Wir : pour une biodiversité monétaire

La WIR Bank est une banque suisse, située à Bâle et fondée en 1934. Opérant sous le contrôle de la Banque nationale suisse et reconnue officiellement par la Banque mondiale, elle endosse le même rôle qu’une banque centrale dans la création du wir, une monnaie privée utilisée exclusivement par un réseau de 60 000 PME suisses en parallèle des devises officielles.

Les mécanismes de création monétaire s’imposent après des crises et des guerres. Bretton Woods en 1944 après la Seconde Guerre mondiale, la Banque d’Angleterre en 1694 après la guerre contre la France… L’instauration du wir fait elle suite à la crise de 1929. Les investissements alors au point mort, les crédits des banques au plus bas et les profits des entreprises inexistants. Silvio Gesell et Werner Zimmermann décident alors de créer une monnaie sans intérêts réservée aux entrepreneurs suisses pour lutter contre la concentration des richesses – et la fuite des capitaux. L’engouement prend vite et la banque est légalisée un an plus tard.

Aujourd’hui, 60 000 PME suisses utilisent le wir – convertible en francs suisses – pour une partie de leurs transactions. Elles représentent environ 20 % du tissu de PME local et permet d’entretenir des relations économiques entre des agents qui autrement ne travailleraient pas forcément ensemble. Puisqu’il n’y aucun intérêt sur les avoirs en wir, les conserver ou les placer n’est pas pertinent. Leurs détenteurs sont au contraire intéressés à les dépenser, et vite, car en raison de l’inflation sur le franc suisse, sa valeur se déprécie – quoique le franc suisse a tendance à se déprécier depuis la dernière crise, justement.

CASSER LE MONOPOLE DE LA CRÉATION MONÉTAIRE

Mis en lumière récemment par le film Demain de Cyril Dion, le wir s’affiche d’avantage comme une monnaie complémentaire que comme une alternative. En effet, ses utilisateurs n’abandonnent pas le franc suisse. Ils privilégient en revanche le wir pour leurs échanges communs. C’est la logique de la prise en compte des intérêts mutuels qui permet à ses utilisateurs de payer – souvent partiellement – en wir. Si un entrepreneur suisse membre du réseau décide d’aller dans une station de ski également membre, il pourra payer sa chambre en wir à hauteur de 50 %, 60 %… voire 100 % en période de faible affluence touristique, lorsque la demande exprimée en euro, en dollar ou en franc suisse est au plus bas.

Crédits : Flickr / Gerard Touren

Crédits : Flickr / Gerard Touren

Le wir permet donc maintenir l’activité locale. Il pourrait même la relancer après une crise puisqu’il soutient l’activité du réseau dont les membres sont les utilisateurs exclusifs. La région de Sardaigne, en Italie, qui utilise un système similaire depuis 2009, le sardex, est parvenue à renforcer l’économie locale, pourtant délaissée par Rome. À l’image du wir, le sardex est utilisé par un tissu de PME de l’île et permet d’entretenir l’activité locale en instaurant une sorte de néo-troc. Le sardex, comme le wir, permet aux PME de maintenir leurs activités sans pâtir d’un manque de liquidité dû au ralentissement de l’économie nationale et européenne et ainsi elles ne risquent pas de voir leurs activités cesser. C’est une forme d’assurance pour leurs profits, et donc, aussi, pour l’emploi local.

L’autre avantage du wir, c’est sa (quasi) gratuité et sa facilité d’accès. Des taux d’intérêt à l’emprunt, à l’origine nuls, existent désormais mais restent toujours inférieur à 1%. Cela limite l’endettement des emprunteurs et la concentration des richesses. En effet, traditionnellement, lorsqu’un gouvernement emprunte, il crée une dette dont il devra payer le coût : le taux d’intérêt. Qu’ils soient élevés ou non, ces taux viennent récompenser la prise de risque du prêteur – celui qui a suffisamment d’argent pour s’en soustraire une portion le temps de la transaction et qui a pour objectif un profit final. Avec les taux d’intérêt, on assiste donc à une concentration des richesses entre les mais des prêteurs, des investisseurs, des « marchés ».

Un modèle tel que le wir pourrait s’avérer pertinent dans le cas de la crise grecque. En juin prochain, comme en juin dernier, un plan d’aide sera imposé à la Grèce – avec le risque d’un succès similaire. Les capitaux injectés, s’ils le sont en euros, ressortiront rapidement du pays, comme chaque année depuis 2009. En revanche, une monnaie complémentaire de type wir – qui pourrait être adaptée à une région ou à l’État tout entier plutôt qu’aux PME – permettrait de relancer l’activité locale, l’offre tout autant que la demande. La Grèce ne sortirait pas pour autant de l’euro. La cohabitation de deux monnaies, au premier regard scabreux, fonctionne bien en Suisse et en Sardaigne mais aussi au Royaume Uni, où de nombreuses entreprises commercent largement en euros avec leurs partenaires du continent.

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