Taïwan : une prise de conscience des enjeux climatiques ?

Taiwan était classé au 6ème rang mondial d’émission de CO2 par habitant en 2015. Son gouvernement cherche des solutions pour créer une économie plus verte. Quelles sont les solutions de son gouvernement pour créer une économie plus verte ?

Taïwan est un territoire de quelque 36 000 km², abritant pas moins de 23,5 millions d’habitants. Cette population, relativement faible par rapport au reste du monde (54ème au rang mondial en 2015)  produit pourtant une grande quantité d’émissions de CO2. En effet, en 2015, Taïwan s’élevait au 21ème rang mondial des pays émetteurs de dioxyde de carbone, et, ramené au nombre d’habitants, l’île atteignait le 6ème rang mondial. La raison en est que Taïwan repose fortement sur les énergies fossiles (pétrole et charbon) et que l’industrie lourde et le transport sont les secteurs importants et polluants. Que peut envisager le gouvernement Taïwanais pour améliorer la situation ?

La sécurité au cœur de la difficulté

Tout d’abord, si l’on regarde la situation actuelle, il est clair que Taïwan est fortement dépendant des pays étrangers. Que ce soit les pays du Moyen-Orient pour le pétrole, l’Australie, l’Indonésie et l’Afrique du Sud pour le charbon ou encore le Qatar, la Malaisie et l’Indonésie pour le gaz naturel. Au total, ce sont 89,19% de l’approvisionnement énergétique du territoire qui sont importés en 2017. En d’autres termes, Taïwan dépend énergétiquement des pays étrangers deux fois plus que la France, cinq fois plus que la Chine ou encore huit fois plus que les États-Unis. Ce rapport d’énergie importée sur l’offre totale d’énergie est un indicateur de sécurité. Dans le cas de Taïwan, la sécurité énergétique est manifestement très faible et en cas de problèmes politique, économique ou physique (gazoduc ou oléoduc défectueux, routes maritimes impraticables) et de non-acheminement des ressources, l’accès à l’électricité pour la totalité des citoyens sera fortement perturbé.

Des initiatives gouvernementales ambitieuses

Dès juin 2008, le gouvernement avait annoncé un nouveau plan (« Sustainable Energy Policy Framework ») axé sur les trois points suivants : l’amélioration du rendement énergétique, le développement des énergies « propres » et l’augmentation de la sécurité énergétique. Cette ligne de conduite a été suivie depuis. On peut notamment citer la publication de « Guideline on Energy Development » en 2017 dans lequel le gouvernement assure qu’il s’attache à respecter les accords internationaux tels que l’Accord de Paris afin de limiter l’augmentation de la température globale de 2°C. De plus, il prévoit de fermer les trois centrales nucléaires aujourd’hui actives d’ici 2025 et de baisser la part de charbon (objectif : 30% du mix énergétique) et de pétrole et d’augmenter la part de gaz naturel (50%) et de production locale d’énergie renouvelable (20%).

Coopération internationale

Malgré ces objectifs globalement ambitieux, Taïwan subit les conséquences de son statut diplomatique particulier. En effet, sa non-reconnaissance par l’ONU l’empêche de prendre part aux discussions internationales, notamment celles sur le climat comme la COP 21. De ce fait, l’île ne bénéficie pas de l’entraide qui pourrait directement découler de ces négociations. Mais elle met en place différentes manœuvres pour obtenir des accords avec des acteurs stratégiques, dont l’Europe et ses entreprises. On peut mentionner un séminaire UE-Taïwan portant sur le secteur éolien qui a eu lieu le 14 mars 2018 à Taipei et le rendez-vous plus récent « Why Taiwan Matters » qui s’est déroulé à Bruxelles le 5 mars 2019 et qui vise à renforcer les partenariats entre l’Europe et Taïwan dans un cadre plus large.

L’avis du peuple contraire aux ambitions gouvernementales

Lors des élections locales du 24 novembre 2018, les Taïwanais avaient à répondre à un référendum qui contenait dix questions, dont deux sur le sujet de la transition énergétique. La première portait sur l’arrêt, à terme, des centrales au charbon présentes sur le territoire et 76,4% des votants y ont voté favorablement. La seconde question portait sur la loi de mise en arrêt des centrales nucléaires d’ici 2025. Mais contre toute attente, 59,49% des votants étaient en faveur de la relance du nucléaire. Bien que cela aille à l’encontre des objectifs gouvernementaux, ce résultat peut s’expliquer par des pannes de courants survenues durant l’été 2017 à cause des centrales tournant en sous-régime. L’arrêt des trois centrales actives en 2018, 2021 et 2024 comme prévu par le gouvernement a donc été mis à mal lors de ce référendum. L’on peut aussi noter le taux d’abstention lors de ce vote qui s’élève à plus de 45%.

Face aux obstacles technologiques, sociaux, politiques ou économiques, il reste maintenant à voir si le gouvernement Taïwanais fera les bons investissements qui permettront à l’île de devenir plus « verte » et de passer à un modèle décarboné.

Photo de bannière. Crédit : u/satanismymotor666

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