistice ont fait l’objet d’émissions spéciales à la télévision en France. En Allemagne, la cérémonie de Rethondes n’était pas retransmise en direct à la télévision.

Depuis les années 1990, en Allemagne et dans l’ensemble des pays d’Europe orientale, il y a un renouveau concernant la mémoire de la Première Guerre mondiale. Néanmoins, une certaine retenue politique est toujours présente notamment autour de la question de la responsabilité de la guerre. Le fait que la France fasse partie des vainqueurs et l’Allemagne des vaincus explique également les différences de mémoire entre les deux pays. Comme en Allemagne, dans les pays de l’ex-Tchécoslovaquie, il demeure des questions et débats politiques autour des mémoires de la Première Guerre mondiale, notamment autour des appartenances nationales.

En Bulgarie, malgré des commémorations de la Grande Guerre qui ont commencé dès 1916, la guerre est « oubliée » par les bulgares jusqu’en 1989. Depuis la chute du communisme, il y a, en Bulgarie, un regain d’intérêt historique et mémoriel pour la Première Guerre mondiale.

Des commémorations et des silences

Un grand nombre de pays africains ont été impliqués dans le conflit auprès des puissances coloniales. Dans les pays d’Afrique du Nord, les commémorations et les monuments en hommage aux soldats africains ayant combattu pendant la Première Guerre mondiale sont quasi inexistants. Des stèles en hommage aux soldats ayant combattu au nom de la France durant la Première Guerre mondiale existent en Tunisie. Au Sénégal et au Mali, les mémoires se symbolisent par un silence concernant cette période. Si, en Europe, le rôle des soldats africains est désormais reconnu, les mémoires sont souvent occultées en Afrique. Durant la Première Guerre mondiale, l’implication des pays africains s’est traduite par des soldats au combat comme sur le front d’Orient, au Chemin des Dames ou en Bulgarie, mais les pays africains ont également fourni de la main d’œuvre pour les usines françaises. De nombreux chefs d’État africains étaient présents aux commémorations du 11 novembre à Paris.

Les historiens Benjamin Gilles et Nicolas Offenstadt ont montré que les mémoires ont un aspect territorial, c’est-à-dire que les pays dans lesquels étaient situés les lignes de front comme la France ou la Belgique développent une intensité mémorielle plus forte. Au-delà des divergences de récits mémoriels entre les pays, les mémoires peuvent se contredire au sein d’un même pays, comme en Belgique où les pratiques et discours de souvenir diffèrent entre la Wallonie et la Flandre. Les mémoires de la Guerre 14-18 ne sont pas figées et sont en constante évolution. Les travaux des historiens, les ouvrages littéraires mais également les productions cinématographique contribuent à l’évolution des mémoires. Par exemple, l’imaginaire de la guerre en Allemagne a longtemps été limité aux films américains, mais depuis le début des années 2000 il y a un renouveau des supports filmographiques et littéraires.

Photo de bannière. Wikipédia Commons.

Vous aimerez aussi